
Clément Viktorovitch propose avec Logocratie une étude pointue sur l’ère du mensonge en politique. Il démontre que loin des mensonges de Jérome Cahussac sur sa fortune personnelle ou de Giscard d’Estaing sur les bijoux de Bokassa, cette dernière décennie a mis à mal le concept de réalité. Évidemment, le menteur professionnel qu’est l’actuel président des États-Unis (plus d’une vingtaine de mensonges par jour) y est pour beaucoup, puisqu’il ment en éprouvant une grande fierté à le faire. Boris Johnson et Bolsonaro ont suivi et sont devenus aussi de grands menteurs devant leur pays.
Pourtant, la France est elle-même touchée par cette propension à ne jamais reconnaître avoir eu tort. Et plutôt que de faire un mea-culpa, salvateur en démocratie, la dénonciation d’un responsable imaginaire ou l’énonciation de faits inventés sont venus couvrir l’erreur ou autre chose.
L’histoire des masques pendant la covid fut un exemple frappant. Affirmer que les masques n’étaient pas obligatoires parce qu’on ne savait pas s’en servir fut une falsification magistrale de l’impossibilité d’en fournir à toute la population en début d’épidémie. Et Clément Viktorovitch démonte ainsi plusieurs argumentaires servis pour masquer l’imprécision, le manque de vision ou peut-être simplement, le manque d’expérience.
Des exemples révélateurs
Pendant cette dernière décennie, ce phénomène devint une façon de gouverner, augmentant la défiance du plus grand nombre pour la parole politique. Actuellement, des ministres mis en examen continuent de gouverner. Un président encense un acteur accusé de viol. Une première dame détourne les fonds des pièces jaunes. C’est ce que Clément Viktorovitch appelle la Logocratie, le gouvernement par la parole.
En analysant « les mille visages du mensonge », ce docteur en politique qui refuse l’étiquette de gauche élabore les contours d’une parole politique pervertie et en définie les ravages dans le débat démocratique.
L’analyse des paroles politiques, et celle de notre président n’est pas des plus mauvaises, est assez savoureuse. C’est une sorte de revanche puérile prise par le lecteur, quelqu’un du tout-venant, qu’on a l’habitude de prendre « pour une quiche » ! Seulement, ces analyses mises bout à bout révèlent l’ampleur « des couleuvres » qu’on a avalé. La lecture devient vertige !
Seulement, le pouvoir est traversé semble-t-il par d’autres influences. Ainsi, l’analyse des mots « islamo-gauchistes », « wokisme », « décivilisation », terme repris par Renaud Clément dans son « Grand remplacement » et énoncé par le président de la République en conseil des ministres, montre combien il y a, selon Clément Viktorovitch, volonté de déstabiliser le discours politique qui s’est vidé de sens !
Clément Viktorovitch parle de Logocratie, ou littéralement, le gouvernement par la parole. On n’est pas obligé de le suivre. En tout cas, cette analyse alerte et relève les glissements de langage.
Puis quelques extraits

