Littérature générale

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La littérature est une forme de plaisir poussée à son raffinement le plus extrême par des écrivains que le rapport habituel au langage ne satisfait plus. Alice Zeniter

Littérature générale 2022

Hugo Boris – Débarquer


vagabondageautourdesoi;com - Hugo Boris - Débarquer, le nouveau roman de Hugo Boris paru pour la rentrée littéraire 2022  raconte l’instant où, lors d’événements insupportables, la vie remporte contre la mort qui rode.

En conviant un vétéran venu revoir le lieu où sa vie à basculer, sur cette plage d’Omaha Beach, et une jeune femme, guide conférencière, qui vient de perdre l’homme de sa vie, Débarquer pose la question de cet instant où la mort est toute proche, mais où la vie triomphe !

Cinq chapitres pour raconter le débarquement du sergent Andrew, au côté de Gareth, pilote de la barge. Horreur et vision apocalyptique, les mots les révèlent présents, incontournables. Du coup, la peur des hommes se ressent parmi les tirs ennemis. Il ne reste plus à Andrew, pour retrouver le courage de traverser cet effroi, d’appeler sa mère. Mais une interrogation l’obsédera durant toute sa vie : ils sont tant tombés autour de lui, pourquoi pas lui ?

Puis, Magali investit Débarquer, seule à faire face aux pleurs de sa dernière, Albane, et aux insomnies d’Émilien. Sans nouvelle de son mari, elle essaye de continuer à vivre bien que ses pensées et son corps voudraient se fondre pour oublier l’inquiétude, la solitude, la peur et l’épouvante qui la saisit lorsque son esprit revient de façon obsédante auprès de son mari parti faire son jogging et qui n’ai jamais revenu.

Magali est guide conférencière à Colleville sur mer. On lui propose d’accompagner un vétéran de plus de quatre-vingt dix ans. C’est Andrew, à la fin de sa vie, qui est revenu pour revivre cette nuit qu’il n’a pu oublier.

De leur rencontre, Hugo Boris en fait un rapprochement improbable qui va permettre aux deux, que la vie a rendu solitaires, de se dépasser et de retrouver le goût de poursuivre leur vie. La suite ici

Guillaume Clicquot -Prenez-moi pour une conne…

vagabondageautourdesoi;com - Guimllaume Clocquot - Après avoir signé les romans qui ont inspiré les films « Papa ou Maman » et « Joyeuse retraite », Guillaume Clicquot, nous offre dans ce nouveau livre « Prenez-moi pour une conne… » le récit d’une femme blessée, abandonnée par son mari au lendemain du mariage de sa fille, qui va réagir !

Avec réalisme et surtout beaucoup d’humour, il analyse ce fait de société, tellement commun, où, à la cinquantaine, les femmes qui ont entretenu une famille, servi de faire valoir à leur mari et élevé leurs enfants, se retrouvent souvent abandonnées par la fuite du mari volage avec sa jeune maîtresse après le départ des enfants.

Au lieu de décrire l’anéantissement, Guillaume Clicquot raconte, avec beaucoup d’humour, la vengeance d’une de ces femmes, qui va passer de l’invisibilité à la reprise en mains de sa vie, quitte à aller jusqu’au crime.

Giscardienne habitant Versailles, Oriane s’est délocalisée à Ouistreham, son ancienne résidence secondaire, depuis l’abandon de son mari au lendemain du mariage de son dernier enfant. La suite ici

Léonora Miano – Stardust

vagabondageautourdesoi.com - Léonora Miano - Léonora Miano propose pour cette rentrée un roman très personnel, son journal écrit pour être publié de plus de vingt ans sur la précarité qu’elle a vécut à son arrivée à Paris avec son expérience d’un centre de réinsertion avec sa fille Bliss.

De ces mois d’errance dans l’attente d’une régularisation, Léonora Miano partage un texte fort, sensible entre colère et amour maternel, sans concession concernant la France, ce pays d’accueil, ex-pays colonial, où elle essaye de conquérir son indépendance.

