Léonor de Recondo – Marcher dans tes pas – #rl2025

vagabondageautourdesoi.com - Léonor de Recondo - Marcher dans tes pas -

Dans ce foisonnement de récits personnel, de passés revisités et de grands-parents à faire parler que rassemble la rentrée littéraire cette année, Marchez dans tes pas de Léonor de Recondo est de loin celui qui m’a le plus émue.

Dès son premier chapitre, l’émotion est au cœur du récit. Dans la ville d’Irun, une mère réalise le gâteau de riz pour fêter l’anniversaire de son fils, Félix, tout juste 5 ans. Seulement, des bombes envahissent le ciel. Nous sommes le 18 août 1936. Ce chapitre se terminera par la traversée du pont de la Bidasoa pour rejoindre Hendaye. De ce côté, il y a les conséquences de l’exode et un enfant à consoler car, son gâteau d’anniversaire a été oublié.

Le prétexte de ce livre est la possibilité donnée en Espagne de prendre la nationalité espagnole en prouvant ses origines. Léonor de Recondor s’interroge sur une telle démarche qu’elle souhaite mais dont la réalisation mettra tout ce livre en écriture pour la réaliser.

Identité, nationalité et mémoire

Léonor de Recondo raconte l’exode de l’Espagne, la guerre civile et l’arrivée des franquistes. S’entremêle aussi sa recherche de son identité par sa demande de nationalité. Seulement, c’est à hauteur du cœur qu’elle se place. Ce gâteau de riz fumant dans la casserole, on y sent la vanille et l’odeur du lait chaud. Et tout le roman est ainsi, au plus proche d’une grand-mère, Enriqueta, son amona, qu’elle n’a pas bien connue. L’écrivaine violoniste fait revivre cette femme à partir de scènes d’une intensité évocatrice rare, à la sensualité acérée. Son leitmotiv est je suis…

Je suis le quignon de pain
Je suis la tasse du café froid
Je suis le biscuit trempé
Je suis l’enfant réconforté d’entendre sa mère parler
Je je suis le sanglot qui brise
La voix de cette femme
Et la douceur qui l’enveloppe
Quand tu lui réponds

Par cette réflexion, Léonor de Recondo  accomplit un acte de mémoire : « La mémoire se travaille, elle n’est pas acquise, elle se cultive. Souvenons-nous. »

Décrivant de façon cinématographique à la fois ses rêveries et l’intensité des combats, elle donne à ce magnifique hommage à sa grand-mère le pouvoir de rendre compte au plus près du quotidien de cette guerre avec des mots qui arrachent l’émotion. Mais à travers ce portrait, c’est aussi une ode aux femmes combattantes ou silencieuses d’une subtilité saisissante. 

Un immense coup de cœur !

Pour aller plus loin

La leçon de ténèbres Revenir à toi Le Grand Feu

Puis quelques extraits

Cette foule, c’est toujours la même, celle des guerres qui se perpétuent, celle des victimes innocentes, au mauvais endroit au mauvais moment. Les anonymes, les presque rien, comme toi, comme moi, avant vivants, après morts, ou alors bientôt. Ils te peuplent. Ils nous peuplent.

Pour eux, le Soleil s’est éteint. Plus rien ne saura tout à fait les réjouir. Ils avanceront, encombrés, oppressés pour toujours par l’exil.

Je pleure l’absurdité de ces guerres, toutes identiques, qui assassinent la beauté, qui abattent si facilement la liberté et qui nous laissent orphelins pour toujours des mots que portait encore en lui le poète, du savoir du maître d’école et du courage des toreros.
Lire et dire la poésie de Lorca aujourd’hui, c’est le faire vivre et revivre.C’est aussi combattre l’obscurantisme de toutes les dictatures.Accompagnés de ses mots, nous résistons et faisons corps.

Comment ne pas penser à toutes les images que nous regardons sur des écrans, assis dans mes le métro, avec nos téléphones portables ? Nous avons toutes les guerres à portée de mains, de vue. On allume, en éteint, plus ou moins affectés, plus ou moins concernés.
Au début des conflits, les images affluent, puis elles se tarissent, voire disparaissent. On ne s’y intéresse plus. On oublie, on pense à autre chose. On zappe.
Pourtant, ce sont toujours les mêmes femmes, les mêmes enfants qui traverse un pont, une frontière ou bien la méditerranée . Ce sont des hommes qui meurent pour rien,

La dernière chose que l’on voit en partant chez soi. On le prend sans trop de savoir pourquoi, pour le froid venir, parce qu’on sait que le séjour sera long.

Et encore,

(…) et c’est là que tu la rencontres. Elle, comme toutes les autres, elle comme toi. La valise pleine de rien, les bras pleins d’enfants...

Et cette condition féminine qu’il ne se dit pas, qui ne se plaint pas, qui porte enfants et valises, parfois les parents, et qui tient toute la maisonnée, malgré les ruines. Vous êtes des femmes seules, responsables d’enfants et d’avenirs.

Nous sommes toutes des fantômes
Je je suis celle qui vous attrape
et vous plaque sur le papier
Vous êtes celle qui me peuplez.

Les fantômes me donnent de la force. Ils sont ceux qui m’accompagnent à chaque instant, alors que les vivants vont et viennent. Ils sont ceux qui connaissent chaque recoin de mon âme. Ils sont ceux qui, à travers moi, s’exprime. La contrepartie de cet échange est la ferme discipline qu’il m’impose de transcrire ce que les transverse, et les transporte.

Ici en bref

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est a-noter.webp.

Du côté des critiques : Libération

Questions pratiques

vagabondageautourdesoi.com - Léonor de Recondo - Marcher dans tes pas -

Léonor de Recondo – Marcher dans tes pas

Rentrée littéraire 2025

Éditions : L’Iconoclasme- X : @Ed_Iconoclaste – Instagram : @ed_iconoclaste- Facebook

Parution : 21 août 2025 – EAN : 9782378805012 – Lecture : Septembre 2025

Mes lectures incontournables en 2025

Mes incontournables littéraires

Actualités

Cet article vous intéresse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

avatar d’auteur/autrice
vagabondageautourdesoi
Lire - Visite - Voyage - Vagabondage durant mon temps libre !

12 commentaires

    • J’aime beaucoup la sensibilité et le style de cette écrivaine ! Bon week-end à venir ☔️⛈️

    • Alors, il ne faut pas hésiter et découvrir celui-ci qui est le plus personnel que j’ai lu d’elle ! Excellente continuation 🌞

    • Malheureusement, mais, sans cesse, le dire, le redire toujours et encore !

    • J’ai été séduite par sa voix toute en sensibilité que ce roman révèle ! J’attends ton retour avec hâte !

  1. Je n’ai encore rien lu de cette auteure. Je pourrais bien commencer par celui-ci qui a l’air très prenant. Bonne semaine

    • J’ai l’impression qu’elle est excellente dans tous les genres ! En tout cas, celui-ci m’a bouleversée tant elle est si proche de la vie !
      Excellente continuation 🌬🍃

    • J’ai beaucoup aimé sa sensibilité à hauteur du quotidien ! Et, beaucoup d’autres choses encore ! Merci pour ta confiance !

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.