Matthieu Niango – Le Fardeau – #rl2025

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Le récit de Matthieu Niango est une enquête familiale qui explore le poids des origines et la mémoire des traumatismes. À travers la découverte des secrets de sa mère, adoptée et issue du programme Lebensborn, le lecteur plonge dans une histoire à la fois atroce et émouvante. Ce récit est un témoignage sur la résilience, l’amour familial et le courage face à l’héritage du passé.


L’enquête généalogique

Le Fardeau de Matthieu Niango est le récit d’une enquête généalogique profondément émouvante. Présenté comme une confidence, il éclaire une histoire atroce où le lecteur, de page en page, est à la fois atterré par le racisme qu’elle révèle et admiratif de la femme qui porte cette tranche de vie échappée des ténèbres.

Le soir du décès de sa grand-mère, la mère de Matthieu décide de lever un secret longtemps gardé : elle a été adoptée. Elle l’avait appris à l’âge de dix ans, lorsque ses camarades la raillaient. Pour la protéger, ses parents adoptifs lui avaient montré un dossier en carton précisant qu’elle parlait allemand à son arrivée.

À dix-sept ans, elle brûle ce dossier, refusant de se replonger dans ce passé. Pendant des années, tout fut volontairement occulté, par loyauté envers ses parents adoptifs. Elle devint infirmière et dirigea plusieurs crèches, des métiers en lien évident avec le soin aux tout-petits.

Elle avait été adoptée à l’âge de deux ans et demi. Dix-sept enfants furent amenés d’Allemagne à Commercy pour l’adoption. Elle fut la petite fille qui se tourna vers sa mère adoptive.


Lebensborn

Accompagnée de son fils Matthieu Niango, elle décide de rechercher ses origines. Ils découvrent que sa mère, née en 1943, faisait partie du programme Lebensborn. Il faut toute une vie pour accepter d’être née dans un lieu ainsi marqué par l’Histoire.

« Adolescente, je pense que je me serais éliminée », confie la mère de Matthieu, tant la honte accompagnait cette révélation. Avec son fils, elle mettra vingt ans à reconstituer sa généalogie. Son nom véritable était Gizela Sestura, avec « un accent que les gens tracent comme un sourire un peu plus haut à gauche qu’à droite, gentiment ironique ».

En allemand ancien, Lebensborn signifie « fontaine de vie ». Vingt mille bébés sont nés dans ces maternités nazies, créées avant la guerre par Himmler. Loin des bombes, elles accueillaient des filles mères, leur offrant gîte et couvert, et évitant ainsi la relégation sociale. Mais, les enfants étaient élevés selon les principes nazis, destinés à devenir l’élite d’une race dite pure.

Pour remédier aux avortements et renforcer la natalité, Himmler encourageait les SS « purs » à avoir des enfants hors mariage. Les archives confirment que les exigences pour l’assistance aux femmes enceintes étaient extrêmement rigoureuses. Les enfants étaient ensuite déclarés « Enfants du Führer ».

La politique nazie associait d’un côté stérilisation forcée et, de l’autre, l’accueil sélectif des filles mères. Une dizaine de Lebensborn existaient en Norvège et aux Pays-Bas, une dizaine en Allemagne, trois en Autriche, trois en Pologne, et un en France. La mère de Matthieu Niango avait été abandonnée dans un Lebensborn belge. Jugés à Nuremberg, les responsables ne furent pas reconnus coupables.


Le vertige des origines

L’enquête se poursuit en quatre parties, présentant successivement la grand-mère puis l’arrière-grand-père. Ce récit décrit également le vécu de réfugiés, leur désespoir et la misère, et le déclassement d’une famille bouleversée par l’Histoire.

Matthieu Niango aurait pu se contenter de relater les fausses pistes, la fatigue et le désarroi de son enquête. Agrégé de philosophie, il contextualise cette révélation : « Qui pourrait imaginer qu’un métis a un grand-père SS ? » Les émotions sont contenues, évitant toute victimisation, afin de permettre une véritable compréhension.

Le lecteur est admiratif de cette femme courageuse, qui, malgré les révélations, a su garder son sourire. Le soutien de ses enfants, dont Matthieu Niango, y est certainement pour beaucoup. C’est une résilience véritable, rendue possible par l’amour et la tendresse de ses parents adoptifs. Le récit fait aussi écho à l’enlèvement et à la déportation d’enfants ukrainiens par la Russie.


