Analyse des relations avec son demi-frère aîné qui vient de se suicider
Prix Les Inrockuptibles 2024

Édouard Louis, encore, un nouveau roman ! Je rechigne à de nouveau me plonger dans cette écriture si particulière. Mais, encore pour L’effondrement, la magie de cette écriture de soi et du quotidien opère dès les premières pages.
Qui est-il ce grand frère décrit par toutes les femmes, y compris la mère d’Édouard, comme un gentil, un doux même sachant écouter. Lui qui noyé dans l’alcool et la drogue dès l’adolescence devient lorsqu’il est saoul un type malsain, violent et infréquentable.
Édouard Louis convoque Ariès, Joan Didion avec L’année de la pensée magique, Freud et Julia Kristeva pour enquêter en relevant des faits pour mieux les analyser. À partir des mots Blessure, Disparition, écrits ainsi, avec majuscule, il part sur la trace de ce frère dont la violence souvent lui faisait peur et dont la grossièreté le gênait. Face à lui, pas ou peu d’affectation, Édouard Louis le reconnaît.
Évolution de la perception de l’écrivain
Seulement, ce demi-frère, dont on ne saura jamais le prénom, s‘est suicidé et il devient essentiel pour l’écrivain de comprendre et d’expliquer la portée d’un tel acte, mais aussi de cerner la violence qui l’envahisse lorsque l’alcool le domine.
Abandonné par son propre père biologique, ce demi-frère n’a pas retrouvé auprès de son beau-père, nouvel ami de sa mère, la chaleur qui aurait pu combler cette faille. Car ce sont de véritables violences subies par son beau-père. Édouard Louis les a, lui aussi, subis mais il semble avoir oublié leur intensité (plusieurs témoins, dont sa propre mère en témoigne). Dans d’autres livres, il détaille le dénigrement né par rapport à son homosexualité.
Mais à la lecture de ces nouvelles pages, le lecteur comprend combien cette famille était dysfonctionnelle. Car, ce sont des sévices psychologiques d’abaissement, de dénigrement moraux et physiques indirects que les enfants subissaient, sans que leur mère puisse les protéger. Sévices que le demi-frère a reproduits avec les femmes avec qui il vivait.
Seulement, Édouard Louis, comme à son habitude, cherche des explications dans le déterminisme social de son milieu. Cette fois-ci, les trouvera-t-il ? Voici, certainement, la grande évolution du propos de l’écrivain …
Comme pour une enquête, Edouard Louis analyse les faits et les situations afin de comprendre pourquoi son grand frère s’est suicidé si jeune. Un écrit d’une grande sensibilité qui rompt quelque peu avec ses précédents écrits.
Pour aller plus loin
Édouard Louis – Monique s’évade
Changer : méthode – Édouard Louis –
Édouard Louis – Combats et métamorphoses d’une femme
Qui a tué mon père – Édouard Louis
Des extraits

» la mort laisse le temps de l’avertissement » dit Ariège (…)
J’ai parfois le sentiment que la vie de mon frère n’a été qu’un instrument au service de sa Blessure, et que la question n’est pas de savoir où elle a commencé, mais pourquoi le monde lui a offert autant d’occasions de la creuser.
Voilà ce qu’est la famille : d’abord elle vous chasse et ensuite elle vous reproche de fuir.
« J’ai bu pour m’évader mais l’alcool est devenu ma prison ».
» Les dernières fois ne s’éprouvent comme dernière fois que quand il est trop tard ».
Ici en bref




Du côté des critiques
Le Monde –
Questions pratiques

L’effondrement – Édouard Louis
Éditeur : Seuil
X : @EditionsduSeuil Instagram : @editionsduseuil
Parution : 10 octobre 2024
EAN : 9782021434538
Lecture : Octobre 2024

[…] Prix Les Inrockuptibles 2024 – L’effondrement – Édouard Louis – Analyse des relations avec s on demi-frère aîné qui vient de se […]
C’est impressionnant ce détachement pour parler de son demi-frère, cette volonté de comprendre, sans condamner, cet homme qu’il n’aimait pas. Donc ce n’est pas un hommage, c’est une sorte de reconstitution de ce qu’a été la vie de son frère, faite avec intelligence et sans doute honnêteté aussi.
Un grand roman humain et digne
Je suis toujours surprise par l’humanité de cet homme qui le met si bien en scène dans ses écrits. Aucun faux-semblant, une mise à nu littéraire qui lui permet de dépioter ces sentiments pour mieux nous en fournir toutes les nuances.
Merci tellement d’être passé ici pour nous éclairer pour votre ressenti 🙏
Je ne me suis toujours pas lancée à la découverte de cet auteur. Une lecture qui m’effraie et m’attire à la fois. J’y viendrai.
Difficile pour moi de t’aider car je ne peux me passer de les lire dès leurs sorties. En tout cas, celui-ci termine ses réflexions littéraires sur sa famille. Comment son écriture va évoluer, lui qui est le fils littéraire d’une Annie Ernaux ? À suivre 😉
J’avais plutôt aimé « qui a tué mon père ». C’est le seul livre que j’ai lu de lui. Est-ce que celui-ci est mieux ou moins bien ?
Je suis souvent dans l’incapacité de dire quel est le mieux dans une œuvre. Je n’avais pas forcément envie de le découvrir mais rapidement, j’ai retrouvé ce style qui me touche sans que je puisse vraiment dire pourquoi. Il y a chez lui une certaine « belle candeur » à souligner son amour pour sa famille tout en expliquant leurs manques par un déterminisme social. Ici, ce frère n’a jamais reçu son affection, c’est certainement pour cela qu’il ne peut taire cette violence dévastatrice de sa personnalité, qu’il explique mais qu’il ne pardonne pas.
Je n’ai pas vu son intervention à la Grande Librairie ( je le verrai en replay) …Peut-être qu’il donnera d’autres explications…
Bonjour Matatoune. Je n’ai jamais rien lu de lui et ce thème ne m’inspire pas. Bonne journée
Je n’essaye même pas de te convaincre, alors 😅
Bonne journée
Sûr que ce sont des récits que je n’aimerais pas lire, déjà cette référence au suicide alors que mon propre frère c’est suicider pas pour moi. Bises bonne journée
Oui, toujours difficile lorsque la fiction comlle trop à notre réalité !
Bonne continuation 😄
L’auteur fait évoluer son propos : tant mieux, parce qu’il était ras les pâquerettes.
Oh, la remarque est rude …Évidemment, je ne suis pas d’accord. Dans celui-ci, le déterministe social ne peut plus expliquer. Enfin, Édouard Louis n’excuse plus pour exprimer son affection. D’ailleurs il ne l’a jamais vraiment aimé ce frère… Un tournant dans son œuvre lui qui se sert de l’écriture comme une introspection pour se détacher de sa condition.
J’aime beaucoup la plume de cet auteur ! Néanmoins, celui-ci ne m’inspire pas plus que ça ! Peut-être plus tard !
J’ai eu le même sentiment : est-ce que je le lirai ou pas…encore un . En fait je suis satisfaite de l’avoir découvert car il marquera pour moi un tournant. A voir s’il saura prendre ce chemin avec ses prochains.
Je n’en ai lu qu’un de lui et ça me suffit. Je passe mon tour sans regret. Bonne semaine
C’est dommage, car pour moi, c’est un incontournable de la littérature française actuelle.
Bonne journée 😉