
Amine Kessaci s’est encore trouvé dans la lumière, ces dernières semaines. L’occasion pour moi de me plonger dans son récit paru le 2 octobre ! Il y a deux mois !
Leurs réalités dépassent nos fictions. Amine Kessaci commence son récit par dénoncer notre culte de la violence et notre amour du pouvoir puissant dans les films, les séries, qui inondent notre imaginaire. Leurs réalités dépassent toutes nos fictions.
Dire que les mots couchés sur le papier sont encore d’actualité est, je le sais, d’une profonde indécence ! Un autre de ses frères a été assassiné après son frère aîné, il y a cinq ans.
Ce récit « Marseille, essuie tes larmes » est à l’image de ce jeune homme qui a décidé d’entrer en résistance contre les narcotrafiquants ! Pudique sans rien oublier, pugnace en reconnaissant sa peur, acharné parce que sûr de ses engagements et émouvant comme la vraie souffrance racontée.
Mais, surtout, Amine Kessaci croit au pouvoir des mots, depuis, semble-t-il, depuis toujours. Refusant la place qu’on veut lui assigner, il raconte la gangrène qui ne cesse de prospérer là où l’État a déserté ! Ses qualités littéraires sont bien présentes, comme le démontrent les citations.
Son discours est politique. Difficile de désapprouver lorsqu’il dénonce les préjugés, les fausses bonnes réponses et les assignations à ne pas interroger un système reproduisant à l’infini, les schémas installés de l’inégalité, du manque de confiance, de la lassitude et des représentations, quand elles ne sont pas celles du racisme !
Un Cri et Une Injonction
Avec cette lettre ouverte à Brahim, son frère aîné, Amine Kessaci explique, conteste et propose pour sortir de cet engrenage sociétal. Force est de constater que les gouvernants cherchent à garder la société à plusieurs vitesses, pour toujours profiter encore plus que ce qui est déjà donné.
Mais, « Marseille, essuie tes larmes » rend également hommage aux mères, cette génération féminine déjà entrevue dans l’œuvre de Ramsès Kefi « Quatre jours sans ma mère » ! Des femmes en « colère et douceur ». « Rage et souvenir ». « Fatalisme et révolte« .
Et puis, tout au long de ce cri littéraire qui rappelle dignité et solidarité dans la vie, vient la pensée incessante de ce nouveau meurtre qui frappe cette famille et qui atteint Amine Kessaci au niveau de la culpabilité de sa responsabilité. Ce petit frère a été assassiné, justement, pour le faire taire.
Alors, s’il nous reste un peu d’humanité, reprenons ce récit et ne cessons d’en parler, encore et encore, pour que, peut-être, juste un peu, les choses bougent, juste peut-être un peu…
Puis quelques extraits

