Collage of three objects: a yellow paperback titled Le Gorille by Dory Manor with a beach photograph on the cover; a red box with the text vagabondage autourd e soi.com; and a tall black vintage radio-style device on the left.

Le Gorille, récit de Dory Manor

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Sa filiation, Dory Manor la raconte, dans Le Gorille, comme une étendue de sable mouvant dont elle va, au fil des pages, faire un socle sur lequel s’appuyer. Rien de ce qu’on lui a raconté n’était vrai. Et encore on ne lui a pas dit grand-chose.

Il est le fils du « Gorille », signifiant garde du corps, de personnalités israéliennes, comme Moshe Dayan, l’homme au bandeau, et Golda Meir, la grand-mère intraitable. Dory Manor est un poète, traducteur (français-hébreu), éditeur et rédacteur en chef. Le Gorille est son premier roman en français. La transmission et la filiation en sont les thèmes principaux, avec des aspects particuliers sur la figure du père, viril et affirmé, qui vécut dans le mensonge tout au long de sa vie.

Les pages défilent et l’étonnement grandit. Écrire en français, c’était être assuré que son père, ainsi que son fantôme, ne viendrait jamais l’empêcher de s’exprimer. Son papa est décédé il y a plusieurs années et ne parlait pas le français. Ezer, de son vrai nom Reinhart, travaillait au Shin Bet, aussi appelé le Shabak, qui est un des trois grands services de renseignement israéliens, à côté de l’Aman et du Mossad, qui s’occupe essentiellement d’intérieur.

Écrire pour se réparer

La faille que porte Dory Manor s’exprime par la première partie, qui rend compte de sa place dans la généalogie ainsi que celle que ses parents lui ont fait jouer dans leur vie de couple. La seconde raconte la colère autodestructrice. Alors, apprenant la duplicité, le jeune révolté a appris aussi à s’affranchir de l’emprise de sa famille tout en conquérant sa liberté. La poésie s’est révélée, alors, salvatrice avec la découverte, notamment, des Fleurs du mal. La dernière partie raconte sa véritable émancipation avec la découverte du français et de sa littérature. 

L’écriture de Dory Manor est enchanteresse. Elle glisse avec une maîtrise étonnante. Langue de la liberté, elle accroche le lecteur sans voyeurisme, ni impudeur, ni excès d’émotion. D’ailleurs, malgré ce récit qui n’apporte pas une belle image d’Ezer et Léa, ses parents, il n’y a aucun ressentiment ou rage contre eux. Est-ce que l’écrit fut révélateur ou est-ce un travail que la poésie a déjà entrepris qui fait de ce texte un récit d’amour, émouvant et entier, pour un père qui fut longtemps un opposé, un double négatif à fuir. Je recommande !

Sa poésie, forte et entière, est à découvrir sur son blog.

En quelques mots

Dans Le Gorille, Dory Manor explore une filiation trouble marquée par le mensonge paternel. Fils d’un garde du corps lié aux élites israéliennes, il reconstruit son identité entre colère, rupture et poésie. Écrire en français devient un acte de libération, transformant la douleur intime en récit apaisé, sans haine, porté par écriture lumineuse et maîtrisée.

Puis quelques extraits

En Allemagne, en Pologne, en Lituanie, les garçons soupçonnés par les nazis d’être juifs étaient contraints de baisser leur pantalon. Avoir son sexe intact équivalait souvent à une garantie de survie.

La terre israélienne fourmille d’innombrables secrets décharnés que nos amis les vers n’ont pas fini de ronger.

Des traditions séculaires d’un judaïsme cosmopolite, transnational, ont été ainsi effacées d’un coup de traduction, tantôt sémantique, tantôt phonétique, habituellement arbitraire, souvent dépourvue de patrimoine et de racines. Des noms en plastique et en fer ont remplacé les vieux noms gravés dans le sang. Qu’on le veuille ou non, l’acte de traduire a toujours une portée idéologique.

Mais existe-t-il une identité israélienne authentique ?

Plus un plat était épicé plus Ezer y prenait goût. C’était également un moyen de tester sa virilité : il devait prouver, avant tout à lui-même, que son palais, tout comme ses muscles, suffisamment robuste, sans la moindre trace d’une délicatesse européenne.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Télérama

Questions pratiques

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Dory Manor – Le Gorille

Son blog ici Facebook – Instagram :@dorymanor

Éditeur : Grasset – X : @editionsgrasset Instagram : @editionsgrasset – Facebook

Parution : 11 mars 2026 – EAN :  9782246841760– Lecture en avril 2026

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17 commentaires

  1. Bonjour Matatoune, j’aime bien tes avis sur ce récit autobiographique. Un personnage principal qui pourrait beaucoup me plaire, j’ai l’impression. Mais j’ai déjà une PAL gigantesque, malheureusement. Bonne fin de journée 🙏😊

    • Nos listes de livres à lire sont terribles. Je sais et bientôt la nouvelle rentrée littéraire va se profiler. Et, pourtant, de belles parutions m’attirent toujours beaucoup ! Merci de ta fidélité et excellente continuation 🌸🙏

    • C’est le récit de la construction d’un homme qui a du combattre bien des barrières pour être apaisé !
      Bonne semaine 🌼

    • Je viens d’en lire un autre dont la chronique paraîtra la semaine prochaine. Alors, oui, moi aussi, je vais faire un break dans le récit d’hommes en difficulté par rapport à leur père ! Mais celui-ci est très bien écrit, sans violence ni impudeur !

  2. Noté après avoir lu une critique qqs part. Non-circoncis, homosexuel, poète et fils de ces deux personnages , ça ne peut qu’être captivant. Merci pour la confirmation de le mettre sur ma liste des livres à lire.

    • C’est son père qui est non-circoncis… Tout y est suggèré dans une langue que j’ai beaucoup aimé ! Une belle chronique dans Télérama ! J’aurais plaisir à lire ton retour !

  3. J’ai bcp aimé sa langue si sensible et si mâture. Sa poésie me touche bcp aussi .

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