Louise semble très précoce. Elle souhaite obtenir sa carte de résident car sa fille est née française. Elle a vingt-trois ans, sa fille, onze mois.

Elle est venue pour ses études mais c’est son indépendance qui l’a faite plonger dans la précarité. Un amour. Puis, un bébé.  Et se rendre compte après la naissance que le père ne pourra jamais assumer sa paternité !

Alors, elle part… Seulement, la situation politique et économique se dégrade. Sa bourse ne lui suffit plus à vivre correctement. Elle se précarise et après l’hôtel, c’est le foyer de Crimée, un endroit qui accueille les femmes sans abris. La suite ici

vagabondageautourdesoi.com- Gaelle Josse -

Gaëlle Josse – La nuit des pères

Nouveau roman pour cette rentrée littéraire de Gaëlle Josse avec La nuit des pères ! Et, c’est une vrai réussite qui se lit en immersion, l’émotion au bord des yeux et le cœur chaviré !

Isabelle Erard rejoint son frère, Olivier, pour rencontrer, peut-être la dernière fois, son père qui place « des petits cailloux en papier dans ses poches ». Elle n’est pas revenue depuis si longtemps pourtant elle se souvient de tout ce qui l’a poussée à fuir.

Les phrases qui ouvrent ce roman sont significatives de la difficulté de se construire après les affirmations paternelles  » Tu ne seras jamais aimée de personne » et « Tu vas rater ta vie » que son père. Pourtant, Isabelle porte en elle la force du combat et la fougue de la colère.

Comme sa mère, Olivier a senti viscéralement très tôt ce que cachait les mots haineux et l’attitude dédaigneuse de ce père sans en connaître véritablement leur nature. Le traumatisme vécu rejoint un pan de notre histoire, encore trop souvent passée sous silence. La suite ici

Maria Larrea – Les gens de Bilbao naissent où ils veulent

vagabondageautourdesoisoi.com - Maria Larrea- Réalisatrice et scénariste, Maria Larrea propose dans Les gens de Bilbao naissent où ils veulent son premier roman où elle raconte la fierté du Pays Basque, l’abandon, les traumatismes et la filiation comme une urgence.

Deux abandons commencent ce roman, celle de Victoria et celle de Julien. Les deux vont se retrouver pour fonder à leur tour une famille dans cette France d’après guerre, à l’allure normale surtout lors des retours à Bilbao, mais malgré tout bancale, très accidentée où la peur et la violence sont tapies prêtes à humilier, cogner et rabaisser.

Malgré tout, la narratrice grandit, même si elle est submergée par sa colère et la révolte. Elle réussit à entrer à la FEMIS pour raconter l’Histoire et les histoires.

Seulement, c’est une vision d’une divination qui va détruire ce château de carte et permettre à la narratrice de partir sur ses origines véritables.

C’est avec un souffle de vie hurlant la reconnaissance et l’explication, que Maria Larrea livre cette autobiographie au rythme soutenu, aux mots cinglants du ton de l’urgence. Les secrets sur sa naissance seront levés, en rapport avec l’histoire sombre d’une Espagne qui n’a toujours pas fait son devoir de transparence sur des événements qui étouffent nombre de ses ressortissants.La suite ici

Joachim Schnerf – Le cabaret des mémoires

vagabondageautourdesoi.com - Joachim Schnerf - Le troisième roman de Joachim Schnerf, Le cabaret des mémoires, regroupe les interrogations d’un nouveau père avec son passé et la questions de sa transmission à la quatrième génération, d’après le génocide de la seconde guerre mondiale.

Samuel est seul pour la dernière fois, une nuit, avant le retour de sa femme Léa et son petit. En endossant son costume de père, encore trop apprêté, cette nuit de solitude est habitée des inquiétudes devant ce nouvel envol. Les angoisses du passé reviennent en mémoire avec ses images inracontables que la mémoire familiale ne cesse de lui renvoyer.

Et, celles qui le hantent le plus, ce sont des images d’une génération perdue et des survivants et notamment du cabaret de la Grand-tante Rosa, enfouie aux USA dès son retour des camps. Celle dont la voix chaque soir, abritée derrière un personnage chaque fois différent, raconte les mêmes mots, ceux de l’indicible.