Ainsi va le régime narratif dominant. Les contes du narcotrafic rendent mythologiques les faiseurs d’orphelins. Il pare la violence d’esthétique, parfois même de noblesse.
Ces séries sont un shoot hallucinogène. Une dose d’adrénaline qui nous enivre, qui nous rend accros à la violence scénarisée, calibrée. Un trip visuel et sonore qui nous fait planer au-dessus d’une réalité que nous préférons ignorer. Puis, quand l’écran s’éteint, nous revenons à nos vies, l’esprit saturé d’images éclatantes. La descente est douce. Nous nous croyons indemnes mais nous sommes déjà en manque. Prêt à reprendre une dose, à replonger dans une nouvelle saison, une nouvelle saga,, un autre monde, où les criminels échangent des dialogues parfaits. Et où les balles ne traversent que l’imagination.
Juste des quartiers gangrenés par le trafic, des jeunes qui rêvent d’être rois et finissent enterrés avant d’avoir vécu, et des familles brisées par le deuil.
Tu m’aurais écouté ? J’en doute. Mais, au moins, j’aurais parlé.
Tu es mort pour avoir cru à un rêve pourri, vendu au détail dans les cages d’escalier.
Et c’est là que ce pays t’a perdu. Pas le jour où tu as vendu ton premier pochon : le jour où tu as cessé de penser que tu étais capable d’autre chose. Le jour où on t’a répété que ce n’était pas pour toi. Le jour où on t’a refusé l’espoir. Je connais ton histoire
C’est ça le moteur, au départ : on te ferme une porte, tu restes dehors, tu regardes à travers la vitre et tu comprends qu’à l’intérieur, ça parle pour toi mais sans toi.
Les narcotrafics, c’est l’alternative là où l’État s’est retiré.
Et, encore,
Et pendant que nos cités essaient de faire face à toute cette merde, le pays regarde ailleurs. Il préfère croire que le trafic n’est qu’une nuisance, pas une structure. Il refuse de voir que dans certains quartiers, le trafic est le seul pouvoir, qui fonctionne avec régularité, avec réactivité, avec efficacité. (…) Nous sommes le miroir de la désolation que les gouvernements ne veulent pas voir.
Quand nous offrons un enterrement digne de ce nom à nos morts, on jette leur mémoire dans la fosse commune des préjugés.
Ne leur jetez pas la pierre. N’alourdissez pas le fardeau qui voûte leur espérance. Ne rendez pas plus épais le rideau de douleur qui voile le regard quand elles comprennent que leurs enfants glissent.
Punir les parents des délinquants, c’est faire semblant d’agir tout en cassant des familles. C’est « Vous ne méritez pas d’élever des enfants puisqu’ils deviennent dealers ». C’est ajouter du malheur au malheur, soigner le mal par le pire. Ce n’est pas une solution, c’est une vengeance sociale.
L’humiliation n’est pas une abstraction, c’est un phénomène de domestication.
Il faudrait dresser des statues aux enseignants, avec une plaque « Ici, la prof inconnue, écrasée de fatigue, montée au front, sans rien d’autre que l’amour des gosses et ses illusions républicaines. »
Et, encore, encore
Je pense que l’échec scolaire dans ce pays, n’est pas un accident. C’est une stratégie d’épuisement.
Mais, tu sais, Brahim, il faut aussi du courage pour ne pas se venger.
Si nos pères se sont tus, ce n’est pas seulement par pudeur. C’est aussi parce qu’on les a installés dans des corps virils qu’on ne leur a jamais appris à les habiter. Parce qu’on leur a vendu la masculinité comme un abri et qu’ils y ont trouvé une prison. Il faut dire que ce silence, parfois, a fait mal. Qu’il a isolé. Qu’il a figé. Qu’il a rendu certains violents.
La drogue n’est pas une anomalie de notre monde, elle en est un symptôme structurel.
Et c’est là que ce pays t’a perdu. Pas le jour où tu as vendu ton premier pochon : le jour où tu as cessé de penser que tu étais capable d’autre chose. Le jour où on t’a répété que ce n’était pas pour toi. Le jour où on t’a refusé l’espoir. Je connais ton histoire
Ici en bref





Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

Amine Kessaci – Marseille, essuie tes larmes
Éditeur : Le Bruit du Monde – Facebook – X : @BruitMonde – Instagram : @le_bruit_du_monde
Parution : 2 octobre 2025 – EAN : 9782493206343- Lecture : novembre 2025

Je le note, j’ai vaguement entendu parler de ce drame. Apparemment la situation est terrible chez vous. Bonne journée
Oui, on est bien obligé de le reconnaître ! Bonne journée 📚
Bonjour Matatoune. C’est très courageux de contrer la mafia Marseillaise, avec de simples mots, au péril de sa vie et de celle de ses proches. Je le lirai
Merci ! Bonne journée !
Quel courage de risquer sa vie pour alerter et espérer changer les choses. Je lirai son livre.
Pour soutenir ce combat, oui ça me semble nécessaire ! Merci 🙏📚
Je n’ose imaginer le courage qu’il faut pour dénoncer et se battre alors qu’on subit d’immondes représailles.
Et celle de la mort d’un petit frère qui n’avait aucun lien est une profonde souffrance !
Rien que d’y penser mon coeur se brise…
Ce qui est arrivé à Amine Kessaci est horrible, perdre ainsi deux de ses frères. J’ai été très touché par sa pugnacité, son courage, la justesse de son analyse sur les problèmes liés aux trafics de drogue à Marseille. On est face à un modèle mafieux digne de la camorra napolitaine, le tout avec cette fascination pour la violence. Ton retour est très beau Matatoune. Merci d’avoir parlé de ce livre 🙂📚🙏
Merci 🙏 d’être passé ici
Excellente continuation ❄️📚
Je ne savais pas que Amine Kessaci avait écrit ce livre. Il faut le lire, il faut l’offrir pour que ça s’arrête enfin ! Un homme au courage qui force le respect !
oui je pense comme toi .
🙏pour son combat !
Il est dans ma PAL, j’ai hâte de le lire !
Bonne lecture 📚
merci de ce cri, oui, il faut l’accompagner, le lire, offrir le livre, en parler. Rien ne bougera peut être, peut être que tout bougera.
je le crois aussi !