
C’est un peu de notre histoire qu’Anne Berest raconte dans Finistère. On a souvent un petit breton, caché dans ses ancêtres, et en prenant le début du vingtième siècle, comme base de son roman, c’est aussi de l’histoire de tous nos grands-parents, métayers ou propriétaires, dont elle nous confie les défis qu’ils vont traverser.
En effet, Finistère est à la fois une enquête généalogie romancée et un hommage à un père, plutôt taiseux. C’est aussi l’histoire d’une rencontre légèrement manquée entre un père qui n’a pas su dire assez à sa fille qu’elle était unique et une fille qui n’a eu de cesse de courir derrière cette reconnaissance.
Au moment où Anne Berest fait la promotion de son précédent roman, La carte postale, elle apprend que son père souhaiterait qu’elle écrive aussi sur sa propre famille. En même temps, elle a connaissance qu’il est porteur de deux cancers, transformant d’emblée sa relation. De ses deux émotions, l’écrivaine les entremêle et livre une autofiction doublée d’une enquête aux accents profondément émouvants.
« Toute ma vie, j’ai regardé mon père comme un mystère »
Anne Berest a beaucoup de talent pour faire revivre de façon romancée le quotidien de ses ancêtres. Elle établit et souligne des liens avec le présent comme si le passé nous faisait des clins d’œil. Mais, c’est avec l’annonce de la maladie, la prise de conscience de la finitude d’un père qui s’immisce dans les pages.
Ce texte présente l’étonnante situation d’un père, ancien membre de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire) et de l’ex-Ligue communiste, qui se retrouve dans le rôle d’un militant gauchiste actif. Ancien chercheur du Laboratoire de mécanique des solides qu’il a dirigé de 1990 à 2001 et professeur au département de mécanique, membre du haut collège de l’École polytechnique, Pierre Berest était un intellectuel scientifique reconnu, plutôt taciturne aux dires de sa fille.
Alors, le savoir membre actif de cette organisation, au début clandestine, déroute. Et ainsi, c’est le long fossé qui les sépare qui prend vie sous les yeux du lecteur, témoin consentant de cette quête qui jamais fut comblée. La façon de s’exprimer de l’écrivaine et ses tenues vestimentaires placent l’écrivaine de l’autre côté de la route que son père, jeune, a aimé suivre. Prenant conscience de ce décalage, Anne Berest l’assume et semble ainsi se libérer d’une quête jamais satisfaite.
Finistère est un excellent roman qui explore, en s’inspirant de la réalité qu’il magnifie, l’histoire familiale et la relation particulière d’une fille avec son premier amour, un homme qui ne l’a aimée que de trop loin, elle qui était la deuxième enfant d’une fratrie de trois. Un texte émouvant, sincère et loyal, à découvrir !
Pour aller plus loin
Puis quelques extraits

Contrairement à mon histoire maternelle, volontairement ensevelie dans le silence, cette histoire bretonne s’était simplement évanouie dans les méandres de la mémoire. Ce n’était pas un refus de transmission, mais le travail naturel du temps. Pour que le passé devient un objet de désir, il faut parfois plusieurs décennies, surtout dans des familles comme la mienne où on nous préfère rêver à des lendemains qui chantent, plutôt que de glorifier le passé.
Je me demande si c’est de la folie, ou simplement de la bêtise, de croire que rien ne change.
À cette époque, j’ignorais encore qu’Eugène avait eu une mère anglaise. Et que la mémoire, cette matière fluide et tenace, survit souvent dans le goût des choses que l’on transmet.
Mais on peut réparer ce qui est manqué, car, quand on s’intéresse à eux, les fantômes surgissent du passé pour parler aux vivants.
La maladie n’était pas là, mais son idée. Cela suffisait à faire de nous des êtres légèrement différents.
Et encore,
Vivre auprès d’un silencieux est une expérience singulière. Chaque geste est un message, chaque regard un fragment de récit. Le silence, loin d’être vide, ce rempli de choses dites, ou rien ne se livre entièrement tout est à la fois clair, limpide et équivoque. Côtoyer un taiseux, c’est connaître une langue, celle du frémissement imperceptible de la transmission des pensées. Une étrange communion, d’une beauté austère et discrète, qui ne repose jamais sur des choses certaines.
Je vivais au pays du Crabe. Tous ceux qui accompagnent un malade connaissent ce pays incertain, aux franges du monde. Les horloges ne tournent plus mêmes rythmes. La gravité n’est pas la même que pour les autres.
Mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’on ne connaît rien de ses parents tant il est difficile de leur prêter une jeunesse.
C’est à ceux qui ne veulent pas du pouvoir que l’on doit donner le pouvoir.
Ici en bref





Du côté des blogs : Valmyvoyou lit
Questions pratiques

Anne Berest – Finistère
Rentrée littéraire 2025
Éditeur : Albin Michel – X : @AlbinMichel Instagram :@editionsalbinmichel – Facebook
Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782226487186 – Lecture : Août 2025


Je vais le lire prochainement. Toute ma famille est bretonne et je connais les caractères taiseux. Merci
Ce serait donc un trait régional ! Non, je ne le crois pas 🤣🌞🙏 Bonne lecture !
Bonjour Matatoune. J’ai apprécié La carte postale. Celui-ci devrait me plaire aussi car mon père était taiseux. Bonne journée
Alors, il faut le lire 🥰
Excellent week-end à venir !
Il me tente celui-ci. Il était très mis en avant lorsque je suis passée à la fnac dernièrement.
Moi, j’aime le style de cette écrivaine. Alors, je l’attendais avec impatience ! Je l’ai trouvé assez émouvant dans la description de la relation avec ce père insaisissable ! Elle livre bcp d’elle-même. Je l’ai bcp aimé ! Je serai ravie de découvrir ton avis !
une autrice à découvrir pour moi, peut-être d’abord par La carte postale, à voir!
Je pense ! Mais, il faut aimer les enquêtes généalogiques et une écriture introspective ! Mais, comme je le précisais à Alex, il faut suivre ses intuitions.
Si la rencontre ne se fait pas, pas grave ! 😉
Merci pour la citation.💖
Ce livre m’a énormément touchée.💖
Oui moi aussi ! J’aime son intelligente écriture ! 🤣
Un livre qui a l’air très touchant de par sa part personnelle.
Il pourrait être terriblement triste, avec l’histoire d’un rdv manqué entre une fille et son père et pourtant, il est lumineux !
Je n’ai pas de Bretons dans mes ancêtres, mais j’avais bien aimé « La carte postale »
🤣 Moi, j’en ai plein ! Toute une lignée… Mais si La carte postale avait plu, alors celui-là aussi, je pense !
La carte postale m’avait déçu. J’hésite à lire celui-ci.
Alors, suis ton instinct, ne le lis pas ! Anne Berest écrit au confins de l’introspection. Elle étudie les menus détails d’une vie, du passé et ses retentissements.
J’apprécie cette auteure, je le note avec plaisir. Bonne semaine
À voir qui va lire la version audio ? Dès fois, je regrette de ne pas arriver à rester attentive en audio tant le talent de ceux qui font vivre les textes ont du talent ! Bonne continuation 📚
Il faut absolument que je lise La carte postale…
La carte postale est peut-être plus fort car il y a l’intrigue de l’enquête sur un passé non connu et l’histoire personnelle suit la grande !
Mais, celui-ci est beaucoup plus personnel. Ce rendez-vous un peu manqué entre une fille et son père est très attachant surtout qu’on sent grandir l’écrivaine sous sa plume acceptant cet éloignement qui ne semble plus la faire autant souffrir !