
Catherine Vigourt ouvre la porte du domaine de Giverny et nous invite dans l’intimité de la Maison de Claude Monet (1840-1926). La chère épouse de Claude est décédée depuis quinze ans. Madame Alice commande, maintenant, toute la maisonnée avec Marguerite en cuisine et la jeune Lulu en femme de chambre, femme de charge, bonne à tout faire.
De jour en jour, d’année en année, Claude et sa maisonnée, nous le suivons au plus près : son jardin à agrémenter, un catalogue à feuilleter pour commander, le parfum de pistaches chaudes, plus tard, les carottes pour les blessés accueillis dans les maisons des Américains, etc.
Juste simplement Une parcelle du monde, qui remplit tout l’univers du peintre. Les ventes ne cessent d’enfler. La politique est commentée au moment du café. Les cancans traversent le quotidien sans s’y arrêter.
De 1893 à 1926, six chapitres de la vie du grand peintre, illustrant son quotidien, son entourage, ses ambitions, ses soucis, mais jamais ses réussites. Éternel insatisfait ! Le tutoiement nous rapproche de Claude, oubliant Monet, même sI ce patronyme commence vraiment à être très connu.
Une vie si tranquille au fil des années
Seulement, pour faire un grand peintre, Catherine Vigourt insiste sur la nuée féminine qui s’active dans l’ombre. Tout d’abord, Alice qui soigna sa première femme, Camille, et avec qui Claude forma cette famille si hétéroclite : six filles d’un côté et deux garçons de l’autre. Blanche, sa belle-fille, peignait au début partageant l’intimité du travail puis, bien après, toute l’intendance.
Pour l’intendance, justement, voici Marguerite qui règne sur les fourneaux, sachant gâter le palais de Monsieur. Même si Amandine fut formée par elle, Claude regrette son départ et surtout son omelette bien baveuse avec sa salade poivrée. Lulu, et sa liberté d’aimer, toujours discrète mais si appliquée.
Bien sûr, il y a aussi Félix, le jardinier qui par ses mains a été capable de réaliser le jardin de Giverny. Plus tard, il y aura Louis, le vieux maître d’hôtel, et mari de Marguerite, Sylvain le chauffeur, Marcellin l’aide jardinier, etc. Il ne faut pas oublier, Jules, le fils terrible de Marguerite, qui rappelle que la république est fragile et auquel on a demandé de s’absenter définitivement, à la fin !
En conclusion,
C’est toute une panoplie de personnages et de situations que propose Catherine Vigourt, de façon classique, mais si vivante et si empathique qu’Une parcelle du monde est un plaisir à s’offrir en pensant aux visites de Giverny passées, ou à celle à venir, aux tableaux à réviser d’un regard plus attentif et même des photographies qu’il faut découvrir, puisqu’on est passé à côté, sans les voir. Un excellent moment de lecture !
Puis quelques extraits

