Thomas Snégaroff-Les vies rêvées

De la Baronne d’Oettinger

Un Portrait Inoubliable d’une femme lors du Paris Artistique

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Dimitri Snégaroff alias Abraham Negamkin vit à Vitebst, refuge des juifs de l’époque. Puis, l’exil l’amène à Paris où son nouveau métier, imprimeur, lui permettra de rencontrer le Tout-Paris artistique. Ainsi, le grand-père de l’auteur rencontre la Baronne D’Oettinger dont l’histoire est racontée dans ses vies rêvées. 

Thomas Snégaroff s’attache à donner vie à la communauté d’artistes de l’époque, à partir de ce portrait de femme terriblement libre, fantasque et passionnée cachant malgré tout une grande détresse. Habilement, il fait revivre l’ambiance, les conditions de vie et l’exaltation créatrice qui faisait la réputation artistique du Paris de l’époque.

Mais, la Baronne d’Oettinger est aussi une femme tourmentée, imprévisible et terriblement étonnante. Psoriasis récurent, douleurs oculaires, manque d’appétit, état dépressif, tout peu d’un coup complètement déraper et l’épuiser. Son médecin de cure diagnostique l’hystérie, aujourd’hui, on ajouterait bipolarité.

Portrait de femme impressionnant !

Est-elle folle ou vit-elle follement sa vie ? Évidemment l’époque appréciera sa folie car, en plus, ils seront nombreux à en profiter. Ainsi, Thomas Snégaroff dresse, en historien précis à la documentation sérieuse, le portrait complexe du milieu artistique de Montmartre puis de celui de Montparnasse. Milieu interlope lors de l’avant-première guerre mondiale : du Picasso des saltimbanques de la période bleue ; du vieux peintre Rousseau guettant un sourire de Léonie, travailleuse à l’économie ménagère ; de Guillaume Appolinaire qu’Hélène soutiendra lors du départ de Marie Laurencin, ouvrant son salon des 229 boulevard Raspail à Montparnasse à toutes les créations artistiques en cours et à venir.

Son cousin éloigné depuis le début de son exil l’accompagne, veille sur elle et la protège de tous ses excès depuis le début de leur départ jusqu’à son dernier jour. Devenu peintre, il connaîtra son petit succès sous le nom de Serge Férat.

La baronne sera au départ Eléna Miontchinska, née en Ukraine en 1886 au Château de Krasnystaw. Puis, elle devient La baronne Hélène d’Oettinger de son union de jeunesse. Et, lorsqu’elle devient incontournable dans le milieu artistique, elle se présente aussi comme Roch Grey, écrivain au talent reconnu, François Angiboult, artiste peintre, et Léonard Pieux, pour la poésie, mais aussi directrice de la revue les soirées de Paris, imprimée dans la boutique Snégaroff. Ce personnage est certes haut en couleur, mais Thomas Snégaroff lui donne une consistance complexe, multiple et complètement inoubliable.

Dans cette fiction, certainement très proche de la réalité, le travail de documentation fourni est phénoménal de vérité. Un vrai plaisir de lecture et aussi beaucoup de choses apprises, mises en formes, pour comprendre l’époque, le ressenti de cette femme en découvrant son portrait unique et mémorable.

Puis quelques extraits

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L’invitation et la menace. Hélène trouve excitant de jouer sur tous les registres, de tirer les ficelles de l’histoire, (…). Tout brûler plutôt que de donner.

Séance tenante, il faut sortir, faire la fête, séduire un jeune homme, boire de l’alcool, se mettre nue ou presque en public, dire du mal des uns et des autres, provoquer les rires, les colères et les larmes, dépendre honteusement du sexe, en avoir un besoin immédiat, faire exulter ce corps qui souffre, se perdre dans les bras d’un homme oublié le lendemain, acheter des robes hors de prix, des bijoux qu’elle ne portera qu’une fois, vivre et ne plus survivre, enfin.

Je quitte les hommes Avant de lire les rendre misérablement dépendants, pleurnichards et asséchés.

La souffrance de grandir sans père ne trouve souvent de consolation que dans l’imagination fertile des orphelins.

Et encore,

Hélène est ainsi, et elle se moquerait de ses rares biographes qui bien après sa mort se demanderont si elle est née à kiev, à Varsovie ou Dieu sait où. Elle ne cherche pas à brouiller les pistes. Elle est tout simplement libre d’être née où elle le souhaite. De porter aussi le nom qu’elle désire. Le titre de noblesse qui lui sied. Les tenues extravagantes qu’elle aime. De séduire les amants dont elle a envie.

Comme elle, elle attire des hommes, en tire son plaisir, puis, ainsi qu’elle le fit avec Ardengo, les jette dans les pattes d’autres femmes, non pour s’en débarrasser, mais parce qu’elle les imagine plus heureux loin d’elle.

Mais l’heure n’est pas encore aux regrets, qui sont à l’âme ce que le sel est à la plaie.

C’est le privilège de ceux qui n’ont pas grandi dans un monde englouti par le temps qui passe. Il faut n’avoir jamais vraiment souffert pour imaginer pour pouvoir vivre sans nostalgie.

Ce que l’on rêve dit plus de la vérité de notre âme que ce que l’on vit.

Ici en bref

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Incipit
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Un extrait concernant le vol des statuettes qui ont obligé Apollinaire à faire une quinzaine de jours de prison
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Un autre extrait montrant le début de la première guerre mondiale avec les artistes étrangers à Paris
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Sur le bandeau de couverture le portrait de la Baronne composé par Modigliani

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X: @thomassnegaroff – Instagram : @thomas_snegaroff

Éditeur : Albin Michel

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Parution : 3 janvier 2024

EAN : 9782226485892

Lecture : Juillet 2024

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13 commentaires

    • Oui, il était depuis longtemps en attente et je suis ravie d’avoir fait sa connaissance !

  1. Je suis très intéressée par cette période artistique de l’entre-deux guerre et par tout ce foisonnement créatif. Ce roman a l’air vraiment bien ! Bonne journée 😊

    • J’ai beaucoup aimé. Moi aussi, cette période me fascine ! Tant de liberté, de création, et après, l’arrivée du néant …

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