Book cover for Dans la maison d'un Taliban by Elise Blanchard, showing a young Afghan woman on the cover; red Vagabondage box and floral fabric visible in the background.

Dans la maison d’un taliban – Le récit inédit d’une journaliste au sein d’une famille afghane pendant trois ans – Élise Blanchard

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Élise Blanchard propose avec Dans la maison d’un taliban, de raconter son immersion dans une famille afghane. Elle y fut accueillie quelques jours d’affilée, de nombreuses fois, à partir de 2022 dans un petit village, à une heure de route de Kaboul, durant trois ans. Ce témoignage change nos points de vue et déplace nos représentations en montrant toute la complexité de la situation géopolitique, sociale et culturelle. 

C’est Armin, un taliban dit de maison, qui lui ouvre sa famille. Elle l’a rencontré lors d’un reportage et a été bouleversé de le voir jouer tendrement avec ses filles. Sa femme Zareena la considère au fil du temps comme une amie et lui ouvre sa maison, même élargie, en grand.

Les femmes afghanes

Élise Blanchard montre ainsi la diversité des femmes afghanes sous la burka. Pour cette famille, le départ des Américains fut une libération. Parce qu’à la campagne, l’armée américaine fut vécue comme envahissante, impérialiste et irrespectueuse. En implantant ses codes occidentaux, l’armée, et sa brutalité, faisait à chaque incursion, offense à la culture du pays sans parler des raids aveugles et des tortures. Ainsi, ce qui a changé c’est de ne plus avoir peur des tueries, des obus et des dégâts des armes modernes.

De nombreuses femmes n’ont jamais été à l’école. Les adolescentes de la famille constatent que leur rêve d’éducation est impossible avec la nouvelle loi qui ferme l’accès de l’université aux femmes. Et la dépression les envahit. Armin, et sa femme, garde leur foi intacte malgré la difficulté à expliquer de telles mesures et d’autres encore

Élise Blanchard insiste pour leur rendre compte aussi des situations qui nous révoltent : des adolescentes obligées de mendier, une fillette vendue en mariage pour 500 dollars, pour nourrir sa famille, ou une dot à 9000 dollars, soit plus de 7600 euros, pour des gens qui n’ont rien.

Élise Blanchard montre que les femmes n’arrêtent jamais de travailler. On les imaginait assises à ne rien faire. Mais, le manque de tout, les oblige, par exemple, à faire le pain dès quatre heures du matin, à conduire la vache, aller chercher l’eau, faire le repas… En réalité, ça s’arrête jamais ! Difficile aussi, pour nous, de constater combien la religion n’est jamais discutée. L’enseignement est transmis et ne peut jamais être remis en cause.

Un témoignage qui perturbe nos représentations

Détentrice du prix World Press Photo 2026, pour avoir, notamment, documentée l’accouchement d’une femme, Elise Blanchard est une photojournaliste de grand talent. Quelques clichés sont reproduits à la fin de cet ouvrage.

Impossible au terme de la lecture de ce témoignage de ne pas percevoir le pas de côté qu’il nous force à  prendre dans nos réflexions.  Ce pays meurtri, par quarante ans d’ingérences étrangères, garde une foi dans l’avenir. Suffisamment étonnant, pour découvrir cet essai !

En quelques mots

Dans la maison d’un taliban, Élise Blanchard raconte trois années d’immersion au sein d’une famille afghane proche des talibans. Son témoignage bouleverse les idées reçues sur les femmes afghanes, la religion et l’occupation américaine. Entre oppression, pauvreté et humanité, elle révèle la complexité d’un pays meurtri mais toujours habité par l’espoir.

Puis quelques extraits

C’est peut-être ce rythme de vie qui est parfois source de confusion chez les hommes des villages. Pourquoi cette insistance des pays occidentaux à ce que l’Afghanistan laisse ses femmes « travailler »? Les femmes travaillent déjà toute la journée et n’ont guère de temps pour autre chose. Sans elles, le foyer s’écroulerait.

Il voudrait y louer une maison et une seconde épouse qu’il installerait prendre là-bas. Je me moque de lui et essaie de le raisonner
-Ça coûte cher, une deuxième femme, et les enfants qui vont avec. Tu dois tout payer en double, le logement, la nourriture…
Il pointe du doigt la lampe, sans ampoule, au plafond.


