nous aimons les dimanches

Ah que la langue de Lydie Salvayre, si j’osais, est salvatrice ! Toujours au plus proche de la révolte, elle nous pousse avec son nouveau manifeste à la paresse pour nous émanciper des « apologistes-du-travail-des-autres« .
Ainsi, en reprenant l’histoire du travail dans sa forme actuelle, Lydie Salvayre constate qu’il existe depuis uniquement deux cents ans. Avant, c’était une activité pour vivre alors qu’elle s’est transformée pour la poursuite du profit et la production de la société marchande au bénéfice d’un nombre restreint d’entre nous. Parallèlement à ce changement, des philosophes, des poètes et des écrivains réfléchissent à un contre-pouvoir avec la paresse.
Trois parties sont construites de façon très classique : l’identification, la dénonciation et les solutions. Ces dernières reprennent largement les travaux de Charles Fourier et évidemment Paul Lafargue avec son Droit à la paresse, Proust, Bertrand Russel, parmi tant d’autres.
Ce n’est absolument pas nouveau mais dans le climat actuel, quel bien cela fait ! En passant par Nietzche et Blaise Pascal et tant d’autres (la liste est dressée à la fin), Lydie Salvayre reprend, à travers cette satire, les réactions littéraires concernant ce changement sociologique. Son humour est du même acabit que sa culture, élevé !
Travail subi !
Malgré ce ton, Lydie Salvayre dénonce le travail non choisi qui fait mal, en citant des exemples. Ainsi, le « nous » de l’écrivaine dénonce l’asservissement actuel du travail en voulant « tayloriser » les tâches comme celles du soin, de l’aide aux personnes, bientôt de l’enseignement, etc. En fait, tous ceux, invisibles, en premières lignes pendant le Covid ! De plus, aux forces de nos gouvernants qui poussent toujours plus au travail, naît lentement une jeunesse qui ne veut plus se réaliser par le travail !
« L’un de nos slogans préférés affirmant que l’on doit : TRAVAILLER MOINS POUR LIRE PLUS.«
Le bandeau reprend le slogan Ne travaillez pas, écrit sur un mur parisien, en 1953, par le théoricien du mouvement situationniste Guy Debord et repris en 68 dans les manifestations. Evidemment, rien n’est très neuf dans Depuis toujours, nous aimons les dimanches. Seulement, il semble important d’expliquer que le courant n’appartient pas uniquement à la mouvance actuelle mais fait aussi référence à des mouvements de pensées anciens.
Lydie Salvayre harangue les apologistes-du-travail-des-autres. Pas sûr, qu’ils la lisent ! Mais, qu’importe, puisque ce n’est pas son but ! Pour respirer, pour sourire, pour calmer sa colère, ce petit traité de rébellion tranquille et ironique est à découvrir !
De façon plus concise…
Encore une fois, Lydie Salvayre dénonce. Dans Depuis toujours, nous aimons les dimanches, et en convoquant philosophes et écrivains, l’écrivaine dénonce le travail qui fait mal et qui asservit pour l’accomplissement de certains qui en demandent plus, toujours plus ! Savoureux !
Pour aller plus loin
Lydie Salvayre – Irréfutable essai de successologie
Puis quelques extraits

La paresse est un art subtil, discret et bien faisant. Une manière heureuse et chérie des poètes de résister aux mandements que le monde marchand nous inflige avec son ventre énorme et ses dents carnassières.
La paresse, nous l’affirmons, est le berceau de la pensée.
Nous aimons l’inquiétude que cette paresse infuse, son ennui, sa rondeur, sa suavité, sa délicatesse, sa courtoisie, sa patience, son refus nonchalant de se soumettre aux logiques utiles, et sa disponibilité à la poésie dont nous voulons croire encore qu’elle habite le monde.
L’un de nos slogans préférés affirmant que l’on doit : TRAVAILLER MOINS POUR LIRE PLUS.
Bref, nous aimons nous vouer sans calcul ni entrave à ce qui nous console, nous fortifie. nous répare et parfois nous fait mal, à ce qui nous questionne et parfois nous meurtrit, à ce qui nous intrigue, nous élève, nous ravit, nous rassemble, à ce qui nous rend pleinement présents aux autres et à nous-mêmes.
Désormais, le travail ne nous définira plus. Hors de question !
Faites-nous cet honneur, Messieurs, de nous qualifier d’utopistes. C’est la raillerie coutumière jetée par les esprits étroits qu’une vétille effare aux rares audacieux qui se risquent à cracher dans la soupe. Nous avons le souvenir de quelques crachats sublimes, et serons, pour tout dire, extrêmement flattés d’être accusés d’une telle insolence.
Ici en bref




