La Propagandiste
RENTREE LITTERAIRE 2023

L’histoire de Lucie, La Propagandiste, permet à Cécile Desprairies de raconter l’histoire de ces Français ordinaires qui ont collaboré avec les nazis et ont continué à servir la France bien après la fin de la guerre, au prix d’un silence intense sur leurs agissements passés. Mais, ces deux parents étant décédés, La Propagandiste entoure de fiction le vécu de la mère de l’écrivaine et de son second mari, son père, mélangeant souvenirs et interrogations sur la réalité de son ressenti.
Il semblerait que la Collaboration soit remise au goût du jour en France, en cette rentrée littéraire, alors autant lire le premier roman de l’historienne Cécile Desprairies, spécialiste de cette période, pour en avoir une vision réaliste.
Le roman commence par le récit du gynécée auquel participe chaque matin sa mère accompagnée des femmes de la famille. À mots couverts, elles s’expriment néanmoins, l’enfant essaye d’y trouver sens. Et cette quête l’amènera toute sa vie à s’interroger sur la véritable implication de sa mère dans le processus de la Collaboration.
Brins d’histoire
Pendant la seconde guerre mondiale, Lucie, ambitieuse, a profité de l’Occupation pour se voir confier la propagande hitlérienne dans la presse, au niveau des affiches et du cinéma. Tâche qu’elle a accomplie avec beaucoup de talent ! Elle n’est pas trop fréquentable cette parentèle, comme, elle l’appelle. Et, on comprend très vite le vertige ressenti auquel, par cette forme romanesque, Cécile Desprairies cherche des réponses.
Car, dans ce jeu des 7 familles, « sa famille nazie » comporte » l’amour de sa mère » pour un « savant fou alsacien, la mère collabo, le grand-père « Pépé F », la grand-mère droguée à la morphine, « la fillette perturbée et le fils dépassé. » Les détails racontés au fil des pages sont glaçants. Aucun ne peut être choisi comme exemple tellement au fil de la découverte de cette famille, l’antisémitisme décomplexé et l’attirance pour le régime hitlérien se font jour. Heureusement, Céline Desprairies a l’humour facile ce qui permet de faire passer le malaise d’une pirouette et continuer la découverte de l’ignominie et de la décomplexion la plus débridée.
Cette Lucie est un génie du « als ob », du comme si, sauf lorsqu’il s’agit de l’amour d’une vie, pour ce Friedrich, même si Charles, son second mari, qui lui a fait 4 enfants, comme une bonne famille hitlérienne. Friedrich, le scientifique, était promu à de si belles découvertes qui pouvaient tellement changer le monde, comme le pensait Mengele avec qui il était en contact. Pour blanchir cette période, Lucie utilisa, sans vergogne, un subterfuge qui la fit paraître plus propre que propre.
En résumé
Cécile Desprairies montre comment Lucie fut un stratège hors norme en forçant ses relations et sa propre famille à se taire à jamais sur ce passé où ils avaient été. Le vertige de l’enfant puis de la chercheuse apparaît au fil des pages. Spécialiste de cette période, le lecteur perçoit le défi que fut pour elle la compréhension d’une époque à partir des archives et des sources et l’explication de ses ressentis, des silences, expressions détournées, etc. que ses souvenirs comportaient.
La Propagandiste est un témoignage bouleversant sur une époque où on ne peut réduire la Collaboration avec une quelconque attirance sexuelle, une révolte adolescente et une suite d’un traumatisme vécue. Cécile Desprairies ne se confie pas. Elle applique à sa propre famille et à ses souvenirs, la froide analyse de son métier. La Propagandiste m’a passionnée et terrifiée à la fois.
Un roman qui je l’espère sera récompensé.
Puis quelques extraits

