
François Bégaudeau retrouve ses lecteurs en cette rentrée littéraire avec Désertion, un roman sur le déterminisme social, écrit sombre qui va conduire deux frères des bancs du collège, aux salles d’un palais de justice, pour finir en Irak.
Michaël, le plus jeune, est un « taureau dans un enclos« , dit son père, traité pour son hyperactivité au CP. Puis, plus rien. Steve, l’aîné, survole le monde sans vraiment le comprendre. Diagnostiqué dyslexique en fin de primaire, et comme rien n’est fait, il se retrouve, en plus, gratifié d’un trouble de l’attention au collège. Orienté loin, il subit un harcèlement qui irrévocablement le place au bord du groupe, au bord du monde, obligé de fumer pour oublier.
Leurs parents sont séparés. Elle travaille comme infirmière de nuit en soins palliatifs. Lui est camionneur et enchaîne les missions pour s’en sortir. Mais, comme le dit Steve, leur mère est toujours là !
Les deux frères, François Bégaudeau les compare à des serins : toujours ensemble, mais Steve est protégé le plus souvent par Michaël, son cadet. Alors, quand Mickaël choisit de combattre aux côtés des Kurdes, Steve ne met pas longtemps à le rejoindre, même s’il clame une « raison humanitaire ».
La désertion est à tous les étages dans ce roman : éducative, judiciaire et sociale à la fois. François Bégaudeau a beaucoup de talent pour décrire des situations qu’on ne rencontre pas habituellement dans la littérature. Ces deux frères, presque jumeaux, même si le lecteur ne connaît jamais leur différence d’âge, naviguent en province entre précarité et incertitude, sans véritable avenir, sans réelle passion, non plus. En racontant leurs histoires, l’écrivain inscrit son roman dans le courant social actuel reprenant les faits marquants de l’actualité.
Accusé souvent d’avoir une attitude de « surplomb sur ses personnages », François Bégaudeau décrit une classe sociale habituée à encaisser, à subir sans réagir, sans pathos mais avec une réelle connaissance de cette adolescence en mal d’avenir et d’espoir. Malgré des longueurs, Désertion de François Bégaudeau raconte avec précision ce qu’on ne raconte jamais !
Puis quelques extraits

Quand il ouvre la cage de ses serins vers, il déteste que leurs ailes battent de panique.
Le client c’est un châtelain sans le château. Un bouseux qui joue au seigneur, un pilier de PMU qui se croit au Ritz.
Décider de dormir ne met pas fin à une insomnie.
Une part animale de lui pressent qu’une fois ce pas franchi ce ne sera plus réversible.
Comme pressenti, ses mots tombent dans l’oreille d’un sourd. Le fils est là tout près à portée de caresse sur la joue, mais le mètre entre eux en paraît dix. Elle qui voudrait qu’il prenne un peu le large, on y est.
En même temps, si ces messieurs savent tout, ils savent aussi ce qu’ils font.
MaMais,’ils savent tout qu’est-ce qu’ils cherchent qu’ils ne sachent ?
Elle des morts, elle en voit tous les jours, elle les voit, de très près même, le fait manger à la petite cuillère. Il arrive même qu’elle les torche quand ils se souillent en pleine nuit. Mieux que les morts : des bientôt morts, et qui le savent. C’est ceux-là qui ont besoin d’aide ; les déjà morts eux, c’est plus la peine. Mourir, personne n’y arrive préparé.
Ici en bref




Questions pratiques

François Bégaudeau – Désertion
#rlhiver26
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 8 janvier 2026 – EAN : 9782073123275 – Lecture en janvier 2026

Bonjour Matatoune. Je le lirai peut-être si je le trouve à la médiathèque, pour ces deux frères. Bonne journée
Alors, bonne lecture ! ✍️📚☔️
Un roman qui semble donner voix à des personnes qu’on laisse sur le bas-côtés.
Oui, c’est un peu sa spécificité et il le fait bien !
Tu m’as donné envie de le lire pour son aspect social.
J’espère qu’il te plaira ! Je lirai avec plaisir ton retour 📚🙏
Pareil que Pat. Je pense bien au vu de ta critique mais trop noir.
C’est vrai c’est un roman social, particulièrement important pour comprendre ce besoin de radicalisation de la jeunesse d’aujourd’hui.
J’aime bien F.Bégaudeau, son souci de la vérité et la justesse de ses vues. Pour l’instant ma PAL est très très haute mais à voir pour plus tard. Merci de cette suggestion de lecture 🙏 Excellente journée à toi Matatoune 🌞📚🤩🍀☕️✨️🌟
Oui tu as raison il a une vision juste du monde ! Et je comprends pour la PAL. Bonne continuation ! 🙏📚
Un livre trop sombre pour moi, même s’il est dans l’air du temps. Bonne semaine
Il raconte ce besoin de radicalisation des jeunes d’aujourd’hui, de sortir du cadre déterminé imposé par la société, pour pouvoir se sortir de soi-même. Une belle illustration ! Excellente continuation 📚🙏