De plus, ce spectacle insolite se termine toujours par l’énumération de l’insoutenable par la voix de la dernière rescapée du camp d’Auschwitz. Et, au Cabaret de Shtetl city, Rosa, la sœur de son grand-père, tient sa dernière représentation.

A travers cette composition qui raconte l’enfance habitée du souvenir de cette tante et son nouveau rôle de père, Joachim Schnerf, à travers son narrateur, pose la question de la transmission de la mémoire familiale devenue Histoire du monde. La suite ici

Jarred McGinnis – Le Lâche

vagabondageautourdesoi.com - Jarred McGinnis -Imaginez un premier roman comme un uppercut, non pas contre un adversaire, juste contre soi-même, contre ce narrateur qui s’appelle comme son écrivain, Jarred McGinnis !

Le Lâche, avec ses majuscules doublées, raconte comment un fauteuil roulant redonne à son propriétaire l’envie de revivre, allégé des entraves de son passé, réconcilié avec lui-même à travers une relation de fils à son père apaisée.

Après un accident de voiture, Jarred se réveille à l’hôpital insensible du bas de son corps et complétement esseulé. On lui annonce, abruptement, le décès de sa passagère. Ce n’est pas sa petite amie comme tout le monde le pense.

Mélissa était bien plus : la compagne de ses années d’adolescence et d’errance après la mort de sa mère. Son soutien, son soleil, sa rédemption ! Sans elle, la culpabilité en plus, c’est sa colère brute et froide qui le mine !

A la sortie de l’hôpital, sans logement et sans autonomie, il est contraint de retourner chez son père dont il s’est enfui dix ans plus tôt sans donner de nouvelle. La suite ici

Pauline Dreyfus – Le Président se tait

vagabondageautourdesoi.com - Pauline Dreyfus - Après son Goncourt de la biographie obtenu l’an dernier, Pauline Dreyfus propose une analyse sévère de la sociologie politique en plongeant son nouveau roman Le Président se tait au cœur du silence de Valéry Giscard d’Estaing mis en cause par l’affaire des diamants dits de Bokassa.

Pendant sept semaines, le Président se tait ! Mais, pendant tous ces jours, Pauline Dreyfus met en scène douze personnages qui vont à leur manière commenter ce silence.

Juste un petit rappel des faits : Le Canard Enchaîné révèle en octobre 1979 que le Président en poste depuis sept ans aurait reçu, ainsi que des membres de sa famille et à plusieurs reprises, des diamants de grande valeur alors qu’il était Ministre de l’Économie et des Finances.

Ces cadeaux auraient été faits par Jean-Bebel  Bokassa, venant d’être renversé par les troupes françaises. Valéry Giscard d’Estaing ne prendra la parole que quarante-neuf jours plus tard et? encore, pour ne pas s’expliquer réellement.

Pauline Dreyfus bâtit son roman entre la révélation et la prise de parole en racontant la sidération, la colère, l’indifférence et même l’acquiescement au travers de douze réactions revendiquées de français ordinaires. La suite ici

Benoît Duteurtre  Dictionnaire amoureux de la Belle – Époque et des Années folles

vagabondageautourdeoi.com - Benoît Duteurtre - Avec plus de six cent pages sur la Belle-Époque et les Années folles, Benoît Duteurtre propose son Dictionnaire amoureux. Bien sûr, vous connaissez sa voix : sur France Musique, il fait découvrir la Périchole et autres livrets, le samedi matin dans son émission « Étonnez-moi Benoît » !

Son ton, sa légèreté et sa grande connaissance, sont compilés dans ce dictionnaire où chaque entrée fait l’objet d’anecdotes mais aussi de liens entre tous les sujets, les arts bien sûr, mais aussi la politique et même le quotidien. Chaque définition est l’objet d’un petit voyage au pays des découvertes inédites, racontées avec un plaisir manifeste à partager son savoir.

