Justin Morin – On n’est plus

Des gens normaux

Rentrée littéraire 2024

Étude des liens invisibles mais nécessaires après un drame

vagabondageautourdesoi.com - Justin Morin -

Justin Morin décrit un fait divers dans son livre « On n’est plus des gens normaux » en ajoutant toute sa sensibilité pour raconter les faits et analyser ses ressentis. En effet, ce sont les liens qui unissent les protagonistes, notamment des deux principales familles qui sont touchées par le drame, qui sont relevés dans le roman.

Car, en suivant le procès pour son travail, Justin Morin est touché par la sœur de celui qui est dans le box des accusés. Devant les faits exposés, impossible pour elle de ne pas reconnaître que son frère est coupable. Pourtant les liens familiaux feront qu’elle choisira une autre voie.

Été 2017, une voiture fonce dans une pizzeria, volontairement. Une famille ne sera jamais « plus des gens normaux ». Car Angela, adolescente de 13 ans, ne se relèvera pas.

Justin Morin est journaliste à France Info. Il a collaboré à plusieurs « Les pieds sur terre » sur France Culture. Le procès du fait divers raconté ici, Justin Morin le couvre dans la réalité de son son métier. Il rencontre la famille. Mais, bien après, la réaction de la sœur du coupable le hante. Il décide d’analyser les liens invisibles qui la lient à son frère.

La première partie se concentre sur la vie des parents d’Angela, Betty et Sacha, ainsi que ses deux frères, Nicholas et Dimitri, jusqu’à la tenue du procès, plusieurs années après.

À partir d’une réaction particulière de Lisa, la sœur de l’accusé, Justin Morin décortique en les inventant les liens qui les unissent. Il l’imagine seule pierre d’ancrage dans le monde de son frère, en déséquilibre permanent.

Les liens invisibles

Et lorsqu’il suppose qu’elle écrit dans le carnet qu’elle tenait au procès…
 » Mon frère est un bourreau.
Ai-je le droit de souffrir ? « 
, le lecteur plonge au cœur des conflits de loyauté vécus dans les fratries. Entre attachement à l’autre et colère de devoir sacrifier sa liberté, le roman, On n’est plus des gens normaux, évoque tous les sentiments intermédiaires.

En abandonnant la position du journaliste pour celle du romancier, il accepte de laisser de côté les faits. Il ne les relate plus avec objectivité et oublie leurs certitudes. Avec son expérience, Justin Morin décortique la loyauté familiale souvent inconsciente. Cette forme de fidélité ne s’exprime souvent que dans les drames, cette dépendance qui prend le dessus sur la raison, comme pour Lisa, au détriment de sa propre vie, et cette force qui permet aux parents d’Angela de traverser le drame.

Avec beaucoup de sensibilité, Justin Morin allie journalisme et fiction pour détailler les liens familiaux invisibles qui relient les membres d’une même famille, visibles lorsqu’un drame percute la vie de gens normaux. Un premier roman particulièrement réussi !

Puis quelques extraits

Toutes les souffrances, toutes les peines, toute l’incompréhension, toute l’injustice, toute la colère, toute la culpabilité – tout ce qui va suivre existe déjà, tout est là, comprimé dans cet espace-là, dans ce vide qui sous la pression finit par exploser.

La bulle se dégonfle, le récit tiré de cette histoire s’assèche, ce drame n’est plus tout à fait le même drame : d’un attentat potentiel visant la France, on débouche sur un fou qui a pété les plombs. Un fait divers, déplorable.

Préparer des diaporamas photo, se noyer dans les souvenirs, écrire un discours, avoir la haine, valider les différentes prises de parole, on n’apprend pas à devenir victime. Betty enchaîne les nuits blanches. Jusqu’à ce jour où il faut y aller.

Le masque possède cet avantage : il camoufle la honte.

Et encore,

Mon frère est un bourreau.
Ai-je le droit de souffrir ?

Être victime, c’est répéter pourquoi vous l’êtes, encore et encore. Des années après les faits, il faut continuer à expliquer, quitte à avoir l’impression de se justifier.

Je suis moi-même bouleversé par un autre constat : on n’abandonne pas un frère, fut-il un monstre.

Elle aime cet instant où il lui faut reprendre sa respiration, s’immerger à nouveau dans les circonvolutions de ses raisonnements, trouver la faille, la colmater, remonter à la surface et constater le résultat.

C’est ça le syndrome post-traumatique, parfois ça remonte d’un coup, et tu vis avec.

Ici en bref

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Incipit
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Un extrait
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Et un autre
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Puis le derier

Questions pratiques

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Justin Morin – On n’est plus des gens normaux

Éditeur : La Manufacture des livres

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Parution : 22 août 2024

EAN : 9782385531096

Lecture : Septembre 2024

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14 commentaires

  1. Bonjour,
    Un sujet bien délicat qui ne doit pas manquer de questionner chacun. L’écriture semble adaptée à la situation.
    Malgré tout, le point de départ me rappelle trop un drame vécu par de très proches amis pour me donner envie de le lire.
    Bonne journée
    Anne

    • C’est vrai que la littérature fait réfléchir sauf si le ressenti est trop dense !
      Bonne continuation 😄

  2. Bonjour Matatoune. Je note le titre de ce roman qui devrait me plaire. Difficile de savoir comment l’on réagirait dans de telles circonstances. Bonne journée

  3. Un sujet intéressant, qui pose question ! Je me demande ce que je ferais dans un tel cas. Certains crimes sont difficiles à pardonner, je pense. Bonne journée à toi Matatoune 🙏😊

    • Tout système soutient ses membres devant les attaques extérieures ! Difficile, à moins de se fâcher, de ne pas soutenir même la personne défaillante ! Et ici sur un procès, c’est d’autant plus exacerbé que l’acte est ignoble et digne d’un moment de folie, si ce n’est pas un acte fou !

  4. Je pense qu’au delà de l’acte commis un parents proche reste l’être aimé on ne peut nier ce fait. Même si l’acte nous répugne au fond de nous, le lien est là…Bisous bonne journée

    • Oui, c’être ce que Justin Morin analyse, ce type de conflits de loyauté.
      Bonne continuation 😄

    • Passionnant, tu as raison, entre soutien et colère , les liens fami,iaux y son détaillés autour du drame qui détruit de part et d’autres.
      Bonne journée 😉

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