
Francis Grembert publie, avec Les deux tilleuls, un hommage, vibrant, à hauteur d’enfant, à son jeune frère, décédé accidentellement à quatre ans. « Un enfant qui meurt a eu tout de même une vie complète » disait Francoise Dolto. Suivant cette affirmation, l’écrivain poète choisit de donner une entité littéraire à François, son frère de trois ans plus jeune que lui.
C’est dans la ferme de la Belle-Croix aux deux tilleuls, ayant abrité les ascendants, que leurs parents, Gérard et Claude, décident de faire grandir leurs enfants. Cet endroit est une île au bord de la frontière belge, en pleine campagne paysanne.
À hauteur de l’enfant qu’il était, Francis Gremberg raconte ce qu’il a compris de l’absence de celui qui devait, avant, taire son babil habituel pendant la chasse aux papillons.
Ce témoignage est d’une extrême sensibilité, d’une délicatesse littéraire rarement rencontrée, avec une exaltation simple de la nature, des bêtes et des hommes qui forment cette terre vivante où ils ont autant d’importance.
L’annonce, la vie sans, l’attente qu’il revienne, sont autant de moments où l’orphelin doit apprendre la mort, ce concept méconnu de l’enfance. « Je viens d’entrer dans le temps où j’ai la connaissance suprême « . Cette connaissance qui rend illégitime celui qui reste !
Une lecture difficile, mais lumineuse, même en si peu de pages, pour ceux que la mort a bouleversé l’enfance. Et pour tout le monde, une rencontre poétique sur la vie, indomptable et inébranlable.
Puis quelques extraits

Le soleil est un roi en couleurs si on prend la peine de le regarder droit dans les yeux.
Ici, des gens passent d’une pièce à l’autre. Là-bas, deux enfants jouent sous un feuillage qui chaque année mord un peu plus dans le ciel.
Ne plus respirer est embêtant, gênant, incommode voire grave, et même très grave mais ça n’empêche pas que dans un mois ou deux, François et moi seront les rois de l’herbe à vaches et des haies en cabane.
Le sommeil comme si, Euphémisme pour dire la mort.
Ne vous préoccupez pas de moi, plus jamais, plus personne, je ne vaux pas, ne vaudrai le prix d’un souci.
Ce sentiment d’insularité ne m’a jamais quitté, Intime et circonstancié. Métaphorique et exalté.
Ce fut un cadeau du ciel, un cadeau pourri, mais quand on ne sait pas qu’il est pourri, c’est du blé plein les greniers et de l’or pour les jours d’après, ceux où on se met à penser à ce qui aurait pu être.
Mais quand le soleil donne haut dans le ciel et que cela vaut récolte, on a tendance à espérer.
J’ai eu honte de grandir sans toi, pas tous les jours mais assez souvent pour que je ne lâche jamais ce sentiment d’être illégitime.
Aujourd’hui, cinquante ans après, je me dis que pour faire espérer un à un enfant que la mort ce n’est peut-être pas la mort il suffit de lui parler des arbres squelettes figé par le gel : six mois plus tard ils dressent un houpier de dix mille feuilles toutes plus vertes les unes que les autres. Si la métamorphose se faisait dans l’instant, on deviendrait fou mais au moins on pourrait dire, fier de savoir enfin, que de la mort a jailli la vie.
Ici en bref

Du côté des critiques : Le Monde –
Questions pratiques

Francis Grembert – Les deux tilleuls
Éditeur : Arléa Editions – X : @arlea – Instagram :@editionsarlea – Facebook
Parution : 2 janvier 2025 – EAN : 9782363083920 – Lecture : Janvier 2025




Je viens de le commencer, je lirai ton avis après !
Très bonne lecture ! 📚
Bonjour Matatoune, ta chronique sur ce livre est très belle et les extraits me semblent magnifiques. Une écriture vraiment fine et délicate. Je vais noter ce titre ! Merci beaucoup pour cette suggestion de lecture, bonne journée 🙏😊🌟✨️📚
Ravie que tu trouves attrait à cette présentation ! C’est une petite merveille !
Un sujet difficile.
Certes, mais traité avec tellement de délicatesse et pudeur !
Bonjour Matatoune. Je ne crois pas que je le lirai même si c’est poignant et plein de tendresse. Bonne journée
Sujet difficile certes, je comprends
Bon week-end 📚
Je ne doute pas de la justesse du ton et de la finesse de l’écriture mais je ne le lirai pas.
Comme je le précise, il est difficile à lire malgré la beauté du texte lorsque l’enfance a été traversée par la connaissance supprême comme disait Perec.
Je comprends !
Bonne continuation 📚
Un roman qui doit être poignant. Sur cette thématique j’aime aussi beaucoup les livres de Philippe Forest. Merci Matatoune pour ce partage 🙂
Je n’ai jamais lu Philippe Forest mais sa présentation a la Grande Librairie m’a subjuguée. Trop à lire en ce moment, mais j’ai noté son nouveau !
Bonne continuation 📚 et merci d’être passé ici !
Ce livre doit être difficile à lire, c’est une expérience vraiment traumatisante pour une famille. Bonne journée
Mais, il est si justement écrit 🙂
Bonne fin de journée