Imaginez à l’entrée de la lettre Q,  Benoît Duteurtre propose Quintonine ! Bien après la seconde guerre mondiale, cet élixir était encore dans toutes les familles françaises pour essayer de contrecarrer la fatigue et l’affaiblissement. La suite ici

Cédric Meletta – Le meilleur que nous ayons couronné

vagabondageautourdesoi.com - Cédric Meletta - Cédric Meletta ressuscite à travers le roman Le meilleur que nous ayons couronné la figure d’un parfait inconnu : le premier vainqueur du prix Goncourt.

Ce roman entraîne vers la découverte d’une époque, d’une atmosphère, d’un groupe d’artistes qui goutent la vie avec ferveur et surtout sans modération !

John-Antoine Nau, vous ne connaissez pas ? Moi non plus… avant de me plonger dans ce récit. Car le mardi 22 décembre 1903, le premier prix Goncourt est décerné à cet écrivain ayant publié son roman à compte d’auteur ! Son président, Huysmans a déclaré « C’est le meilleur que nous ayons couronné« .

Seulement, mi-aventurier, mi-poète, Jean-Antoine Nau est loin d’avoir le profil habituel de ses successeurs actuels. Il a écrit son récit sur la folie sur des cahiers d’écoliers pendant six ans. Après différentes versions et au moins trois abandons, il sort enfin son livre que personne ne veut ! La suite ici

Victoria Mas – Un miracle

Un événement, le nouveau roman Un miracle, de Victoria Mas est sur les tables de toutes les bonnes librairies en cette rentrée littéraire. Révélée il y a deux ans avec Le Bal des Folles que certains avaient trouvé très ressemblant avec un autre, mais que la plupart avait adoré. Son succès fut reconnut au point qu’une adaptation cinématographique a vue le jour l’an dernier.

Alors, proposer un second roman n’est jamais chose aisée. Mais ici, elle a choisit la grande difficulté. En s’éclipsant derrière les apparitions mariales, Victoria Mas nous narre le caractère délétère d’une foule qui adule puis rejette au gré de ses désirs exorbitants, comme toute personne publique à un moment ou à un autre s’en rend compte.

Sœur Anne arrive en Bretagne pour se rendre sur l’île de Batz en face de Roscoff. Elle est une vraie parisienne. Une de ses consœurs lui a fait une prédiction. Du coup, elle se retrouve dans cette île espérant avoir une vision de la Vierge. Elle la prie depuis l’âge de ses treize ans et se considère légitime pour cette apparition.

Pas de nouveauté pour cette communauté des Filles de La Charité qui déjà en 1830 avait enregistré l’apparition de la Vierge à Sœur Labouré. La suite ici

Julia Minkowski-Par delà l’attente

vagabondageautourdesoi;com - Julia MinkowskiJulia Minkowski, avocate, propose pour son premier roman une plongée dans la justice des années 30 en l’immergeant plus particulièrement au cours de l’attente du délibéré des jurés du procès des Sœurs Papin.

Même si le procès est très connu. que le défenseur des accusées soit une femme, Maître Germaine Brière, l’est beaucoup moins !  Maître Julia Minkowski présente le portrait de sa première consœur, avocate pénaliste rattachée au tribunal du Mans.

Détonnant et téméraire, ce portrait aborde, en autres, la condition féminine de l’époque, le combat pour se faire respecter en montrant la particularité de son statut. La suite ici

Fanta Dramé – Ajar-Paris

vagabondageautourdesoi.com - Fanta Dramé - Fanta Dramé convoque une histoire familiale de déracinement dans ce premier roman Ajar-Paris dont les accents intimes sont omniprésents. Elle choisit de raconter l’histoire d’une jeune femme, française, qui à la faveur du décès de sa grand-mère remonte le fil du trajet migratoire de son père.

Arrivé en 1975 de sa Maurétanie natale, et notamment de la petite bourgade d’Ajar, cet homme cultivé et profondément croyant que rien ne prédestinait à quitter son foyer va conquérir lentement, âprement, avec une témérité sans faille, le droit d’être français tout en gardant la culture de ses ancêtres.

