
Raosy Pellerin, dans son second roman, L’Admission, raconte, par un long monologue, l’examen oral de la thèse d’une étudiante, Raissa Virassamy, qui découvre que son jury est composé d’un des professeurs qui fut son Gâté (son chéri). Par conséquent, l’étudiante imbrique l’analyse de son sujet, le film Orphée de Jean Cocteau datant de 1950, aux éléments de sa relation et de son exil.
Au fur et à mesure, Raosy Pellerin analyse les correspondances qui existent entre son histoire et son sujet de thèse. Raïssa, son héroïne, découvre qu’elle ressemble à la Princesse du film, Maria Casarès, oubliant ce qu’elle était avant son exil, pour mourir un peu dans cette nouvelle vie, tout orientée par la réussite de ses études. Antoine, son professeur, est enivré par l’exotisme de son étudiante, côtoyant l’amour absolu, comme Orphée, la mort, mais retrouvant malgré tout son Eurydice, sa femme.
Raosy Pellerin décrit le statut d’exilée volontaire de Raïssa, pour devenir érudite. Car, déracinée de sa Réunion natale, elle vit cette mobilité comme une épreuve où elle découvre la solitude et le froid au sens propre et figuré. Elle a cru trouver l’amour en même temps qu’intégrer le milieu des normaliens. Seulement, elle se noie, oubliant qui elle est, véritablement. Raosy Pellerin propose un portrait de femme, à la fois fragile et puissante, confrontée à l’exil et à l’intégration dans un milieu dont elle ne connaît rien.
Portrait de femme indépendante et puissante
Seulement, son héroïne est reléguée à l’exotisme qu’elle dégage. Raïssa n’arrive pas à s’assimiler à ce groupe dont elle ne connaît ni les codes, ni ne partage l’histoire culturelle. Ce qui est intéressant dans le parcours de Raïssa, c’est sa remise en question à la fois de son idéal et de son ambition. Sa compréhension lui permettra de devenir sujet de son histoire et de choisir la création littéraire comme terre de liberté.
Antoine, poursuivant l’ombre de son Eurydice, plutôt que la réalité de sa jeune étudiante, la transforme en objet tropical, mais, à la fois la nourrit de toutes les connaissances qu’elle veut s’approprier. C’est aussi avec lui que Raïssa se découvre femme et acquiert son indépendance.
Raosy Pellerin propose un portrait de femme, à la fois fragile et puissante, confrontée à l’exil et à l’intégration dans un milieu dont elle ne connaît rien. C’est un texte majestueux écrit avec des joies et des larmes, baignées de poésie. Dense comme la graphie choisie qui oblige l’arrêt et la dégustation, à cru et à la fois à cœur, de ce qui est écrit.
Ce texte est beaucoup plus exigeant que son premier, Bibiche, beaucoup plus révoltée, aussi. Au thème de l’exil, L’Admission ajoute le pouvoir broyant et violent de la métropole, pour imposer ses règles.
L’Admission raconte l’exil, l’assimilation, la passion et la poésie. En cinq extraits de l’Orphée de Cocteau, Raosy Pellerin conte l’histoire d’une étudiante esseulée et déboussolée, prise au piège d’un abus de faiblesse, néanmoins consentante qu’on lui tend trouvant sa voie par la création littéraire. C’est évidemment trop réducteur. Mais, pour en connaître toutes les subtilités, il faut lire l’Admission de Raozy Pellerin, un excellent second roman !
Pour aller plus loin


Bibiche sort en poche actuellement Entretien avec l’écrivaine
Puis quelques extraits

Mais, ce n’est pas parce que notre maison en dur a remplacé sa case en tôle que, pour autant le chemin était accompli.
Il m’a fallu du temps pour comprendre que le regard du Métropolitain est celui de l’exclusion, que l’on ne s’y définit qu’en excluant l’autre.
Qu’ai-je gagné ici ? Je vis dans l’anonymat plongée dans le noir, seule en selle, à y jouer d’une voix empruntée à tant d’autres personnes le soliloque d’une passion.
Après avoir aimé avec passion, je me suis mis à écrire avec passion. J’avais le choix des vocables, des ellipses. À mes textes, je pouvais revenir comme bon me semblait. Ils ne se retiraient pas, ne m’abandonnaient pas.
C’est qu’il m’était facile de trouver l’inspiration quand, vampire, je suçais, le temps d’une soirée, tous ces bons sentiments d’hommes attelés à m’appâter.
Les paroles sont ces laves qui doucement, gagnent vos corps froids. Une explosion qu’on imaginait plus et qui vous plonge dans cet état de sidération. J’aimerais être une minorité visible, non pas au sens physique, biologique du terme, mais au sens émotionnel, historique. Car, oui, je suis révoltée. Avec mes mots, je mets le feu.
Et encore,
L’écriture, c’est la Créole par essence qui s’adapte, se réinvente sans arrêt. Dans le créole, il y a ce vertige identitaire, un synchronisme accidentel, une boiterie auxquels je pourrais peut-être survivre en les verbalisant aujourd’hui.
Les paroles sont ces laves qui doucement, gagnent vos corps froids. Une explosion qu’on imaginait plus et qui vous plonge dans cet état de sidération. J’aimerais être une minorité visible, non pas au sens physique, biologique du terme, mais au sens émotionnel, historique. Car, oui, je suis révoltée. Avec mes mots, je mets le feu.
Le temps s’écoulait à la vitesse des pierres tombales…
Tu voulais remplir mon esprit de ton savoir, comme… Oui. Comme mon sexe de ta verge ouais
Comme Orphée, dans ce lieu sans nom, nous ne distinguons plus le vrai du faux, nous ne savons plus où donner de la tête pour nous situer et le situer. Un effet voulu par Cocteau serait ici l’agencement de mondes sans cohérence, à la base de la poésie recherchée dans son cinéma. Par cet effet, et joue du pouvoir cinématographique de passer du coq à l’âne.
Ici en bref





Questions pratiques

Raozy Pellerin – L’Admission
Instagram : @raosypoesie
Éditions Projec’Îles Facebook – Instagram : @editionsprojectiles
Parution : 13 mai 2025 – EAN : -9782493036315 Lecture : Juin 2025

Bonjour Matatoune. A priori je ne suis pas attirée par ce roman même s’il semble très bien écrit. Bonne journée
On sent que tu as préféré ce roman au précédent.
J’avais bien aimé Bibiche, mais celui-ci est plus élaboré, un objet littéraire de qualité !
Ça m’a tout l’air d’être un livre très travaillé sur le plan du style d’écriture. C’est important. Je n’arrive pas à me plonger dans un roman si le style me déplaît. Merci Matatoune pour ce beau partage 🙂
Oui, c’est une écriture exigeante et poétique à la fois. Merci d’être passé. Bonne continuation 🍒
Pas pour moi. Bonne semaine
J’ai aimé l’évolution de son écriture et son sujet ! Je le recommande ! Bonne journée 📗
L ecriture est visiblement très belle.
Oui, un travail a été clairement effectué avec la poésie des mots !