– Dans ton pays, tu n’as qu’une seule lampe dans ta maison, ou une dans chaque pièce?
-Une dans chaque pièce.
– Les femmes, pour nous, c’est pareil.

– Mais une lampe, tu n’as pas besoin de payer pour la nourrir, rétorqué-je.
– Si, il faut changer l’ampoule et payer l’électricité.
Je ne trouve rien à répondre, et il éclate de rire.

Il y a un flou entre ce qui relève de la culture, de la religion et des talibans.

Cet espoir, comme un talisman, je le retrouve souvent chez ces jeunes Afghanes qui ont goûté aux « libertés » apportées par l’intervention de 2001. Elles pensent que tout est possible. Qu’avec de la volonté, aucun rêve n’est inatteignable. Aujourd’hui, cet espoir semble si naif, si détaché des faits, qu’il me fend le cœur. Et je me demande si, en leur inculquant des valeurs de contes de fées, en leur vendant du rêve puis en les abandonnant, I’Occident leur a vraiment rendu service.

Et, encore,

J’ai beaucoup de questions à lui poser. II y a des hommes cruels partout, mais j’ai du mal à croire que l’Afghanistan ait, comme par magie, pondu des dizaines de milliers de monstres comme des soldats de plomb produits à la chaîne dans une usine. Et comment peut-il à la fois aimer ses filles et sa femme de tout son cœur, et soutenir une idéologie si cruelle envers elles ?

« Si quelqu’un est en difficulté, Allah trouve un moyen de l’aider. »

– C’est ça, l’Afghanistan, de toute façon. L’origine de tout ce malheur, c’est l’alphabétisme.

Bien sûr que les hommes afghans cachent leurs femmes. Elles sont trop belles, trop intenses pour leur monde à eux. Ils se protègent car ils savent que si elles étaient libres, elles se rendraient compte de ce qu’elles valent et les engloutiraient.

– Mais ils (les talibans) sont contre l’éducation . (..) – La plupart d’entre eux respectent les femmes : ils ne fouillent pas leurs voitures, s’assurent qu’on leur laisse la place dans les bus. Ils ont la culture des gens des campagnes. Place dans le bus. Soudain, elle se met à se confier sans s’arrêter: -L’ancien gouvernement se comportait très mal. Si une femme acceptait de vendre son corps ou de payer, on lui proposait un poste…

-Va dire à tous ces médias étrangers qui nous critiquent de venir interviewer Laila. Elle leur expliquera comment Allah a tout créé et ce qu’il se passe après la mort.
– Oui, tous ces étrangers ne savent rien! Confirme Zareena.
-Je ne dis pas qu’on sait tout, je me défends.
Je dis juste que les deux types d’éducations, moderne et religieuse, c’est bien.

Et, encore, encore

Je ne peux tuer que ceux qui essaient de me tuer. Par exemple, voyager à l’étranger et tuer les gens là-bas, c’est un péché. Mais si un étranger attaque mon pays et que je ne fais rien, j’irai en enfer.

C’est facile d’idéaliser la vie dans ses campagnes quand on y reste pas plus de quatre jours d’affilée.

Les étrangers veulent sauver les Afghanes, mais moi, ce sont les Afghanes qui veulent me sauver.

Les étrangers veulent sauver les Afghanes, mais moi, ce sont les Afghanes qui veulent me sauver.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Dans la maison d’un taliban – Le récit inédit d’une journaliste au sein d’une famille afghane pendant trois ans – Élise Blanchard

Éditeur : Le Cherche Midi – X :  @lecherchemidi Instagram : @cherchemidiediteur – Facebook

Parution : 30 avril 2026 – EAN : 9782749178912 – Lecture en mai 2026

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10 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Ce témoignage doit offrir une vision différente des talibans, de l’intérieur et permet sans doute de mieux comprendre la situation actuelle. Bonne journée

    • Oui, on apprend qu’il ne suffit pas d’arriver avec nos idées progressistes, si elles sont en désaccords avec l’histoire du pays. Bonne continuation

    • C’est évidemment une vision particulière. Mais, Élise Blanchard a le mérite de nous faire réfléchir dans nos certitudes, loin des avis habituels !

    • Tout à fait ! J’apprécie vraiment ton esprit de synthèse ! Merci bcp 🙏

    • Oui, elle bouscule nos certitudes et c’est important !
      Excellente continuation !

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