Le décès de sa grand-mère, figure tutélaire de sa famille, va contraindre la narratrice à aller découvrir la ville de ces ancêtres pour honorer la promesse qu’elle lui avait faite. Selon les finances de la famille, elle avait bénéficié de vacances au pays, mais c’était à Dakar, là où une partie de sa famille s’était implantée et où son père avait investi dans une belle villa. Mais, pour le fils aîné de cette femme, il n’était pas question de ne pas l’enterrer dans la terre ancestrale.

Alors, la narratrice, portant le même prénom que l’écrivaine, parfaitement parisienne, va être confrontée, brutalement, au mode de vie et à la culture de ses ancêtres naturels. Et, cela donne des passages savoureux où le choc des cultures est décrit avec humour !

De cette confrontation, Fanta, professeure, décide d’écrire l’histoire de cet homme, son père, avant qu’il ne soit trop tard, lui qui par pudeur, n’a jamais rien raconté,pourtant conteur merveilleux des histoires des autres;

De ce fil chronologique, Fanta Dramé tire un roman certes sensible et touchant, mais aussi édifiant de la dureté vécue, de l’opiniâtreté qu’il a fallu, de la réalité, enfin, contée, sans détour, dans sa crue réalité. Et, comme le souligne Faïza Guène dans la préface, il  a urgence à raconter la force et la dignité de ces hommes et ces femmes qui ont choisi, souvent, de s’effacer derrière la réussite de leurs enfants pour qu’enfin connaissance, reconnaissance et respect fondent le regard porté sur eux. La suite ici

Olivier Adam – Dessous les roses

vagabondageautourdesoi.com - Oliver Adam Dessous les roses, le nouveau roman d‘Olivier Adam interroge dès son titre. Et, pourtant, c’est toujours avec autant de plaisir que je l’ai découvert.

Dessous les roses est une plongée dans la famille d’un transfuge de classe qui s’en vante ! L’univers des banlieues, des pavillons et des parcours où la vie s’y déroule sans excès, sans histoire peut tout à fait se raconter. Mais lorsqu’un ancien membre le dénigre et en médit, les dégâts familiaux sont considérables. De l’amertume à la colère, Olivier Adam interroge, comme il sait parfaitement le faire, les liens au moment où la famille se réunit après le décès du père.

La famille Eriksen doit se réunir. Demain est enterré le père. Paul, l’aîné, est celui qui est le moins présent, habituellement. D’ailleurs, c’est celui que sa mère attend, encore, dans la soirée.

Car les deux autres sont là. Claire accompagnée de son mari et ses enfants sont arrivés depuis longtemps. Personne ne pourrait imaginer que cette fille si responsable ne soit pas auprès de sa mère dans ce moment si difficile. Olivier, le plus jeune, a préféré venir seul. Pourtant, il aurait pu se faire accompagner de Sarah, la femme avec qui il vit depuis déjà suffisamment de temps et la présenter à sa mère. Complétement absorbé par son travail, il n’a pu se libérer qu’une journée. On l’attend déjà pour soutenir un dossier difficile ! La suite ici

Virginie Despentes – Cher Connard

vagabondageautourdesoi.com - Virginie Despentes - Comme toujours, Virginie Despentes frappe fort ! Elle est la seule à oser un titre aussi provocateur. La seule encore à faire un roman sans aucune histoire. Et, surtout, encore la seule à rassembler trois personnages complétement opposés reliés par un procédé littéraire un peu désuet, la relation épistolaire.

Après la révolution MeToo, Virginie Despentes livre ses réflexions mais aussi analyse notre société relevant ses aberrations, ses archaïsmes, ses avancées et affirme encore et encore ce qui fait le sel de son lien aux autres, l’amitié.

