
Au Grand Jamais de Jakuta Alikavazovic est un roman sur les rapports entre une fille et sa mère, la recherche de sa filiation et les liens invisibles, tissés entre ces deux femmes. Un énième dites-vous ! Pas vraiment, mais ce n’est qu’à la fin qu’on l’apprend.
À la mort de sa mère, la narratrice se trouve devant une série d’énigmes qu’elle doit résoudre pour comprendre qui est vraiment cette femme qu’elle appelait maman. Lorsque son fils, âgé de quelques mois, se met à saluer d’un petit coucou tout et tout le monde, et qu’une connaissance lui dit que c’est normal car, à cet âge-là, le petit voit encore les morts, la narratrice est face à un questionnement. Car, de quels morts parle-t-on ?
Roman foisonnant
Il faudra toute la délicatesse de l’écriture de Jakuta Alikavazovic pour y répondre, alliant réflexions sur l’éducation et compréhension sur sa disparition du monde de la poésie, mais aussi celle de son enfance jusqu’à celle de la Yougoslavie à celle du Covid et même de la mort.
Seulement, il faut contourner toute la colère que ses exigences silencieuses ont imposées, son constant silence pesant et son immense besoin de protection, sa façon de toujours être du côté du pouvoir, pour découvrir une femme dont le mystère sera la force créatrice de sa fille. Assez méconnue aujourd’hui, la poétesse arrête d’écrire en 1990 et s’éteint attendant jusqu’à sa mort de partager le café avec sa fille, un livre d’enfant au côté.
« Il y a un don dans notre famille » disait-elle, y associant des variantes : « Il y a un don dans ma famille « … Est-ce celui de prédire l’avenir ? Ou plus simplement, celui de lire la psychologie de ceux qui ont besoin de telles prédictions ? Seulement, cette disparition a-t-elle une explication ?
Jakuta Alikavazovic propose une véritable enquête, confrontant ressentis, souvenirs et explications à de telles disparitions qu’elle éclaire des situations politiques qui ont auguré du partage de l’ex-Yougoslavie. Ainsi, par ce roman, l’écrivaine interroge l’exil, l’émigration et aussi, l’acte d’intégration dans un pays inconnu. Elle témoigne aussi de l’acte d’écrire et celui de choisir la poésie comme mode d’expression.
Au Grand Jamais de Jakuta Alikavazovic est une flânerie romanesque sur les non-dits familiaux, les significations des silences et les souvenirs que par l’absence, on décrypte. À découvrir !
Puis quelques extraits

C’est ainsi qu’elle s’exprimait et j’ai compris trop tard dans quelle course contre la montre elle devait avoir eu le sentiment de vivre.
Je sens les ombres qui bougent à l’orée des flaques d’or fatigué, au sol, et qui s’épaississent dans les angles, qui me font peur et que je ne regarde pas.
Un silence capable d’abolir de tout, même d’abolir la mort. Et je me demande : est-ce cela, le don dans notre famille ? Et si oui : à quel prix ? C’est dans les années 1990, durant la guerre en ex-Yougoslavie, qu’elle cesse d’écrire.
Il a fallu la mort du maréchal tito, en 1980, pour qu’ils devienne possible de publier quoique ce soit sur ce camp.
L’avenir, c’etait pour l’avenir. Elle exigeait de moi l’excellence. C’était une exigence sans mot, silencieuse, comme cette excellence qu’elle requérait. Une excellence en tous domaines, une excellence à vivre qui, je suppose, devait lui faire défaut.
Et encore,
On vit dans une époque très bavarde, saturée de mots. Trop pour mon tempérament. J’aime le silence, et le silence ne me menace pas. Cela peut sembler un peu anachronique pour quelqu’un de mon âge, en revanche c’était très commun chez les gens des générations précédentes. Il y a des personnes qui se taisent, mais leur silence vous laisse libre de déambuler, c’est un silence généreux. Bien sûr, il existe le silence du trauma, un silence catastrophique et porteur de catastrophes, qu’il faut absolument lever. Mais une fois ces non-dits dissipés, je crois que la paix passe par une nouvelle forme de silence, profitable, apaisé, ouvert.
Le plus drôle, c’est qu’on lui dira souvent que j’ai le sourire de ma mère. Ce sourire qui est un calcul, un investissement, une fiction classifiée, j’en ai hérité . À croire que ma mère, à elle seule, pourrait faire mentir Darwin.
La liberté qu’elles simulaient a suffi à ce que la mienne devienne réelle.
Mes souvenirs datent des années 1980 et tous ceux qui les ont vécu décrivent la même chose l’impression d’avoir passé l’enfance enroulé dans un rideau imprégné de nicotine.
La fuite de ma mère a été horizontale – géographique. Moi, j’ai fui vers ce qu’on appelle parfois, vulgairement, le haut.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

