
Premier roman de Robin Watine, et quelle écriture ! Je rouille, pour moi une expression incompréhensible, pour lui, un titre et un leitmotiv tout au long du livre.
Noé n’est que l’amour de vacances de la belle Léna, la Parisienne aux riches parents. Et ça fait deux ans que ça dure. Elle ne lui donne rien et lui donne tout, à la fois, pour cet adolescent serveur dans le restaurant de son père pendant ses vacances. Alors, lorsqu’avec Lionel, Rémi, ses potes et son frère Théo, leur vient l’idée d’aller voler les filles, Lena et ses trois copines, pour Noé c’est comme une vengeance au mal de cœur que Léa lui fait subir, le considérant comme prolo ou autochtone et « se faisant dresser par elle ».
Les potes, les filles, l’alcool, le joint, le Bar de la plage, la danse et la bagarre, l’univers de Noé pourrait se résumer à ça, s’il n’y avait pas ce foisonnement de questions, de réactions et d’impressions qui encombrent son cerveau autour de l’amour. Noé les partage avec suffisamment de sincérité et de franchise pour qu’en vienne à penser : Mon Dieu que c’est difficile d’être un ado !
Pour Noé, et même pour Léna, reconnaître l’amour, accepter d’en être son sujet, reste compliqué. Les circonvolutions de son cerveau tirent des chemins alambiqués entre ses pensées obsédantes. Même si son style est fluide, cadencé et devient complètement addictif !
Ce premier roman Je rouille révèle un style très affirmé et sensible. Difficile d’en dire plus sur son auteur ! Comme son personnage, il a vécu dans une station touristique, avec un père, restaurateur. Puis il monte à Paris pour faire des études de cinéma. Après scénarios, publicités…il faut bien vivre ! Une fragilité que l’écrit devrait continuer à révéler !
Attention, talent littéraire !
Remerciements
Aux éditions Calmann-Lévy
Puis quelques extraits

Comme si bronzer, c’était une activité très sérieuse, et qu’une perte de concentration le dernier jour pourrait gâcher tout le travail accompli jusqu’ici.
Pourquoi chaque fois que je dois dire ou faire quoi que ce soit, je passe toujours par quatre chemins, et encore plus que ça. La vérité c’est que la plupart du temps j’ai même pas le temps de trouver ça bizarre de penser autant, tellement je suis occupé à tout faire pour que ça ne se voit pas
C’est cool les vacances, mais après…Ça rouille quoi.
Même lui dire que j’ai peur. Mais, ça non, pas entre potes. C’est comme « tu me manques » quand on s’est pas vu depuis longtemps, se prendre dans les bras et se dire qu’on est contents de se voir comme les filles elles font entre elles, comme « pardon » comme » je t’aime », tout ça entre nous ça se dit pas.
Mais pour moi et mes potes, être avec une fille, c’est forcément lui prend quelque chose, sans rien lui donner en échange. Et l’aimer, c’est interdit. Plutôt, l’aimer c’est lui faire croire qu’on l’aime. Et on a même pas vraiment besoin de faire semblant parce qu’on se laisse prendre au jeu.
Et encore,
En fait, pour aimer tranquillement une fille, y a une double stratégie, de faire croire aux potes que si on a l’air de l’aimer, c’est pas pour de vrai, mais pour continuer d’en profiter. Ça nous permet de nous comporter comme on veut avec elle devant eux, sans passer pour des canards. On leur dit qu’elle suce bien pour pas dire que c’est les sentiments qui nous poussent à passer autant de temps avec elle et moins avec eux.
Parce qu’on est toujours fier d’être celui qui fait des conneries. À part celles qui finissent mal.
Au fond de nous, y a la même certitude d’appartenir au meilleur groupe et le sentiment qu’en dehors, on n’est rien.
Et tu constates une distance avec ce que tu viens de vivre. Comme le lecteur à la seconde où il referme le livre, alors même qu’il en a éprouvé d’intenses émotions, les sent déjà qui s’estompent, faisant place au plaisir de l’avoir achevé. Et par son existence même, ce plaisir d’avoir été tant ému devant la preuve qu’il ne l’a pas été tout à fait. Mais le lecteur à au moins ça pour lui qu’il lui suffit de rouvrir le livre pour retrouver ces mots qui donne du sens à ces émotions. Les tiennes, tu crains de les perdre.
Ici en bref




Questions pratiques

Robine Watine – Je rouille
Rentrée littéraire 2025
Instagram : @robinwatine
Éditeur : Éditions Calmann-Lévy – X : @calmann_levy – Instagram : @calmann.levy – Facebook
Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782702194355 – Lecture : Juillet 2025

Bonjour Matatoune. Tu m’as donné envie de lire ce roman si je le trouve à la médiathèque. Bonne journée
Je l’espère ! Bon week-end 🏖
Ton article est intrigant, donc un premier roman qui mériterait de se démarquer. Bon dimanche
Oui, un style à suivre ! Bonne continuation 🏖
Il y a des premiers romans qui valent vraiment le détour ! Malheureusement, ils passent souvent inaperçus. C’est bien de les mettre en évidence.
500 romans vont sortir pour la rentrée littéraire. C’est sûr que, dans la masse, certains resteront inconnus.
Complètement ! Plus de cinquante premier roman vont sortir lors de cette rentrée ! Trop certainement et difficile de ne pas perdre dans ce marasme !
J’ai comme l’impression qu’on ne rouille pas avec cette lecture. Merci pour cet avis qui donne envie de courir chez mon libraire.
Ce sont mes premiers romans decouverts que je publie en cette pré-rentrée et c’est sûr que cela fait un condensé assez fort. Il en arrive un autre lundi qui lui aussi est assez exceptionnel. Les Mandragores et Nourices étaient dans la sélection Fnac . Ils n’y resteront peut-être pas longtemps…mais quand même 😉
Tu aiguises ma curiosité : pourquoi il rouille ?
Ah, ça je ne le dirai pas !
un nouveau talent d’écriture, je le note parce que c’est quand même de plus en plus rare, ou alors c’est tellement alambiqué pour faire littéraire que ça en devient pénible.
A mon humble avis 😉