Samuel Dock – L’enfant thérapeute

RENTRÉE LITTÉRAIRE HIVER 2023

vagabondageautourdesoi.com - Samuel Dock - Samuel Dock interroge le syndrome de L’enfant thérapeute à partir de son vécu et celui de sa mère. A quatorze ans, l’écrivain devient le soutien de sa mère, séparée de son mari pour des faits de violence, et assumant seule l’apparition de la maladie psychique de sa sœur.

Devenu docteur en psychopathologie, immergé dans le milieu de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et après plusieurs ouvrages, Samuel Dock réfléchit à cet état en présentant à partir de son témoignage les trois aspects de sa réflexion : la présentation du syndrome au niveau de l’adulte qu’il est devenu, la nature des failles de sa mère et le renouveau de leur relation.

Seulement ce livre n’est ni un essai, ni un mémoire, c’est un roman dont la fiction s’inspire de faits réels et dont le style fauche le lecteur au-delà du prévisible !

La dynamique de consolation naturelle de l’enfant envers son parent devient pathologique lorsque la dépression du parent, venant de son passé en général, est trop envahissante. L’adulte est alors dans l’incapacité d’apporter l’amour nécessaire à l’enfant pour grandir sereinement. Du coup, l’enfant veut soulager son parent et même envisage-t-il de le soigner. A l’âge adulte, la personne peut développer le syndrome dit du sauveur dans sa relation à l’autre, poussant certains à devenir professionnels de l’enfance abîmée.

Brins d’histoire

La première partie décrit les symptômes de ce syndrome en racontant les relations pathologiques avec sa mère au cours d’une fête de Noél. L’adulte, qu’il est, redevient pendant quelques heures l’enfant qu’il a été, réclamant la protection et l’amour que sa mère ne peut lui donner. La frustration est amplifiée par la présence de la sœur, que la mère protège, alors que son comportement la rend étrange aux autres et désincarnée à elle-même.

Autant dire tout de suite que Samuel Dock réussit par ce témoignage à nous faire ressentir de l’aversion pour cette femme qui apparaît comme égoïste, froide, instable, incapable de donner la tendresse à son fils. Du coup, comme lui, le lecteur comprend qu’endosser le rôle de L’enfant thérapeute est voué à l’échec, et que seule la fuite est possible. Mais cet immense besoin de réparation se double de la culpabilité de ne pas y être arrivé et de devoir quémander, encore et encore, l’attention dont on a manqué. Néanmoins, le narrateur comprend rapidement que la violence est au cœur des failles maternelles, même s’il n’en connaît pas la teneur

La seconde partie va renverser cette impression en présentant le journal de sa mère écrit quelques années plus tard, avec l’aide d’un soutien psychologique. Ce dernier lui permet de mettre des mots sur le vécu de sa petite enfance. Retravaillé par Samuel Dock, ce témoignage est éprouvant à découvrir tant la souffrance qui y est exprimée est indicible. Pourtant des mots sont écrits là, noir sur blanc, qui rendent compte des sévices corporels et psychologiques répétés, de la barbarie avérée, des violences d’un père devenu monstre après avoir été héros et de l’impossibilité à sa propre mère à casser cet engrenage. Dans cette partie, Samuel Dock parvient aussi à décrire le processus de résilience qui permet à l’enfant de recevoir l’amour nécessaire pour effacer les blessures de la toute petite enfance.

Lorsque les mots sont posés quelque part, on peut se parler ! Et, c’est ce que décrit Samuel Dock dans sa troisième partie. La souffrance ressentie précédemment s’estompe complètement pour permettre à la mère et son fils de devenir, ni surpuissant comme l’enfant le pensait, ni complètement « nulle », comme le croyait sa mère, mais être justes humains ! L’émotion de ces « trouvailles  » (et non « retrouvailles ») envahit le lecteur. Comme pour les personnages, le lecteur, amoureux des mots, découvre leur puissance dans ce processus de soin.

