De l’aube
Rentrée littéraire 2024
Roman magistral sur l’amour fraternel et la perte

L’épaisseur de l’aube de Nicolas Garma-Berman est un roman que ses lecteurs ne sont pas près d’oublier. La qualité de l’écriture, le réalisme des personnages affrontant les vicissitudes de la vie et les mots de l’écrivain pour décrire l’absence, le deuil, la culpabilité, est une véritable expérience de lecture, lumineuse et magistrale !
La vie d’une famille est décrite du point de vue de deux frères. Roy est le frère de David de cinq ans l’aîné. Un jour, Roy le surnomme Ness, le monstre des mers, ce qui lui restera à jamais. Le récit des deux frères commence au temps où ils vivaient en famille à Edimbourg et notamment, lors du dernier été de vacances au bord de la mer, à Granton Harbour. Kenneth et Isra, leurs parents, composaient une famille heureuse.
Seulement le père et ses fils ont déménagé à Genève, au bord du lac. Le lecteur apprend la disparition d’Isra qui a provoqué ce départ. Il découvre beaucoup plus tard ce qui s’est réellement passé.
Ness commence le premier son récit. Il décrit entre autres sa jeunesse, sa vie de journaliste, la vie que son frère Roy, musicien de talent, a réussi à construire. Roy vit avec Selkie, surnom pour Audrey qu’elle n’aimait pas, artiste de théâtre. Ils sont en couple depuis quinze ans. Roy lui a donné ce surnom pour rappeler « les femmes sirènes vêtues d’une peau de phoque ». Émily est leur fille de onze ans, futée et qui sait ce qu’elle veut.
Roman magistral
« On l’eût pris à le voir comme un Immortel », ce vers de l’Illiade est un leitmotiv pour Ness.
Après le drame de leur jeunesse, Roy et Ness vont revivre ensemble la disparition de la mère, sans père pour les protéger et sans les histoires et les chansons que l’enfance avait inventé.
Nicolas Garma-Berman nous captive par sa capacité à dépeindre l’amour entre frères, le fardeau de l’absence et la solitude insupportable face à la souffrance de la perte de l’autre. Son récit alterne pour que les expériences des deux frères se répondent, malgré leurs différences de personnalité et d’implication dans leurs drames.
Des mots lourds de charge affective relient les deux frères : « Elle n’est plus là, Ness » d’une absence à l’autre, comme si la conscience de la répétition ne pouvait arrêter l’effet de l’anéantissement dans lequel les deux hommes sont depuis l’enfance.
Les deux récits ne racontent pas les mêmes situations vues de deux aspects complètement différents. Chacun des frères suit sa logique pour captiver le lecteur qui reste longtemps sans comprendre le drame qu’a vécu leur mère. Au fur et à mesure où le lecteur accompagne chacun sur les chemins de leurs propres souvenirs, il découvre une partie de leur vérité.
L’épaisseur de l’aube mérite l’attention du plus grand nombre. Déjà sélectionné pour un futur prix, ce nouveau roman de Nicolas Garma-Berman est une petite perle littéraire !
Remerciements
Aux éditions Belfond
Puis quelques extraits

J’ai cru que porter ce nom ne changerait rien. Mais je crois que, quand on change de nom, on devient quelqu’un d’autre.
Quelques minutes où le passé est oublié, où le futur dort encore.
Il m’a serré l’épaule et m’a signifié d’un regard qu’il garderait dans son bureau un peu de ce malheur que je n’avais pas voulu partager avec lui.
- On s’adapte ça à tout, a conclu Kenneth.
- Mais on reste soi-même, a dit Isla. Même loin de chez soi.
Mais nos colères ne partent que par le chemin d’oû elles sont venues.
Et encore,
J’ai relu le texte plusieurs fois, jusqu’à le connaître par cœur. À chaque lecture je sentais la nuit se glacer, la neige s’accumuler autour de la maison, la montagne craquer. À chaque lecture, l’environnement, la chambre, la maison me semblait un peu plus étranger, Et sous mes yeux la courbe des lettres tremblait, menaçait de disparaître. À chaque lecture, je regrettais un peu plus d’avoir trouvé et lu ce carnet, parce qu’il me faudrait le montrer à mon frère, et alors il découvrirait, ligne après ligne, mot après mot, comment Selkie s’était perdue, comment elle avait sombré dans la folie, comment la solitude avait fini par l’engloutir.
(…) Les enterrements ne sont pas des hommages. Il ne suffit pas de se planter autour d’un amas de terre et d’un corps refroidi pour en faire le deuil. Le silence est inutile. Ce sont les mots que l’on prononce qui importe. Nous étions là pour ça, uniquement pour ça. Je me suis dit que ce sont les mots qui font vivre, et les mots qui font mourir.
Tu ne sais rien et malgré tout tu m’en veux. Tu ne sais pas ce que c’est le souvenir, ce que c’est d’être un adolescent qui vit comme mon vieillard, a ressassé ses images perdues et des présences évaporées.
Et encore, encore
C’est ce que j’avais ressenti, ce jour-là, en regardant s’éloigner la côte. J’avais respiré. J’avais pensé: nous laissons derrière nous la terre des fantômes. J’avais six ans, presque sept. Je ne savais pas encore que les fantômes nous suivraient.
(..) Le silence ici n’est pas le même. Il ne porte aucune douleur.
Cette voie qui m’avait fait naître, grandir, qui m’avait fait oublier d’où je viens et m’avait habitué à un autre chez moi. Qui m’avait donné un nom, qui m’avait rassuré, terrorisé. Cette voix qui, à mon oreille, avait fait mourir ma mère. Cette voix qui a présent ressuscitait son enfant.
Et c’est la même chose pour ces histoires-là, toutes mes histoires d’enfance. Tant que je les garde en moi, elles ne peuvent pas s’échapper.
Nos seules vérités sont nos douleurs, Birdy. Si on les tait, on a beau parler, on ne dit rien.
Ici en bref




Questions pratiques

Nicolas Garma – Berman L’épaisseur de l’aube
Éditeur : Belfond
X : @Belfond Instagram : @editionsbelfon
Parution : 22 août 2024
EAN : 978B0D4R4ZG56
Lecture : Juillet 2024

Un roman de cette rentrée que j’ai découvert il y a peu. Je suis très attirée par l’atmosphère de ce récit et la relation entre ces deux frères.
Pas étonnant que ce roman soit déjà dans la sélection de prix, avec son atmosphère très sensible et la nouveauté, tout en pudeur, de son univers !
Merci bcp de passer ici 🙏
Merci pour cette belle chronique qui me donne envie de lire ce roman. Bonne soirée
Un très beau roman, construit de façon très étudiée sur l’absence et sur le deuil qui se construit sur d’anciennes fêlures ! Bon dimanche 😉
ça m’as l’air d’un roman pas si facile que ça a lire….Bisous bon weekend
Sur l’absence, le deuil et la difficulté de l’accepter .. Bon dimanche😉.
Encore une lecture pour laquelle nous allons nous suivre. 😀 très belle chronique pour ce roman marquant, et tellement différent du premier de l’auteur qui était moins grave, du moins dans le ton.
Oui, je crois 😄! Merci . Je n’avais pas lu son premier qui semble prometeur. Celui-ci est une pépite. Déjà sélectionné pour le prix Fnac, à suivre donc !
Encore une tentation, surtout si ça se passe en partie en Suisse. Bon week-end
Obligée 😅 Bon week-end