Jakuta Alikavazovic – Au Grand Jamais
Rentrée littéraire 2025
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 14 août 2025 – EAN : 9782073088260 – Lecture : Septembre 2025

[…] nous habite et qui habite nos mots, les vers qui se taisent et ceux qui hurlent sur la page.) et Vagabondageautourdesoi (« une flânerie romanesque sur les non-dits familiaux, les significations des silences […]
J’en ai entendu parler sur France Culture. Pourquoi pas ?
Je l’ai découverte à la Grande Librairie, où ses remarques, fines et justes, m’ont touchées. Peut-être que ses interrogations sur « fille de » et modèle fabriquée par la mère te conviendraient. À voir !
Un roman qui ne m’attire pas du tout. Bonne journée
J’ai pas su en parler justement. Je m’en suis rendue compte. Comme quoi, le moment de lecture est hyper important. Pas assez disponible ! Tant pis !
Excellente continuation !
Bonjour Matatoune, ce qui retient mon attention c’est le thème de la poésie, surtout. Les autres thèmes me plaisent moins, je l’avoue. Merci pour cette suggestion de lecture 🙏 Bonne journée 🌞😊🌈🍂🍁📚
Il faut lire la chronique de Ceciloule sur le site pamolico.wordpress.com
qui en parle si bien !
Merci pour ton avis sur ce roman qui m’intéresse de par ses thèmes.
Il fait partie de trois sélections de prix prestigieux car la langue y est travaillée de façon très précise ! À suivre donc ! 🌞
Une auteure que tu donnes envie de découvrir dans cette foisonnante rentrée littéraire.
Encore un à découvrir ! 😄
Je ne te sens pas « enthousiaste ». Son écriture délicate (son travail de traductrice aidant certainement) me semble toujours intacte, mais sa manière de tisser des textes denses aux ramifications qui se révèlent progressivement ne rendent pas toujours « facile » la lecture. J’ai lu d’elle « Le Londres-Louxor » et « L’avancée de la nuit » et ne savait jamais comment en rendre compte. J’hésite encore de lire celui-ci.
D’abord, je l’ai découvert à un moment où je n’étais pas assez disponible pour la précision et la justesse de sa langue, je crois.
C’était mon premier. Elle m’avait convaincue à la Grande Librairie, en ajoutant des propos très particuliers sur l’exil des parents et ses conséquences.
Mais, c’est juste que je n’ai pas su en parler : que dire de plus que je n’ai déjà dit sur d’autres du même thème, alors qu’il est complètement différent !
Et puis ce mélange très poussé entre biographie et roman m’a déstabilisée, surtout de l’apprendre ainsi à la fin.
Bref, je reste avec de nombreuses questions. Et justement, n’est-ce pas la preuve que c’est un grand roman 😉
« Un énième dites-vous » c’est exactement ce que j’ai pensé. tu le vends bien et le sauve. je note même s’il ne sera pas ma priorité.
Oui, je ne sais expliquer pourquoi lors de cette rentrée il y a autant de récits autobiographiques. Ou alors, c’est moi qui ne voit que ça, comme lorsqu’on est enceinte et qu’on voit de nombreuses femmes enceintes 🤣