En guise de conclusion,

Ce roman n’est pas un ouvrage pour les professionnels des soins portés à l’enfant. Il a une valeur universelle dans la mesure où chacun peut vivre une situation où l’incompréhension renforce le fossé entre les êtres. De plus, il décrit le plus précisément possible la valeur du verbe pour retrouver le partage.

Je voudrais, ici, saluer le courage de l’écrivain. A la manière d’un Boris Cyrulnick, Samuel Dock explore le processus de résilience qui, doit-on le répéter, encore, permet de construire un jardin sur un tas de cendres si l’amour nourrit cette terre. En exposant son vécu, mais en lui donnant une forme romanesque, il signifie à tous que rien n’est irrémédiable et que nous avons chacun un rôle à jouer dans cet amour qui nourrit la terre.

Roman, incontestablement, tant l’écriture est puissante ! Les mots sont ciselés comme les personnages, à vifs. Le travail de recherche et de réécriture réalisé autour des témoignages est palpable. Il sert le propos avec intensité pour aider à la compréhension, mais surtout aux ressentis. Car, Samuel Dock sait réveiller en nous l’intensité de notre humanité.

La lecture de L’enfant thérapeute est inoubliable par les images qu’il révèle : l’enfant tenant la main de sa mère pour traverser la rue, seul contact d’une femme pour sa fille ! Du chien Freddy, sauveur, qui en perdit la vie. D’un livre Blanche-Neige offert par une grand-mère, sorte d’oasis dans l’enfer ! D’une sœur, comme un métal en fusion, qui ne peut que se détruire. Et, la présence si calme, si essentielle du compagnon effacé.  Pour moi, dois-je encore le préciser, un moment de lecture intense !

Remerciements

à Delphine des @EditionsPlon pour #LEnfantthérapeute de @SamuelDock

Puis quelques extraits de Samuel Dock

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Je me sens minable, captif de mon mutisme, moi qui dans chacun de mes livres fais la promotion du langage.

Tous les indices sont là, burinés en grosses lettres sur le roc de nos anecdotes, mais je refuse de les assembler.

J’ai su très tôt combien tu avais été blessée par un prédateur invisible qui s’en était pris à toi bien avant ma naissance, c’est mutilée que tu lui avais échappé.

J’ai voulu te soigner, te guérir de toutes tes pathologies bizarres parce que les docteurs n’y parvenaient pas. Ces périls ont inscrits dans mon esprit la valeur de ta vie et la hantise que tu la perdes. Je te sauverai, ce serait ma quête et ma malédiction éternelles.

Les enfants thérapeutes naissent pour échouer, aucun gamin ne serait assez robuste pour extirper son père ou sa mère de leur ancien calvaire, pour leur restituer une enfance jamais vécue.

– Tu peux subir. Mais tu peux aussi arrêter de subir

C’est sur un divan que je vous ai rencontrés, toi et papa. Sûr cet esquif j’ai traversé notre passé, depuis cette embarcation j’ai plongé, cauchemars, bizarreries exotiques, rage, j’ai vu vos visages dans l’éblouissante angoisse qui brillait au fond de l’abîme.

J’apprendrais une leçon qui ne me quitterait jamais : la violence n’est pas une personne, pas un trait de personnalité, c’est une tentation, c’est une potentialité.

Et encore, encore

Tu ne peux plus courir le risque de l’abandon, de te lier à qui que ce soit. Ce qui est lié peut s’arracher, se détacher. Personne ne pourrait jamais te rassurer, l’autre secourable est déjà perdu avant d’avoir été rencontré. Tu ne peux plus t’attacher, tu modules la distance entre l’étranger et le passé.

Je ne peux pas croire cette hérésie, moi qui essaie au quotidien d’aider les plus fragiles du mieux que je peux. J’essaie e d’aider les autres parce que je ne parviens pas à te soutenir.

Pourquoi suis-je capable d’explorer le passé de mes patients mais incapable de rendre le tien plus supportable, plus habitable ! Pourquoi ne puis-je pas me fragmenter pour toi le fils, le soignant chacun à tes côtés, le bon rôle quand il le faut ? Ce qui me consulte ne sont nullement impuissant, ses ressources que je les aide à révéler il est possède déjà point le monde dans lequel il peine à trouver un sens va bien plus mal que. Je sais que c’est également ton cas, il t’en a fallu, de la robustesse, pour tenir jusque-là, et l’environnement dans lequel tu as grandi comme tu as pu était défaillant, pas toi.

