
« On n’en a jamais fini avec sa mère », nous dit Carole Fives, en présentant sa propre mère de fiction, une certaine Charlène. Après un précédent, Une femme au téléphone, il y a sept ans, l’écrivaine reprend le même procédé : une mère, Charlène, harcèle le téléphone de sa fille avec des messages, avant, pendant et après la covid. Formats courts, percutants qui montent en intensité. Ça touche, ça claque et ça fait mal.
Ces instantanés de la vie d’une femme de soixante-treize ans révèlent surtout son extrême solitude, avec ses messages sans réponse, même si le talent de Carole Fives nous laisse entrevoir l’agacement de la fille. On devine les yeux au ciel, les soupirs et l’impatience polie.
Pourtant, au fil des appels, c’est tout l’accompagnement d’une femme malade, à l’humeur changeante, qui se déroule devant nos yeux. Elle est parfaitement incapable de soutenir sa fille, même lorsque celle-ci lui confie un événement traumatique, une tentative d’explication de ce chaos familial, sa séparation et même ses difficultés avec le père de l’enfant qu’elle élève seule.
Vieillesse tragique
Seulement, sa maladie ne lui donne pas le droit de ne ressentir, jamais, un minimum d’empathie. Car, elle est assez garce, la « boomeuse« , encombrée dans ses problèmes, à « baver » sur son petit-fils, sur son père, sur ses locataires. Finalement, tout le monde sauf peut-être sa copine Colette, et encore.
Juste cet égoïsme forcené qui s’exprime à chaque page, réduisant toujours son univers à sa seule personne. Cette incapacité est difficile à supporter tant elle montre son assujettissement à sa fille.
Le lecteur oscille entre compassion pour cette femme trop solitaire, complètement parasitée par ses problèmes financiers, dépendante affectivement et extrêmement seule, et énervement devant tant d’ingratitude, d’égocentrisme et de méchanceté.
Car, ce que ces appels harcelants montrent c’est l’impossibilité de cette femme à vivre seule.
Je n’ai vraiment pas trouvé drôle ce portrait. Je l’ai pris au premier degré. Il m’a profondément dérangée. Je l’ai trouvé dramatique et déchirant. Il est représentatif de ce que vivent certaines personnes âgées, oubliées de tous, n’ayant que leur télévision à qui parler.
Alors, les intentions de Carole Fives étaient-elles de nous divertir. C’est raté pour moi. Je pencherai plutôt pour la description de la maladie mentale et les personnes vieillissantes. Et le tragique est bien parfaitement décrit, mais dans un style léger, pouvant faire osciller entre grotesque et pathétique. Comme toujours avec cette écrivaine !
Puis quelques extraits

La fille à l’accueil m’a dit, madame, ce n’est pas une retraite que l’État vous donne, c’est une allocation, estimez-vous heureuse de la toucher puisque vous n’avez pas assez travaillé.
(…) d’ailleurs, j’aurais mieux aimé t’avoir comme mère que comme fille, mais que veux-tu la vie est mal fichue.
Tu ne veux plus de mecs ? C’est ce qu’on dit, c’est ce qu’on dit, jusqu’au prochain emmerdeur.
Manou fait ce qu’elle veut, si elle a envie de fumer elle fume, non mais c’est pas vrai, j’ai pas fumé dans ma chambre, j’étais sur le balcon ! Il ne va pas me dénoncer ce petit con, je rêve, c’est la Gestapo là, je peux pas fumer sans me faire engueuler par un gnome, c’est le monde à l’envers !
Ta gueule ! Ta gueule je te dis, file dans la tienne, de chambre, et laisse fumer Manou, je fumerai où j’ai envie, tu as compris ? Tu n’es qu’un gosse ! Tu mènes ta mère par le bout du nez mais prends pas ces grands airs avec moi, c’est pas toi qui du haut de tes sept ans… Allô ? Non mais, on croit rêver dans cette baraque, tu l’entends ton fils ? Dépêche-toi de revenir, que je prenne mes cliques et mes claques, je rentre chez moi, je n’en peux plus, c’est le pompon, reviens tout de suite !
Et, encore
Colette a une copine qui a arrêté, en quelques minutes, elle a pris 20 ans dans la gueule, c’était vraiment spectaculaire. Non, je t’assure que ce n’est pas une légende urbaine, c’est une copine de Colette. Dorian Gray ? Mais, tu verras avec la ménopause, t’en pas bien loin d’ailleurs… Tu feras bien ce que tu veux mais nous, on les prenait systématiquement les hormones, c’était une vraie avancée, maintenant vous faites des chichis, vous avez peur du cancer, vous allaitez, mais que vous êtes chiantes ! Votre génération, c’est vraiment le Moyen-âge… et puis excuse-moi, mais entre Dorian Gray et le cancer, c’est tout vu.
Ici en bref




Du côté des critiques : Libération
Pour aller plus loin


Térébenthine – Le jour et l’heure
Questions pratiques

Carole Fives – Appel manqué
#rlhiver26
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 2 janvier 2026 – EAN : 9782073129819 – Lecture en janvier 2026

Bonjour Matatoune. Je ne crois pas que je le lirai car la solitude, je connais, et je m’adapte. Bonne journée
Oui, je n’ai pas ri. Cette femme révèle sa solitude en la criant ! Toutefois, Carole Fives semble allait plus loin que ce premier sens !
Bonne continuation 🙏📚
J’avais beaucoup aimé Tenir jusqu’à l’aube, et surtout Une femme au téléphone.
Alors, tu aimeras celui-ci qui s’inspiré d’une femme au téléphone ☎️!
Merci Mata 🙏🏻
Le sujet délicat et rare de ce livre m’intéresse. Comment faire face à la solitude sans devenir dépendante ?
Un livre qui ne m’attire pas. Bonne journée
De toutes façons, il y a tant à lire ! Bonne continuation 🙏 📚
Bonjour Matatoune, j’avais apprécié « Térébenthine » de Carole Fives mais j’ai un peu perdu de vue cette écrivaine par la suite. Ce roman-ci a l’air assez fort, avec une thématique originale. Je note ! Merci 🙏😊 Bonne fin de journée
Il a cette forme particulière qui peut un peu déroutée. Merci pour ta confiance. Excellente continuation 📚🙏
étonnant ce livre visiblement, un thème peu abordé en fait. je le note.
Non, c’est vrai ! Thème particulier ! J’aime cette écrivaine !