
La langue de Chloé Delaume est d’une imagination toujours aussi débridée ! Dans Ils appellent ça l’amour, l’écrivaine reprend son thème favori, l’emprise et la domination masculine. Elle le décortique dans ce récit où la sororité s’immisce pour apaiser et même, peut-être plus !
Dans son monologue, Clotilde Mélisse raconte sa relation entre un « authentique couillidé dans un moule à l’ancienne« , de dix-huit ans plus âgé qu’elle qui l’a abreuvé de « C’est pour ton bien » et « Ça va te faire du bien » à l’âge de trente ans.
Hermeline, Judith, Bérengère et Adélaïde ont organisé trois jours entre filles, dans la « ville de vieilles pierres« . Clotilde a suivi de très loin l’affaire. Seulement, dès le départ, la destination, le voyage, la ville puis le quartier où elles séjournent ne peuvent que lui rappeler cette relation qu’elle a tout faite pour oublier : être Madame de Monsieur, une sorte de « Madamonsieur sans tambour ni coupette » !
Tout au long du week-end, ses amies verront se détériorer l’état de santé de Clotilde sans qu’aucune ne puisse l’aider. Cette dernière décrit par le menu cette dégradation psychique autant que physique que la mémoire des situations recrée, avec la peur de tous les instants de le rencontrer.
Défiance concernant la misandrie , crainte et inquiétude énorme, retour des traumatismes, culpabilité du « Je ne me suis pas levée, je ne me suis pas cassée » et surtout tellement de honte !
Chloé Delaume raconte le temps d’avant le hashtag #MeToo ! Seulement, le traumatisme de son enfance, du temps où son père a tué sa mère avant de se suicider, parcours ce récit de sa figure fantomatique. Pourtant, son féminisme s’affiche triomphal de l’abîme du souvenir. À côté de Monsieur est opposée une lutte des femmes que rien ne semble arrêter désormais.
Néanmoins, le combat de l’écrivaine réapparaît pour permettre aux femmes enfin de découdre leur bouche et d’oser raconter. Ainsi, la honte change de camp !
Le style est toujours aussi inventif et travaillé, et même drôle pour conjurer un sujet, plus que sérieux. Pourtant, ces mots n’évitent pas la description de la souffrance. Chloé Delaume dissèque le sentiment de honte qui habite toutes les femmes pour mieux aider à s’en libérer ! Écrivaine, elle combat avec les mots et il faut bien reconnaître qu’elle gagne la partie, haut la main, encore cette fois-ci !
Pour aller plus loin

Puis quelques extraits

C’était il y a longtemps. Bien avant que les hachtags balançant les porcs, que les slogans des colleuses se rappellent la vérité sur les murs de nos villes en lettres de feu, que le mot sororité soit imprimé sur des T-shirts. C’était il y a longtemps mais ce n’est pas une excuse.
Elle détestait et arbore à jamais ce signe, hors dialogue rien ne justifie l’usage du point d’exclamation, si ce n’est l’incapacité de l’auteur à proposer une tournure syntaxique adaptée. Un aveu de faiblesse ou de je-m’en-foutisme, le comble de l’incompétence.
Avant, oui, bien avant que quelques milliardaires ne bétonnent le paysage et que le brouillard brun ne s’empare de ses vieilles pierres. Avant que la victoire culturelle ne devienne, pour l’extrême droite, le pompon qui se décroche ; sur le manège, la queue du Mickey.
On aura soin de noter que cette histoire se déroule bien avant que la culture populaire ne se soit emparée de l’expression ok boomeur afin de taxer de conservatisme et de fermeture d’esprit ces interlocuteurs les plus à la ramasse.
Si je suis de ce récit de la narratrice, c’est pour aider l’autrice autant que l’héroïne a trouvé l’antidote, et permettre à leur sœur d’imposer leur refus un accord sororal; j’existe pour que le réel soit enfin modifié.
À trop avoir demandé aux mômes d’identifier et d’exprimer leurs émotions, tout en les laissant sauter du canapé à la table base en les applaudissant, rien de très étonnant à ce qu’iels exigent maintenant de chevaucher une licorne ou de gagner un poney.
Ici en bref




Du côté des critiques : Libération
Questions pratiques

Chloé Delaume – Ils appellent ça l’amour
Rentrée littéraire 2025
X: @chloe_delaume – Instagram : @chloedelaume_autrice
Éditeur : Seuil – X : @EditionsduSeuil @ Instagram : @editionsduseuil– Facebook
Parution : 22 août 2025 – EAN : 9782021569490 – Lecture : Septembre 2025

Bonjour Matatoune. J’ai lu beaucoup de livres sur ce thème et je me lasse. Bonne journée
Lors d’une rencontre avec Brigitte Giraud, on a découvert la verve de Chloé Delaume qui était là aussi. Je l’ai déjà lu mais cela m’a donné envie de poursuivre avec elle ;).
Oui, à l’oral comme à l’écrit, son style est particulier ! 😄
J’avais beaucoup aimé Pauvre folle sur le couple. Je note ce titre.
On y retrouve son double de papier avec beaucoup de clin d’œil à l’amitié !
Je connais cette autrice de nom. Je ne l’ai encore jamais lu. Merci Matatoune, excellente soirée à toi 📚🙂
J’aime bien son inventivité langagière et ses introspection féministes ! Excellent week-end à venir 🌞
J’avoue que ce thème très à la mode me devient indigeste. Bonne journée
Ben, j’avoue aussi que je commence à me lasser . J’en ai encore dans ma PAL…mais, j’ai vraiment envie de passer à autre chose 😄 Seulement, je ne pouvais pas lire le nouveau de cette écrivaine que j’aime bien !
je viens de lire « la nuit au coeur », alors je passe celui-ci. Toujours cette emprise avec un homme plus âgé que la femme. terrifiant.
Ils parlent tous les deux de la honte. Seulement, cela changera lorsque les hommes designeront aussi ces comportements déviants, C’est Chloe Delaume qui le specifiait à la Grande Librairie mercredi dernier ! Et, elle avait raison, c’est ce que Mazan nous a un peu appris !
Je préfère éviter, mais j’espère qu’il saura convaincre certaines de ne plus subir…
L’emprise est tellement un processus long. Je crois que Nathacha Appanah a reproduis une liste qui permet de cocher des items pour la reconnaître. Je ne l’ai pas noté. Mais, c’est vrai qu’il faut expliquer encore et encore !
Un roman qui semble à lire au vu du thème. Je suis également curieuse de découvrir le style de l’autrice.
J’aime son inventivité faite de colère et de rébellion ! 😍