Son titre Cher Connard mêle tendresse et intransigeance à la fois. Imaginez Oscar Jayack, un écrivain plutôt malgré les succès de ses précédentes parutions, qui injurie sur Instagram Rebecca Latté. Elle était une actrice adulée dans sa jeunesse, image de la séduction féminine accomplie, qui à cinquante ans est en sommeil. Oscar, prototype du mâle la quarantaine avancée, charge son physique. Ça vous fait penser à certains ! Oui, ils sont encore nombreux à oser encore s’exprimer de la sorte!  Et la réponse qu’elle lui fait commence par Cher Connard

En fait, Oscar et Rebecca se connaissent et vont entretenir une correspondance, dont on ne sait rien du procédé, email ou courrier, durant plusieurs années. Un autre personnage vient se glisser dans ces échanges. Lorsqu’elle était attachée de presse d’oscar, Zoé Katana a accusé Oscar de harcèlement. Devenue blogueuse et féministe, ses articles viennent s’intercaler de temps en temps, rappelant aussi les impacts délétères des réseaux sociaux.

Comme Virginie Despentes ne rangent personne dans des cases binaires peu vraisemblables, Cher Connard est à la fois un essai, avec ses nombreux argumentaires développant les raisonnements, soupesant les arguments, les contredisant, en bref discutant un certain nombre de sujets sociaux d’actualité ou d’idées en vogue en ce moment.

Mais aussi, Cher Connard est un roman. Virginie Despentes crée trois personnages qui vont, au fil des échanges, non seulement être crédibles dans leur personnalité, mais aussi évoluer au contact de l’autre, de son soutien et même de son amitié. La suite ici

Abdourahman A. Waberi – Dis-moi pour qui j’existe ?

vagabondageauoutourdesoi.com - ABDOURAMAN A WABERI - Abdourahman A. Waberi m’a offert avec Dis-moi pour quoi j’existe ? un de mes premiers coups de cœur de cette rentrée littéraire 2022. Ce roman parle, bien sûr, de transmission, de cette culture multiple dont est issue cette petite fille, africaine par son père, sicilienne par sa mère et parisienne par sa naissance. Dis-moi pour quoi j’existe ? raconte aussi la maladie inconnue d’une enfant, la terreur de ses parents et l’angoisse devant ce mal que l’on ne connaît pas, avec le retour de ses propres souvenirs lorsque la polio lui a laissé une claudication immuable.

Aden a sa fille Béa, malade depuis quatre mois. Elle est clouée dans un lit d’hôpital à cause d’un mal inconnu qui l’assiège depuis quatorze semaines. Margherita et lui vivent dans la peur et l’inquiétude. Seulement, on est en septembre, la rentrée dans l’université à Washington DC s’annonce. Pour assurer le lien avec sa fille, Aden décide d’entretenir en plus de toutes les communications modernes une relation épistolaire où chacun relate son quotidien.

Aden, le double d’Abdourahman A. Waberi, ne sait qu’écrire. Alors, il se place à sa table et choisit ses mots avec tendresse, rebondissant aux réponses de sa fille, l’emmenant loin de ce lieu aseptisé qui ne sent que l’ammoniaque et la Bétadine. Il lui offre des mots sucrés qu’on lui ôte dans son alimentation. Il lui envoie des montagnes d’espoir en racontant son propre vécu de la maladie à elle qui ne cesse de crier à l’injustice. La suite ici

Simon Liberati – Performance

Performance était un film où le beau Mike Jagger interprétait son propre rôle, un chanteur star, Simon Liberati en a fait un roman où son narrateur, vieil écrivain poussif après un AVC, enfreint encore, et peut-être, pour la dernière fois, les règles de la bienpensance établie.

Car, malgré ses soixante-et-onze ans, le narrateur semble faire un doigt d’honneur, presque ultime, en entretenant une liaison amoureuse avec sa belle-fille de moins de vingt-cinq ans ! Seulement voilà ses neurones étant un peu en bernes, il n’a pas écrit depuis trop longtemps. Et quand on n’a plus la jeunesse pour entretenir l’amour, il faut au moins l’argent.