Parlez quand j’ai le dos tourné : mon derrière vous regarde » , c’est sa phrase.
Tout cela doit rentrer dans ta peinture, ce qui s’entend doit s’y voir, ce qui s’éprouve de l’air et du mouvement alors fondu dans l’huile de lin, mais tu ne sais pas dire pourquoi ni comment : ce n’est pas avec les mots que tu parles.
Marcellin, l’aide jardinier, lui avait expliqué que tu réservais à l’est les teintes froides, plaçant les plus vives à mesure qu’on marchait avec le soleil, vers l’ouest. Qui d’autre que toi pouvait avoir une idée pareille ?
Il ne gêne rien et ne pose pas la fichue question d’adulte : » Quand savez-vous que le tableau est terminé ? » Le peintre n’a pas à répondre ce qu’il juge le moins faux : il arrête quand la touche n’ajoute plus de force à la toile.
Les enfants savent qu’on ne finit jamais. On s’interrompt.
Pas un instant tu n’imagines qu’une génération à venir louera ta ténacité et verra en to un précurseur de l’abstraction. Faire de ta perte de vision le moyen d’une vision autre, quelle résilience, dira-t-on à des années-lumière de ce dimanche de décembre 1908.
Et encore
Quand il (Matisse) a eu Sembat au ministère, il s’est entendu dire qu’il devait juste peindre, que c’était une autre manière de servir le pays. Et puis quoi encore ? Voir partir les copains et rester en rade à peindre des poissons rouges ! Écrire pour remonter le moral des troupes, mais quand Fernand Léger envoie des dessins de Verdun à retourner le sang, on fait comment ?
Toute cette souffrance longe mes fleurs, et moi je suis là, à fourgonner dans mes couleurs.
Lui (Matisse) aussi pensait ce qui ne se dit pas. On ne va pas dire au grand vieillard qu’il y laissera la peau, à la fin, dans ses fleurs. Ni avouer qu’en pleine guerre mondiale une telle beauté ne peut se regarder en face. On est noyé. Il est noyé. Nous sommes noyés.
Non. Matisse ne comprenait pas. Ni cela ni le reste. Il lui faudrait la soirée pour que monte, traversant la surface des admirations, le fond de sa réticence. Il venait de voir une œuvre magistrale, mais quel enfermement, ce motif ressassé, cette réclusion de luxe, sans visage, dans aucune toile, sans un objet, la moindre trace humaine. Quelle malaise suintait de cette paix magnifique ? Matisse n’en dira pas un mot, Marquer non plus. Cette rencontre de Giverny restera sans écho, à part la résolution prise le lendemain de fuir la guerre dans des paysages, eux aussi. Ce sera le départ à Nice, la lumière du Midi, le Soleil de Cézanne.
Et encore, encore
Une trêve s’aménage alors entre deux humanités. Les fanatiques des selfies s’acharnent à montrer aux absents les plus lointains qu’ils se tiennent là, au premier plan; les assis méditatifs oscillent des hanches pour contourner les silhouettes. Les premiers sont des poissons frôlant les parois de leurs mandibules électroniques, les seconds des insectes, glissant d’une surface à l’autre, butinant son éclat d’un pétale, revenant boire à la fleur précédente. Tous sont des humains qui viennent te voir, s’il te plaît, arrête de râler.
Ici en bref




Du côté des critiques : Libération
Questions pratiques

Catherine Vigourt – Une parcelle du monde
Son blog ici
X: @vigourtcat –
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 22 mai 2025 – EAN : 9782073105059 – Lecture : Juillet 2025

[…] littéraire hebdomadaire et me suis laissé séduire par le nouveau livre de Catherine Vigourt Une parcelle du monde consacré au domaine de Giverny, les jardins et la maison de Claude Monet. Elle y évoque en […]
Bonjour Matatoune. Ce livre doit être intéressant, mais ma PAL est déjà très grande. Bonne journée
Belle journée à venir ! 🏖
Il doit être passionnant ce livre sur la vie de Claude Monet à Giverny. Merci Matatoune pour cette belle présentation 🙂
Oui je l’ai lu d’une traite tant ça il est plein de détails abordés avec empathie ! Belle continuation 🏖
Six journées passionnantes dans l’univers de Claude Monet ! C’est indispensable dans la bibliothèque. Merci 🙏🏻🎨
J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ce texte riche en références historiques !🏖🍒🍓📚
J’ai visité le jardin, mais pas la maison et ce livre ne me tente pas trop…
C’est vrai qu’il y a un monde fou pour cette maison si particulière avec ses murs recouverts de tableaux. Le jardin est un enchantement du printemps à l’automne. Belle période estivale 🏖🖌🎨
Une plongée dans un domaine qui bénéficie d’une certaine aura et qui semble ici abordée par un prisme très humain.
Waouh ! Quel résumé. Merci bcp . Oui tu as raison ! un domaine à visiter, mais attention bcp bcp de monde ! Le pauvre Monet doit rager de voir son cher jardin ainsi piétiné même si après autant d’années de galères, il doit en être fier ! 🎨🖌🖼📚
Pour le plaisir de Giverny
Un ravissement 🖼🖌🎨
Je le note, ce livre a l’air vraiment passionnant. Bonne semaine
J’ai, en effet, bcp aimé !
Excellente continuation 🎨🖌🖼
Noté pour mon prochain passage en librairie
Alors, j’attends le retour ! Merci de la confiance 🎨🖌
très intéressant ce livre visiblement et Giverny est un passage obligé pour moi tous les deux ans pour se combler de couleur.
Oui, moi aussi ! Je regrette simplement que l’expo au musée, cette année, ne soit pas top, top ! Alors, j’attendrais la prochaine 🤣🖌🎨🖼