Grete Weil -Le Chemin de la Frontière : L’Amour à l’Épreuve du Nazisme

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À Amsterdam, cachée pendant l’hiver 1944/1945 dans un grenier avec d’autres, Grete Weil s’inspire de sa vie pour écrire Le Chemin de la Frontière. Photographe et écrivaine allemande (1906-1999), le roman raconte une histoire d’amour dans les années 30, au moment de la Montée du Nazisme. Il est dédié « à la mémoire d’Edgar Weil, assassiné le 17 septembre 1941 au camp de concentration de Mauthausen« . Paru en Allemagne de l’Est, mais pas à l’Ouest, c’est donc un inédit que propose la Maison Gallimard qui résonne étrangement aujourd’hui.

Les yeux gris et tristes de Monika Merton vont opérer comme un formidable aimant pour qu’Andreas, jeune poète allemand, s’attache à sa compagnie dans le train qui les mène à la montagne. Ce sera ce même regard qui lui fera préférer un refuge, au fin fond des montagnes de Bavière, plutôt qu’une auberge accueillante avec sa cheminée bienfaitrice.

De cette improbable rencontre va naître le récit d’un exil, pour fuir l’Allemagne nazie, qui prend le pouvoir dans les années 30, jusqu’en 44. Il commence par la description de l’adolescence de Monika, issue de la bourgeoisie de Bavière. Enfant unique, choyée par des parents attentifs, elle grandit futilement, dégagée de toutes contraintes ou rumeurs du monde en idéalisant sa liberté et son indépendance. Son cousin Klaus, de partenaire de jeux deviendra confident puis amant et mari.

Dans la légèreté et l’insolence adolescence, les jeunes gens se cherchent et voyagent, jusqu’au retour à Berlin où la vie devient de moins en moins frivole.

Allemagne des années 30

C’est une complète immersion dans l’Allemagne des années 30, mais aussi par leurs voyages, en Europe pendant l’époque trouble, où la guerre se prépare. Pourtant, la paix ne cesse d’être invoquée. De la fin des années folles, libres et sans contrainte, jusqu’au carcan du National-socialisme, à la fuite puis la cache jusqu’à la fin de la guerre, le récit brosse un monde où illusions et chimères aveuglent chacun.

Le chemin de la frontière n’est pas qu’une histoire d’amour. Les phrases à rallonge décrivent des situations qui prennent le temps de s’y développer. Les subtilités des sentiments sont détaillées, triturées même. Grete Weil avait le temps pour nous les donner à vivre. Cachée pendant de long mois, pour éviter la déportation, elle livre un récit foisonnant et addictif de sa vie sous les traits de Monika, femme brillante, libre, déterminée et cultivée.

Devant la montée de la violence, de l’ostracisme, du rejet et des persécutions, ce récit devient un incontournable pour qui est passionné par la période !

Puis quelques extraits

Je ne me crois pas capable de vivre avec qui que ce soit. C’est au-dessus de mes forces. Mais il me serait plus douloureux encore de devoir renoncer à toi.

… même les existences les plus heureuses avancent dans le voisinage de la mort.

Vous êtes allemands, ce qui est une plaie, et vous êtes juifs, ce qui est pis encore.

S’il lâche la bride à son imagination, le romancier ne doit cependant jamais perdre de vue le plan d’ensemble, ni donner congé à sa raison. C’est avec une passion sans fin, l’œil aux aguets, l’oreille à l’affût du bruissement du monde, qu’il élabore son œuvre, façonne les alvéoles de la ruche, et s’il se laisse certes effleurer par la flamme de l’esprit, il officie en serviteur, dans la mesure et la sobriété. La poésie tout au contraire est une ivresse, un abandon, une clarté rehaussée de griserie, la capacité de se répandre jusqu’au dernier atome, de s’abolir et de renaître. La poésie, c’est le jardin d’Éros.

Nous n’aurons pas cessé, au cours des siècles, d’être confronté à vous, pensa-t-elle, et s’il est une justice qu’il faut vous rendre, c’est que vous avez toujours triomphé. Car vous ne reculez devant rien, pas même devant le meurtre et la violence, l’injustice et la calomnie, quand il s’agit d’asseoir votre puissance.

Et encore,

(…) quand un soldat, après avoir combattu trois ans, est saisi tout d’un coup du démon de penser, rien n’est plus dévastateur; c’est comme si des murs s’écroulaient et vous ensevelissaient vivant avant que vous ayez eu le temps de vous extraire des décombres. Quand le poison du doute s’est instillé en vous, il contamine tout.

Crois-tu que les victimes ne portent aucune responsabilité ? Nous tous, toi, moi, Klaus aussi bien, nous sommes coupables. Nous avons laissé les choses dévaler la pente du pire sans tenter de s’y opposer réellement. Nous avons laissé les démons s’installer dans notre pays, le mal prospérer, sans lever le petit doigt. Les inquiétudes que nous inspirait le devenir de l’Allemagne ne nous empêchaient pas de dormir. Nous nous sommes gargarisés de notre amour de la liberté et de la vie, mais nous étions trop paresseux pour nous extraire de nos nids douillets.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Libération

Questions pratiques

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Grete Weil – Le Chemin de la frontière

Traduction de l’allemand par Olivier Le Lay

Éditeur : Gallimard X: @Gallimard  et Instagram : editions_gallimard – Facebook

Parution : 10 avril 2025 – EAN : 9782073014986 – Lecture : Mai 2025

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14 commentaires

    • Oui, c’est l’immersion dans l’époque qui est intéressante. Bonne continuation 📚

  1. J’ai lu pas mal de cette période (plus celle de la guerre est des camps) et fais une pause en ce moment……Bizzz bonne semaine

  2. je suis dans le même état d’esprit, peut être à cause de ce beau temps qui persiste, j’ai du mal à me plonger dans ces sujets difficiles.

    • Surtout que l’écriture est un peu datée…Je comprends ! Bonne continuation 🌸

    • Ce qui m’ a semblé être intéressant est l’immersion et la description par une jeune femme qui a vécu la période et qui a subi ses persécutions. Mais, je comprends que l’on puisse être saturé. Bonne continuation 🌸

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