Du côté des critiques
Télérama –
Du côté des blogs
Questions pratiques
Lydie Salvayre – Depuis toujours nous aimons les dimanches
Éditeur : Seuil
X : @EditionsduSeuil Instagram : @editionsduseuil
Parution : 1er mars 2024
EAN : 9782021554557
Lecture : Mars 2024

[…] Irréfutable essai de successologie – Depuis toujours, nous aimons les dimanches […]
Un sage conseil, ça, travailler moins pour lire plus ! Et le dimanche avec ça ! On dirait que j’ai tout compris 😄.
Impeccable ! Une philosophie déjà suivie par nous les addict de la lecture 😊
intéressant, ça questionne en effet!
Elle a su » sentir » l’air du temps entre une jeunesse qui refuse de passer sa vie au travail, même si c’est un travail choisi, et nos gouvernants qui essayent, même en devenant obsessionnels, d’ encenser la valeur du travail. Savoureux !
J’apprécie Lydie Salvayre et cet essai a l’air très chouette ! C’est nécessaire de porter cette parole à contre-courant. J’avais lu un excellent livre du philosophe Jacques Ellul, « Pour qui, pour quoi travaillons-nous », sur le même thème.
Oui, nous travaillons plus uniquement pour notre subsistance depuis uniquement deux cents ans. Du coup, le travail du plus grand nombre permet aux apologistes-du-travail-des-autres de s’enrichir sans vergogne. Et, on le voit bien actuellement où il semble être question de réduire la durée d’indemnisation des chômeurs. Qu’importe le travail que vous reprendrez, mais il faudra travailler ! Cynisme extrême ! Bon lundi férié
une bel liberté que de choisir vraiment le travail qu’on aime trop ne peuvent pas…
bonnes fêtes de Pâques à toi, vous. Bisous
Ça c’est sûr et j’ai peur que cela ne devienne véritablement un luxe que de travailler et en être satisfait ! Bon lundi férié !
J’aime beaucoup la dernière citation et l’ensemble du propos me plairait. Mais voilà, j’ai toujours la flemme de lire des essais, même de cette autrice dont j’aime beaucoup le style. Ton article me suffira !
😉 Sinon, il est très court !
On ne peut qu être d accord avec ce message. J ai envie de découvrir ce livre. Je n ai pas eu le temps de passer cette semaine. Je suis désolée. Bon week-end.
Pas de soucis. J’espère que tout va bien. Bon week-end
J’adore cette expression : apologistes-du-travail-des-autres. Car c’est ce travail qui est vanté par des politiciens qui n’ont jamais vraiment travaillé et hérité d’une situation familiale complaisante. Le sujet est audacieux en plus d’être important.
Oui quelle superbe expression qui veut bien dire ce qu’elle veut dire . En plus, quelle actualité ! L’organisme qui gère le chômage s’appelle France travail et les économies budgétaires seront faites sur les chômeurs. Quem monde ! Alors, le ton de Lydie Salvayre fait un bien fou ! Bonne continuation
Voilà un beau billet pour ce titre que je n’ai pas lu d’une auteure que j’aime beaucoup par ailleurs.
Merci Matatoune 🤩
Bonjour Matatoune. Rares sont les personnes qui travailleraient si elles avaient suffisamment d’argent pour s’adonner à leurs activités préférées…Bonne journée
Oui, tu as raison, surtout que tu penses certainement aux personnes qui subissent un travail plutôt qu’un travail choisi. Mais, et c’est la tendance actuelle chez les jeunes générations, le travail choisi ne peut signifier d’y perdre
Toute sa liberté, comme les jeunes médecins qui ne veulent plus y perdre leur vie privée. Et pourtant la politique actuelle ne cesse de ramener chacun à sa capacité productive ! Bon week-end 😉
Merci Matatoune pour ce fort joli retour sur un ouvrage dont le message me plais. J’ai aimé aussi, tout particulièrement, le dernier petit extrait que tu mets en évidence. Je note cette autrice qui ne manque pas de mordant. 🙂
Ah, on peut faire confiance à « Lady » Salvayre pour dénoncer encore et encore ! Bon week-end 😉