Par un des interstices de l’enceinte, « un juif » avait tendu à ma grand-mère « une montre en or, en échange d’un verre d’eau ». Ma grand-mère avait pris la montre, mais n’avait » pas donné le verre d’eau » . C’était dit sans émotion.
À les écouter, le monde de « l’Occupation » avait été une sorte de conte de fées. Elles répétaient de façon énigmatique : « On n’est pas passé à côté « . J’ai mis des années à comprendre ce que signifiait cette expression.
Plus tard, je comprendrai que le jaune est la couleur attribuée aux juifs depuis le Moyen-Âge et par la propagande, la couleur de la rouelle comme celle de l’étoile distinctive.
Elle n’ignorait pas que, dans l’Ordre noir, la SS, chaque membre devait payer une capitation pour tout enfant manquant à une fratrie de quatre.
Et encore,
Celle qui a quelques semaines plutôt était encore l’auteur de l’un des derniers slogans de la « Propaganda » ( » Les » libérateurs »! La libération ! Quelle libération ? ») est désormais protégée par un travail du « bon côté ». Lucy n’est pas à une contradiction près quand il s’agit de sauver sa peau et d’éviter la honte et l’infamie. Ces femmes tondues au front marqué au fer rouge, enduites de mercurochrome, brisées, promenées à travers la ville à demi dénudée, elle préfère éviter d’y penser.
Est-ce que le Débarquement ne se dit pas Invasion, en allemand ?
Ses oncles sont désormais installés dans leur nouvelle vie à la blancheur Persil.
Une technique sans intrusion. On en enlève une languette d’écorces sur le griffon et le porte-greffe. On applique les deux plaies l’une en face de l’autre en les faisant bien coïncider, puis en ligature la greffe et on la recouvre de mastic. C’est la greffe allemande. Une « personne — relais est chargée d’enseigner la nouvelle méthode dans son verger. C’est aussi ça, la collaboration. On s’approche, le plus près possible, on relaie, et cela fait beaucoup d’enfants.
Ici en bref




Du côté des critiques
Télérama –
Du côté des blogs
Alex Mots à Mots –Ju lit des mots – La dimension du sens que nous sommes
Questions pratiques

Cécile Desprairies – La Propagandiste
X: @Deprairies – Instagram @deprairies1
Éditeur : Seuil
X : @EditionsduSeuil @ Instagram : @editionsduseuil
Parution : 18 août 2023
EAN : 9782021523720
Lecture : Octobre 2023

La collaboration « vue de l’intérieur » en quelque sorte, racontée avec l’humour qu’il faut pour tenir le sujet à distance.
Ce qui est intéressant c’est de voir avec quelle facilité Lucie ( et sa famille) réussit à échapper aux règlements de compte et à la Justice à la fin de la guerre. Et cela laisse supposer que c’était finalement assez facile.
C’est courageux, pour cette historienne spécialiste des années de l’occupation allemande et de la collaboration, de s’ afficher en « fille de collabo », même si elle a attendu longtemps avant de le faire.
Naturellement on pense à Vous ne connaissez rien de moi, de Julie Héracles, roman tout aussi dérangeant, parce qu’il nous plonge dans l’intimité d’une collabo ( le roman est habilement écrit à la première personne du singulier). En lisant ces deux romans, on éprouve une sorte de malaise parce que les histoires sont vraies.
Je n’ai pas du tout aimé cet autre roman sur la femme de Chartres. sinon, je suis tout à fait d’accord avec tes autres remarques ! Dslee d’avoir oublié de te répondre !
Coucou Matatoune,
Désolée de ne pas être venue plus tôt te remercier pour le lien vers mon avis 😉 Je te rejoins c’est un livre passionnant et bouleversant à la fois !
Bonjour Matatoune. Je lirai ce ivre sur cette période qui m’intéresse, avec ce point de vue original et glaçant. Bonne journée
J’espère qu’il te plaira !
Bonne journée 😉
Tu m’as donné envie de le lire.😍
Je trouve que ce livre n’est pas vraiment un roman ni vraiment un récit de famille. Ce qui m’a dérouté.
C’est un roman autobiographique, pour moi, mais puisque Cécile Desprairies est historienne, ces souvenirs se confrontent à ses connaissances et comme c’était dans son enfance, n’est-ce pas des biais cognitifs…En tout cas, ce qu’elle raconte est glaçant. Mais ce qui m’a le plus choqué c’est cette capacité à se taire après la libération et même à faire le contraire de ces valeurs. Une duplicité là encore glaçante.
Effectivement, ça semble glaçant. Moi ce qui me chagrine ne plus, c’est la mémoire courte de l’humanité 😔.
Je l’ai vue à la Grande Librairie la semaine dernière. Ce roman est dans ma PAL.
J’aurai plaisir à lire ton avis !
J’ai très envie de découvrir ce livre. Le passé finit toujours par ressurgir. Bonne journée
Ah, oui que t’es paroles prennent un sens profond aujourd’hui !
Bon courage 😉
on en parle beaucoup et votre résumé donne envie, donc je note !
Oui, il est sorti de l’ombre en opposition avec celui de Julie Héraclès. De plus, il y a eu Blois 2023 qui vient de se finir et Cécile Desprairies est une historienne reconnue. En tout cas, une quête difficile fait de souvenirs et d’analyse fiable et historique.
Lire votre chronique dans le contexte actuel, cela résonne d’une manière particulière… L’antisémitisme est un horrible fléau.
C’est vrai je n’avais pas forcément fait le lien ! Tellement terrible !