C’est pourquoi le mensonge représente une faute de gravité supérieure à la seule déloyauté argumentative. Il se situe au sommet de la pyramide des manipulations, car il est, par essence, indétectable pour qui n’a pas connaissance des réalités qu’il dissimule.
Trump lui, est un affabulateur pathologique, mentant sur tout : sa biographie, les résultats à son élection, ses politiques, sa richesse, ses infidélités jusqu’à son score au golf », et ce, « sans sans en avoir cure que cela puisse se savoir. »
Selon Éric Alterman
En rhétorique, le bon sens n’est jamais un bon argument. Il est ce totem que l’on brandit quand on cherche à s’abriter derrière les banalités. Ce sortilège qui dispense d’avoir à argumenter puisque, par définition, il convoque ce qui apparaît comme immédiatement convaincant. Le bon sens transforme les préjugés en évidence, les opinions en vérité, les impressions en certitude.
Dans les dîners de famille comme à la machine à café, au petit déjeuner comme lors des soirées trop arrosées, ces mots s’imposent dans nos discussions,, alimentent nos disputes, initient parfois des conflits, alors même quand plus de ne correspondent à aucune réalité documentée, ils n’ont bien souvent pas la moindre définition. C’est ainsi que nous en venons, littéralement, à parler pour ne rien dire. Et que le débat public sombre, progressivement, dans la vacuité.
Et, encore,
Comment l’exécutif a-t-il pu en venir à porter une telle estocade à une liberté aussi fondamentale que le droit de manifester ? En prétendant la protéger. Et pourquoi a-t-il pu se permettre de formuler un énoncé aussi manifestement mensonger ? Parce que la parole publique s’autorise désormais à défier sans vergogne la réalité. La postvérité accomplit ici son œuvre la plus pernicieuse : en laissant des propositions autoritaires avancées masquées sous les traits de la liberté, elle autorise des attaques frontales contre ce que l’on tenait pour inviolable.
Deux mille-conq cents blessés, trois cent quinze traumatismes crâniens, vingt-quatre yeux crevés et cinq mains arrachées, un mort. Quand elles s’achèvent, les manifestations hebdomadaires des gilets jaunes laissent derrière elles un lourd bilan, dessinant les contours d’une répression inédite dans la presse contemporaine.
Quand cède l’exigence d’assumer ce que l’on fait, on peut alors accomplir ce que l’on n’aurait jamais osé dire. Mépriser les demandes des citoyens, tout en prétendant les écouter. Ignorer les élections,, tout en prétendant les respecter, attaquer les institutions, tout en prétendant les protéger. Quand les gouvernants basculent dans la post-vérité, la souveraineté populaire elle-même finit par vaciller.
Le grand débat national
Près de dix mille réunions locales sont organisées à travers tout le territoire. Une plate-forme participative recueille près de deux millions de contributions. Vingt mille cahiers de tolérance sont remplis dans les mairies. (..) Du jamais vu sous la Cinquième république
Ici en bref




Du côté des critiques : Les Inrocks
Questions pratiques

Clément Viktorovitch – Logocratie
X : @clemovitch – Instagram : @clemovitch
Éditeur : Seuil – X : @EditionsduSeuil Instagram : @editionsduseuil – Facebook
Parution : 10 octobre 2025 – EAN : 9782021591163 – Lecture : novembre 2025

Bonjour Matatoune. Ce livre doit être édifiant et dot conforter ce que je pense des politiques. Merci pour ta chronique et bonne journée
Et, pourtant, la politique est importante. Ce sont les hommes et femmes qui la pervertissent quelque fois ! Agréable week-end à toi ! 🎁📚🎄
Voilà bien longtemps qu’on nous abreuve de mensonges et qu’on sait les reconnaître !
Ce bouquin semble passionnant, je vais le recommander…
Accumulés ces faits toujours commentés avec des mensonges donnent le tournis ! 🙏🎄🎁
manipulation par le langage, hélas. Personnellement je ne sais plus que croire, entre les couleuvres avalées sur les réseaux ou dans quasi tous les medias… le résultat ? je vais croire au père noël.
🤣, pas sûre que lui non plus ne soit pas un beau et vrai mensonge 🤣
Un livre qui doit être passionnant. Je suis sûre que c’est pareil ici. Bonne semaine.
Je ne saurais te dire. Mais, j’ai quand même l’impression que c’est plus sérieux avec vos fédérations ! Excellente continuation 🎁🎄📅🙏
Bonjour Matatoune, j’apprécie beaucoup cet article et les extraits choisis, surtout celui sur le « bon sens » qui est très pertinent ! C’est vrai que la manière de traiter les gilets jaunes a été ignoble et digne d’une dictature. Merci 🙏 Bonne journée à toi 🍂🌞🌷🍀⛅️🤩
Les exemples s’enchaînent et ça devient particulièrement dérangeant tant ça ressemble à un système de gouvernance ! Merci de ton retour. Excellente continuation 🙏🎁🎄🌞📚