Heureusement deux jeunes producteurs, très dans la norme, lui proposent d’écrire un scénario sur l’épisode de l’arrestation de Keith Richards et Mick Jagger en 1967 ainsi que la mort de Brian Jones retrouvé dans une piscine en 1969. Peut-être qu’ils finiront par le prendre aussi comme assistant artistique, du moins il l’espère ? Car, il en connait un rayon le papy sur ce groupe mythique : des anecdotes, de nombreuse petites révélations sur la période puisqu’il a bien connu Marianne Faithfull, la petite amie de Mick. La suite ici

Raozy Pellerin – Bibiche

Premier roman de Raozy Pellerin, Bibiche est le récit du parcours d’une réfugiée de République Démocratique du Congo à partir de son arrivée à Paris. De l’errance de la rue jusqu’aux papiers officiels, Bibiche dresse, par son récit, à la fois les méandres d’une administration opaque qui demande toujours plus de détails intimes pour accorder son sésame officiel et aussi un portrait de femme, volontaire et téméraire, qui chemine pour retrouver sa dignité.

Bibiche Nyandu Bilonda, on croirait à un nom d’emprunt !  Mais, c’est Anita Justine Makwanga, son nom d’emprunt, celui que les passeurs lui ont donné avec les faux papiers.

Au fil des pages, le passé de Bibiche, sa vie d’avant, se révèle, divers, varié, loin de nos représentations habituelles. Dans son pays d’origine, Bibiche est instruite ayant acquis une certaine liberté et autonomie depuis le départ de son mari du domicile conjugal et un statut social apprécié pour être à l’écoute des personnes de sa communauté. Ce n’est pas le rêve de la société occidentale ou le désir d’argent pour sortir de la misère sa famille qui fait partir Bibiche de son pays, la RDC. Non, ce sont des traumatismes répétés de son intimité qui l’obligent à fuir son pays. La suite ici

On en garde 10 ! -Marie-Rose Guarnieri

vagabondageautourdesoi.com - On en garde 10 ! - On en garde 10 ! est un album (non, pas vraiment !), un livre (oui bien sûr), qui en rassemble 500 autres choisis par cinquante écrivains ! Le samedi 23 avril 2022, c’était la San Jordi ou la fête des librairies indépendantes qui célébraient la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. A cette occasion, les librairies qui y participent, achètent un livre édité par l’association Verbes et l’offrent à leur public.

Bien  sûr, cela fait longtemps que cette date d’avril est passée, me direz-vous ? Certes, mais l’ occasion de célébrer à la fois les librairies indépendantes et la littérature sont quand même assez rare. Alors, j’ai décidé, en plein été, de parler d’elles.

Ce grand format imprimé par Gallimard à donner la parole à cinquante écrivains contemporains pour qu’ils nous transmettent sur une double page nous transmettre leur citation fétiche, décrire ce qu’il voient de leur fenêtre et donner la liste de leurs top dix des livres de leur bibliothèque. La suite ici

Soixante printemps en hiver – Aimée de Jonk – Ingrid Chabert

vagabondageautourdesoi.com - Soixante printemps en hiver Soixante printemps en hiver raconte la désertion de Josy, le jour de l’anniversaire de ses soixante ans. Par trop plein d’ennui, par manque de nouveautés, pas routine exacerbée, Josy tranquillement prépare sa valise dans sa chambre seule, alors que la famille continue sa vie au rez-de-chaussée. D’ailleurs, chacun la réclame pour servir le repas : en premier, sa fille qui s’en est occupée, puis ses petits-enfants qui crient leur famine et son fils, présent lui aussi. Son mari rentre après d’où on ne sait où !

Vient le gâteau. Les soixante bougies. Et là, Josy annonce son départ. Elle prend sa valise, ressort le vieux Combi Volkswagen du garage et se « barre » devant la famille interloquée.

Au fil de Soixante printemps en hiver, le désir retrouvé éclate à chaque bulle : l’envie de découvrir, de se redécouvrir, de penser à soi, de faire ce que l’on veut au moment où on le veut loin des obligations subies au fil des jours. Ce nouvel élan de vie lui permet de souhaiter s’ouvrir aux autres, d’abord la joyeuse Camélia malgré sa situation précaire, puis le groupe des CVL, Club de Vilaines libérées, où elle rencontrera de nouveau l’excitation et le plaisir. La suite ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chroniques littéraires