
Pour fêter le centenaire de sa mort, Patrick Roegiers propose une biographie époustouflée, mais aussi époustouflante, de l’artiste Erik Satie (1886 -1925).
Artiste hypersensible, Satie était difficilement adapté, semble-t-il à la norme de son époque, un peu asocial, légèrement syndrome de Diogène, un peu éberlué et pourtant si génial.
Son côté fantasque, contradictoire et ironique, cache une extrême solitude qui a attiré Patrick Roegiers pour s’intéresser à ce musicien très en avance sur son temps.
Patrick Roegiers est habitué depuis quelques années à s’attacher, par son écriture, à des trajectoires de personnalités pour en rechercher l’essence. Ainsi il y eut L’autre Simenon, sur le frère et Le cousin de Fragonard ou son avant dernier La nouvelle vague. Directeur de théâtre et comédien, il fut un touche-à-tout artistique très prolifique, spécialiste de la photographie.
Tour à tour pianiste au cabaret du Chat noir et compositeur de chansons légères et « tapeur à gages », le Satie de Patrick Roegiers est très loin de la photo de couverture. Il décrit l’homme avec ses manies (achat compulsif de costumes, de chapeaux de parapluies). Mais aussi celui des bons mots ( voir les annotations sur ses partitions) à l’humour ravageur.
Pleinement dans son époque symbolique, Satie refusa l’expression intense du romantisme et celle de l’exubérance de l’impressionnisme. Il choisit la pudeur, l’humilité, la brièveté, l’intensité de la « tendresse » disait Jankélévitch, philosophe et pianiste lui-même.
Génie créatif, enfin reconnu
Seulement, c’est à la fin de sa vie que Satie quittera sa solitude pour l’entourage soutenant d’amis sincères comme Brancusi, Apollinaire et tant d’autres.
Patrick Roegiers évoque les descendants, ceux qui se sont réclamés du Maître avec un long passage sur John Cage. Ce fut aussi Darius Milhaud qui s’occupa de son école à Arcueil qui lui est resté fidèle jusqu’à la fin.
La rencontre de la personnalité de Satie avec le style de Patrick Roegiers donne un essai d’invention verbale savoureux où l’humour et l’exhuberance épousent parfaitement sa personnalité ! Pas sûr que cet essai plaise à tous. Néanmoins, Satie devient un incontournable pour aborder ce musicien.
Remerciements
Aux éditions Grasset et à NetGalleyFrance
Concernant le centenaire
- Colloque international Satie 2925: cent ans d’héritage ouverture le 30 avril 2025 à Honfleur.
- Erik Satie à la Sainte Chapelle
- Maison Satie Honfleur
- Musee Eugène Boudin du 4 juillet au 3 novembre.
Puis quelques extraits

« Je suis venu au monde très jeune, dans un monde de vieux. » Érik Satie
La Vague -La Mer orageuse – de Courbet
En regardant, on entendait le grondement furieux des flots rugissants qui échouaient sur les galets, et la grève où s’étalait la salive fougueuse gorgée d’embruns, de sel et d’eau. Satie adorait ces tableaux véhéments, avec une vigueur revigorante sous un ciel d’orage menaçant, impermanent, imprévisible, sans cesse renouvelé et impossible à dompter, que le peintre appelait des » paysages de mer » qu’il préférait, autant de loin que de près, aux mièvres marines où excellait Boudin.
Satie, sûr de son talent et de son originalité, se disait qu’il etait un « k » à part.
« Tout le monde vous dira que je ne suis pas un musicien. C’est juste. » Érik Satie
Les notes étaient de la pensée scientifique posée sur la portée qu’il importait de comprendre » J’ai plus de plaisir à mesurer les sons qu’a les entendre. Satie avait inventé la science de la mesure des sons et se disait phonométrographe.
Ce qui est bizarre l’attirait et le fascinait. Ce qui est commun l’irritait et le mettait en colère. La fantaisie était pour lui une preuve d’équilibre.
Et encore,
Hypersensible, ne se pliant pas aux règles et aux usages de mise en société, il adoptait, par principe, une attitude qui le mettait d’office à l’écart.
Honfleur était son port d’attache, son berceau, son bercail dont le maître était Eugène Boudin, parrain et ami de Monet.
Le philosophe Vladimir Jankélévitch prenait l’ironie et l’humour de Satie au sérieux. Il le jouait au piano et assurait que c’était un homme « indéchiffrable » mais qu’il était aussi « problématique « .
Il avait étudié de près sa création et en déduisait qu’il composant le matin, à jeun, dégrisé des excès de la veille, parfaitement réveillé, après l’ivresse de la nuit. Il précisait, sur sa lancée, que « la musique, c’est l’art du temps « ,, volatile comme une bulle de savon, et ajoutait en conclusion, qu’elle était » précaire, fragile, périlleuse et clandestine » et n’était, en fin de compre, que » presque rien ». Elle était inutile au monde, mais » apportait de la joie ».
Satie ne cherchait pas la lumière et fuyait la clarté.
Ici en bref



Questions pratiques

Patrick Roegiers – Satie
Éditeur : Grasset – X : @editionsgrasset Instagram : @editionsgrasset – Facebook
Parution : 12 mars 2025 – EAN : 9782246838838 – Lecture : Mars 2025

Bonjour Matatoune, j’adore Érik Satie et je joue au piano un certain nombre de ses morceaux, depuis l’adolescence. Aussi, cette biographie pourrait vraiment m’intéresser et j’en prends note ! Merci, un excellent dimanche !
Bravo ! J’attends ton avis, alors !
Bonne semaine 🌞📚🌸
Ma libraire me l’avait proposé, mais le sujet ne me tentait pas.
Peut-être aussi le style de son auteur !
Je n’apprécie pas du tout ce musicien et je lis très peu de biographie. Merci pour ce partage . Bonne journée
J’aimé beaucoup ce mucisien. J’aime sa profonde mélancolie et j’ai été contente d’en apprendre plus sur lui. Heureusement que nous n’avons pas les mêmes goûts. C’est ce pluralisme qui fait la discussion.
Bonne continuation 📚
Bonjour Matatoune. Je ne suis pas attirée par les biographies ni la musique, mais qui sait, je le lirai peut-être. Bonne journée
Cette biographie au style particulier est une excellente entrée dans ce centenaire qui devrait être célébrée à son juste talent.
Bonne continuation 🌞
Je le note et le lirai avec les gymnopedies en accompagnement
J’attends ton avis !
Bonjour,
Merci, je n’avais pas vu passer cette bio qui m’intéresse grandement !
Anne
J’attends ton avis, alors. En tout cas, j’ai appris plein de choses !
excellente idée, je note