
Michel Guénaire raconte la visite éclair, ou la Blizbesuch, d’Hitler à Paris. En reprenant cet événement ponctuel, l’écrivain le restitue dans son contexte et présente son retentissement pour la suite du 3ème Reich.
Pour cette visite secrète, Hitler est accompagné par Albert Speer, « l’architecte nommé en 37 auquel revient la construction de la Germania, le Berlin de demain« , Arno Breker, son sculpteur favori, et Hermann Giesler, « l‘autre architecte auquel il a confié la réorganisation de Linz, la capitale de sa province natale« .
Y participe aussi un faisceau d’hommes indispensables, sa garde rapprochée : Martin Schmid, secrétaire particulier, Heinrich Hoffman, le photographe privé Karl Brandt, le chirurgien Wilhehm Brückner, son aide de camp en chef, ainsi que son second. Plus deux camarades de la Grande Guerre, Max Amann, qui dirige la maison d’édition qui a fait paraître Mein Kampf et Ernst Schmidt, « les seuls qu’il tutoie ».
L’aviateur Bauer lui permit en 1932 de faire une première campagne électorale de l’ère moderne en « apparaissant dans vingt villes en sept jours« .
À l’arrivée à l’aéroport du Bourget à 5 h 30 c’est son chauffeur habituel, Éric Kempta, qui le véhicule dans la Mercedes-Benz 770 K qui prend la tête du groupe de cinq berlines. Suivra aussi cette visite pour la documenter, Walter Frentz, reporter photographe travaillant avec Leni Riefenstahl, avec sa caméra. Le cortège fait un premier arrêt à l’opéra de Paris. La visite peut commencer.
En vérité, la date reste incertaine soit le 23 juin 1940 soit le 28. Néanmoins, elle commence à 6 h 30 et fini à 8 h15. Après nous avoir fait vivre cette visite dans les moindres détails, Michel Guénaire replace cette visite dans l’univers historique de l’époque, dans la stratégie du Führer. Qualifié de plus belle ville du monde, Hitler voudra que sa Germania dépasse en beauté et en grandeur Paris.
Michel Guénaire propose un récit pur sans le parsemer de notes de bas de pages ou de références historiques, pourtant parfaitement documenté. De lecture aisée, cet essai est agréable à découvrir. Je le recommande !
Remerciements
Aux éditions Grasset et NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Surviennent des moments d’absolutisme dans l’Histoire où un homme fait le vide autour de lui, pense sans contradiction, agit sans opposition. Ce sont des moments rares. Nous ne savons jamais combien de temps ils dureront. L’histoire ne les tolère pas. Nous sommes à l’un de ces moments, et celui-ci coïncide avec le matin de la visite. Il va prendre possession de la ville qui fut l’objet de tant de ses rancunes depuis qu’il s’était mis en tête d’annuler le dictat de Versailles et les maudites réparations décidées à sa suite.
L’urbanisme est une grammaire politique. L’appropriation des espaces précède la domination des masses.
C’est une drôle de troupe, l’escorte sinistre, dans Paris qui tient toujours sa promesse d’astre mort.
La jeunesse allemande aimait la nature contre l’Histoire. Elle aspirait à trouver une camaraderie dans la montagne, les fleuves et les hauts pâturages, pour soigner les plaies de l’Histoire qui s’était à peine refermée sur la mémoire des pères.
Le pouvoir est une école de la névrose. Les plus petits ont des gestes démesurés, les plus grands aiment les moindres détails, Bien sûr, il y a grand homme et grand homme. Chaque peuple opprimé récuse à celui qui l’opprime cette appellation.
Post-Scriptum
Comment écrire sans juger ? Je me suis saisi de la Visite comme d’un objet historique, et ai cherché à la traiter comme tel. L’Histoire n’a pas d’interdit. Le seul péril qui peut guetter l’écrivain est de rendre beau et convenable ce qui s’appuyait sur l’ignominieux. Mais il ne s’agit pas de cela. En s’en tenant à l’autonomie de l’objet historique, il s’agit que chacun puisse à présent comprendre et se faire son opinion de l’événement.
Ici en bref




Questions pratiques

Michel Guénaire – La visite
X : @michelguenaire
Éditeur : Grasset – X : @editionsgrasset Instagram : @editionsgrasset – Facebook
Parution : 7 mai 2025 – EAN : 9782246840596 – Lecture : Avril 2025

Même pas deux heures de visite, il n’a pas dû voir grand chose, si ce n’est des rues vides.
Bonjour Matatoune. Le sujet de cet essai ne m’attire pas. Bon 1er mai
Bon week-end !
Un sujet original car peu abordé. Je n’ai pas souvenir d’essai abordant cette courte visite d’Hitler à Paris en 1940. Je le note donc. Tu proposes toujours des ouvrages de grandes qualités, merci Matatoune 🙂📚
J’ai été moi aussi très intéressée par ce sujet ! De plus, il est traité de façon sérieuse et documenté ! Bon 1er mai ! 🎀
Merci, bon 1er mai à toi aussi Matatoune 🙂
En miroir: Une journée particulière. La visite à Rome d’Hitler qui sert de bande-son au film
Oui ce magnifique film repasse à la télé 📺 ! Je ne l’ai pas revu mais je m’en souviens si bien !
Pour Paris, au contraire, personne dans les rues . Paris est presque sans vie après l’entrée des nazis. Deux heures et quelques pour visiter certains monuments que Hitler connaît par cœur…Mais, je m’arrête pour ne pas divulguer de trop 😉
En deux heures de temps, il n’a pas dû voir grand chose de ta belle ville. Bonne journée
Il était très féru d’architecture et pouvait réciter à ses sbires toutes les particularités de certains monuments !
Bonne continuation 🌼