Alix Lerasle – Du verre entre les doigts

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La maison dont Alix Lerasle raconte, dans Du verre entre les doigts, le vide et le délabrement, autant physique que psychologique de ses habitants cache ses mystères malgré la narration d’une petite fille, certainement d’à peine dix ans, qui essaye de ne pas s’éteindre dans la folie. Une mère avec ses deux enfants, le père est absent, tente d’y survivre. Un autre enfant, l’aîné, raconte lui aussi au fil de ses retours des brides incompréhensibles. Celui qui prend le plus de place est cet enfant qui ne parle pas, n’est pas autonome et qui ne cesse de regarder par la fenêtre.

Quand les mots ne se disent jamais, lorsqu’ils sont enfermés dans les têtes et qu’ils rendent malades, l’atmosphère qu’ils dégagent empoisonne l’air et tout devient irrespirable, frisant la folie.

Que provoque la présence d’un enfant handicapé dans une famille ? Il empêche d’hurler sa détresse. Mais, cet enfant, Nadi, affecte aussi irrémédiablement chacun. La mère qui lui donne toute sa patience, au point qu’il n’en reste plus pour la cadette. Celle-ci est narratrice et raconte le manque de tendresse de sa mère à son égard, elle, la bigleuse, et cet autre elle-même qui s’accroche, son enfant rêvée. Sa mère n’arrête pas de la dénigrer en lui disant qu’elle est bête, qu’elle est laide, bref qu’elle n’est rien. Alors que l’autre, Nadi, qui ne sait que coller sa bouche à la fenêtre, a droit à tous ses  égards. 

Choisissant la poésie, si libre et envoûtante, Alix Lerasle raconte ce foyer du point de vue d’une enfant cherchant l’affection. Des interventions de l’aîné,  en pension, la plupart du temps, renforce l’incompréhension.

L’angoisse naît au fil des pages, suintante de malaise, sans que le lecteur ne comprenne les raisons. Il faudra attendre les dernières pages de cet écrit atypique, Du verre entre les doigts, pour qu’Alix Lerasle révèle les non-dits qui empoisonnent cette famille.

Alix Lerasle choisit la poésie pour raconter son histoire. Son premier recueil, Faut-il des murs pour faire une maison ?, a remporté le prix de poésie de la Vocation 2022. Le style, la façon d’aborder des thèmes tragiques et l’inquiétude qu’elle suscite font de ce premier roman un objet littéraire atypique que je recommande vivement.

Puis quelques extraits

dans la maison si on pleure
c’est toujours parce qu’on a mal
jamais parce qu’on est triste
dans la maison personne n’est triste
on ne dit pas le mot tristesse
on ne fait pas des phrases avec le mot tristesse

dans la chambre endormie
on entend le cauchemar
dans l’ombre du miroir
il surveille mon lit

« ce que je raconte
c’est l’histoire de la maison
et de nous dedans
Je ne dis que ce que je vois
et pense
et entends
tout est réel
et rien n’est vrai
car vous ne voyez que ma tête
« 

Dans ma maison il fait nuit
Regarde j’ai tiré les volets
Dans ma maison il fait pluie
Regarde les enfants sont cassés

les enfants ne sont pas les bons enfants
ce sont des enfants cassés
où sont les enfants
qui fonctionnent à l’endroit ?
les enfants
qui savent encore
rire
faire du bruit et trouver ça normal
faire du bruit et ne pas s’inquiéter
où sont les enfants qui savent encore
ne pas s’inquiéter
qui savent encore parler

Ici en bref

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Rentrée littéraire 2025

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Parution : 22 août 2025 – EAN : 9791027803866 – Lecture : décembre 2025

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9 commentaires

    • Le texte est magnifiquement écrit et les éléments se dévoilent qu’à la fin ! 🙏 Bonne journée ❄️☃️🙏

  1. Très court roman raconté à hauteur d’enfant, d’enfant maltraitée. La forme narrative, long poème en vers libres, donne toute sa puissance au récit. Ce roman pose la question : comment peut-on faire un beau récit d’une histoire si glauque, si sordide ? C’est un roman magnifique et dérangeant que j’ai beaucoup aimé.
    Ce roman était dans la sélection du roman Roblès en 2025, mais n’a pas reçu le prix.

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