
C’est peu dire que le second roman de Fatima Daas était attendu. Le film, qui sort à la fin du mois d’octobre sur l’adaptation de son premier, a été encensé au dernier festival de Cannes. Une communication très réussie, tout à fait raccord avec la parution de Jouer le jeu !
Le lecteur fait la connaissance de Kayden Abad lorsque, au début de sa seconde générale, elle remplit sa fiche de présentation lors du cours de français de Madame Garance Fontaine. Ou plutôt, lorsqu’elle évite de la remplir en classe et repousse sa rédaction à plus tard. Seulement, c’est une vraie rédaction qu’elle rend à sa professeure, montrant ainsi ses talents d’écriture.
Comme tout adolescent, Kayden évolue avec sa bande. Nelly est la grande sportive. Et, il y a Samy, comme son alter ego garçon, orienté en Bac coiffure, peut-être, à cause de son allure. Djenna est le contraire d’une discrète et ose, à chaque fois, exprimer ses colères. À la maison, pas de père, rapidement évincé de ce gynécée tendre et attentif par une mère, courageuse et chaleureuse, et une sœur aînée, Shadi, véritable confidente et assez protectrice.
Parce que l’écriture est son oxygène, la professeure de français se met en tête de penser son avenir. C’est ce qu’adore rappeler l’Éducation nationale : la méritocratie n’est absolument pas en panne. Celle du lycée Alfred Nobel de Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis peut conduire une, ou un, élève méritante au sein de l’école des élites, Sciences Po. Et, ici, elle choisit Kayden ! « Sciences Poules », comme le suggère Djenna !
Un pamphlet réussi !
C’est au bel idéal de tous les enseignants exerçant dans ce que, pudiquement, on appelle des quartiers difficiles que s’attaque Fatima Daas. Elle laisse à son personnage Djenna le soin d’exprimer sa colère. Kayden est touchée par l’attention portée par sa professeure, d’autant plus que ses sens s’éveillent à la sensualité féminine, elle qui, dans l’enfance, s’est rêvée garçon.
Fatima Daas s’attaque à l’influence et au pouvoir toxique de certains adultes sur leurs élèves, débouchant sur un jeu de séduction. C’est un réquisitoire, sans circonstance atténuante, qu’elle dresse dans Jouer le jeu. Cette attitude inconséquente ne rétablit pas une distance nécessaire et se laisse entraîner à un jeu inavouable, en laissant perdurer le sentiment diffus du « tout est possible ». Par conséquent, l’écrivaine montre la honte ressentie par l’adolescente d’éprouver de tels élans sensuels. Le dernier message laissé par Kayden à son journal en démontre les dommages. C’est édifiant de justesse !
Fatima Daas s’attaque frontalement à la discrimination positive. De quoi est-elle le fruit ? D’où vient la volonté de l’enseignant, suggère l’écrivaine ? Un vieux fond de néocolonialisme, comme le souligne son héroïne Djenna ? L’égalité inscrite au fronton de nos mairies oblige l’enseignant à la mettre en œuvre. En cela, les colères de Djenna disent bien quelque chose de la réalité de notre école républicaine : sa grande difficulté à gommer les inégalités.
Bref, ce second roman possède le même souffle que le premier, même s’il est plus mesuré, mieux travaillé, plus mature. En s’attachant à décrire les premiers émois d’une adolescente, Fatima Daas livre un pamphlet contre la discrimination positive et l’attitude déplacée de certains professeurs. La protection ici vient des amis et de la famille pour aider à grandir. Vraiment, Jouer le jeu est à découvrir !
Pour aller plus loin

La petite dernière
Puis quelques extraits

Les gars, ils fonctionnent avec la peur, moi je te le dis. Si tu ne les menaces pas, ils ne comprennent pas. Ils sont trop habitués à ce qu’on ne leur dise rien, on ne les emmerde pas, on porte tout sur nos épaules, eux ils vivent leur meilleure vie. Non moi, j’ai besoin d’un rajel, qui porte ses responsabilités, je ne suis pas là pour le chouchouter, t’as vu.
J’étais responsable à seize ans de te séduire. Pourtant, c’était toi l’adulte, tu étais l’adulte et tu étais la professeure.
À trente ans, on a déjà été adolescent. C’était ton rôle de me protéger.
Kayden n’a pas pu s’empêcher de regarder, de toute façon elle se sent toujours obligée de lire les inscriptions, même quand c’est compliqué à déchiffrer, même si l’autre le remarque.
Elle s’était battue jusqu’au bout contre la fin de l’enfance, mais là, en fixant cette tache sur son boxeur, elle savait qu’elle avait perdu.
Ici en bref




Du côté des blogs : Sur la route de Jostein
Questions pratiques

Fatima Daas – Jouer le jeu
Rentrée littéraire 2025
Éditeur : Éditions de l’Olivier – X : @Edlolivier-Instagram : @editionsdelolivier – Facebook
Parution : 22 août 2025 – EAN : 9782823622546 – Lecture : Octobre 2025

Je ne connais pas cette auteure, mais tu me donnes grande envie de la découvrir. Bonne journée
Son premier était un cri poussé dans l’univers de l’adolescence qu’elle était : lesbienne et croyante musulmane, deux axes de son identité qu’elle défendait âprement. Ici, c’est contre le pouvoir des professeurs et la discrimination positive dont elle a du profiter aussi ! J’attends avec impatience d’autres avis …
Excellente continuation ! 📚🖋🌞
Bonjour Matatoune. Ce roman semble très intéressant. Je n’ai pas du tout accroché à La petite derni-re, abandonné en cours de route. A voir… Bonne journée
Alors, je ne suis pas sûre que celui-ci te plaise !
Excellente continuation 📚🖋🌞
J’avais beaucoup aimé La petite dernière. L’adaptation ciné ne me tente pas, mais ce que tu dis de ce livre, en revanche, me tente.
J’ai peur aussi pour l’adaptation au cinéma. Ce n’est plus une écriture – cri comme dans son précédent. La maturité est arrivée. Mais, elle garde cet esprit affûté qui vient titiller nos certitudes en affirmant sa différence !