Conclusion

Matthieu Niango vit deux chocs : le premier, lorsque sa mère lui révèle qu’elle a été adoptée ; le second, lorsqu’il découvre l’existence du Lebensborn. Cette révélation s’accompagne d’une connaissance de la politique nazie contre les métis. Son devoir de mémoire lui permet de témoigner contre sa honte d’être petit-fils de nazi. Être du côté des bourreaux n’empêche pas d’être une victime. Comme le rappelle Matthieu Niango, il est essentiel de confronter le racisme avec la diversité de nos identités plurielles.

Ce récit passionnant devrait être découvert par tous ceux qui s’intéressent à l’histoire, à la généalogie et aux récits de vie.

Puis quelques extraits

Il m’a dit qu’à Jouy-sous-les-Côtes, les Niago- Marc et les Saguet s’aimaient parce que nous étions de ceux dont on parle mal, quand ils ont le dos tourné.

J’aurai souvent ce problème à mesure que nous progressons dans l’histoire de la famille : le sentiment d’une fiction extravagante. Mais, je n’invente rien sans l’annoncer. Je n’ai laissé mon imagination agir que dans les creux laissés par l’absence de preuves. Je ne mentirai pas. Je n’en ai pas besoin.

Depuis 1934, un examen médical était imposé, avant le mariage, interdit entre juifs et nos juifs. Des stérilisations avaient aussi été ordonnées. Il y en aurait plus de quatre cents milles jusqu’à la fin de la guerre.

Sur les statuts, le Reichsführer ajoute à la main que le Lebensborn dépend de lui seul. Les bébés du Lebenqborn seront bien ses bébés à lui. J’observe l’écriture aux traits légers, tranquilles l’énorme signature de cet homme froidement exalté, méthodiquement fanatique. Je suis lié à lui.

Et, encore

Car le mensonge est trop coûteux à tenir. Mais, il n’est pas impossible que les démocraties, avec leur air de ne pas y toucher, soient parfois plus habiles que les dictatures pour imposer une version officielle et fausse.

Quand on explore son propre arbre généalogique, c’est comme si, pour garder le passé, des spectres surgissaient de son tronc forcément crevassé par endroits.

Et ils nous rappellent brusquement ce que nous oublions la plupart du temps : que nous sommes métis. Cela m’arrive parfois de m’en souvenir, dans le regard des autres, alors que le plus souvent, je n’y pense pas.

Les silences, les non-dits, l’évitement, tout ce qui dessine en creux, ce qui a été vécu, et que l’on a cherché en vain à cacher, communiquent le choc de proche en proche, le font passer de corps en corps.

Ici en bref

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Du côté des critiques

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Questions pratiques

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Matthieu Niango – Le Fardeau

Rentrée littéraire 2025

Éditions : Mialet Barrault – X : @MialetBarrault – Instagram : @mialetbarrault – Facebook

Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782490834242- Lecture :octobre 2025

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18 commentaires

    • Émouvant tu as raison et ainsi, on apprend une partie de l’histoire funèbre du nazisme.
      Bon début de week-end !

    • Mathieu Niango commence une série de conférences, comme celle prévue aux Archives nationales mi novembre. Vraiment, je ne pensais pas que son récit était aussi bon ! Belle découverte 🌞📚

    • Ces récits, lorsqu’ils sont sérieux comme celui-ci, sont une manière de connaître l’histoire sans se plonger dans un essai ! Vraiment, une belle surprise. Merci de ton passage . Excellente continuation 📚🌞

  1. Ma libraire me l’avait conseillé, mais je n’avais pas envie de lire quelque chose sur les lebensborn. Ton billet éclaire ce livre différemment.

    • Seulement, cette famille ne choisit pas la victimisation. Et c’est une des belles réussites de ce récit !

  2. Merci pour cette chronique. Il m’intéresse, je viens de le réserver à la bibliothèque.
    Je comprends que ce soit un choc de se découvrir enfant de SS, mais il ne faut pas avoir honte, le narrateur n’y est pour rien.
    Il ne faut pas oublier que si « on choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille »!

    • Oui, tout à fait raison. Néanmoins, je crois que le choc doit être important même si Gisèle s’en amuse maintenant en disant qu’elle a fait tout le contraire en épousant son mari 🤣 Bonne lecture !

  3. Un roman qui semble très fort émotionnellement. Quant à ta phrase « il est essentiel de confronter le racisme avec la diversité de nos identités plurielles », elle sonne très juste.

    • Oui…malheureusement ! Affirmer son humanisme va bientôt devenir une valeur rare, je le crains fortement !

    • Extrêmement, je ne pensais pas être aussi touchée par cette histoire vraie ! Bonne continuation 🌞🙏

  4. Cette période est vertigineuse d’horreurs. Et ils n’ont pas été jugés coupable de cela. Une honte absolue.

    • Oui, ce fut pour moi une découverte de penser qu’ils n’ont pas été jugés coupables ! 😠

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