Mais ce n’était pas les faits qui importaient. Après tout, ils peuvent se résumer en quelques secondes, mais les émotions, il faut des années pour en saisir la portée.

On n’aime pas à la façon dont on a été aimé. On aime « avec » cette façon-là.

J’évapore le sang de ce diable familier, je ne garde que ton âme à toi, une aube qui s’en cesse revient.

Faudrait-il que j’écrive un livre sur toi pour me sentir moins coupable ? Coupable de quoi ? Écrire sur le chemin entre la colère et le pardon ? Écrire sur cette curieuse inversion des postures, entre l’enfant secourable et le parent vulnérable, ne serait-ce pas la reconduire ? Prétendre que j’en suis revenu ne signifie pas l’inverse ?

Je connaissais tout des états maniaques mais je constatais pour de bon , combien la superficialité, en de telles proportions, pouvait indiquer le règne de la démence.

Et encore

Écrire m’aiderait bientôt à construire des théories sur tes moments où la détestation te transfigurait, à différencier nos actes et nos pensées, à me décoller de toi, à rassembler les parties de ma personnalité que les épiphanies de ta frustration désagrégeaient. Des créatures aveugles et sourdes rampaient dans mes voûtes inconscientes, j’essayais de les rendre figurales. Elles disparaissaient à mesure que je les incrustais dans le papier. Peut-être que cette intention de retranscrire a été mon premier pas vers la psychologie, et peut-être ma première tentative de survie véritable.

Le présent fait une demande au passé : effacer ces souvenirs douloureux. Pour qu’il ne reste que de la poussière de gomme. Je n’aurais plus qu’à souffler dessus pour qu’ils s’en aillent.

Qu’il est facile de juger les mères dans un univers de pères partis!

La misère véritable, ce n’est jamais la pauvreté, c’est celle d’un cœur désert.

Les mots, l’écoute, la gentillesse, au bon moment, ils peuvent sauver. Ce sont des ronds dans l’eau, le bien peut se propager au loin. Chaque personne que nous rencontrons dans notre vie est unique et peut nous enseigner quelque chose, ne l’oublie jamais.

Mon père l’avait enfermée dans le noir, dans le grenier, « pour la calmer » plutôt que de la réconforter ou de la faire soigner. Je sais le coût de cette maltraitance.
J’ai longtemps pensé que je réagissais à la brutalité de mon père jusqu’à ce que peu à peu je saisisse que la genèse de mon engagement puisait dans la face cachée de ton histoire.
L’enfance, c’est le lieu du déchirement parce qu’on sait tout mais qu’on ne peut rien dire. On n’est pas autorisé à parler, alors on garde en soi, et c’est terrifiant.
Toi, maman, tu aimais cet homme, ce courageux.
Pas celui que la cruauté de la guerre avait rendu bourreau. Toi qui souffrais, pourquoi as-tu accepté d’être un tas d’ecchymoses ? Pourquoi l’as-tu laissé faire le mal? Pourquoi avoir caché mes blessures avant mon entrée à l’école?

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Puis le dernier
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Éditeur : Plon

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Parution : 12 janvier 2023

EAN : 9782259308045

Lecture : Janvier 2023

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9 commentaires

  1. Un sujet trop déprimant et trop proche de mon vécu pour moi, mais je suis sûre que ce livre est très intéressant. Bon dimanche

    • Je conviens que son sujet et les éléments que Samuel Dock présente, puissent être difficile, mais heureusement, une nouvelle relation entre ce fils et sa mère évolue vers beaucoup de tendresse. Bonne semaine

  2. un livre qui doit être quand même dur a lire même si, il m’attire, je ne pourrais en ce moment. Bisous bon weekend

  3. Bonjour Matatoune. Je viens justement de lire un article sur cet ouvrage dans le magazine Femina. Ta chronique me donne plus envie de le lire Bonne journée

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