Alexandre Courban – Place de la Victoire, 1936

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Place de la Victoire,1936, continue l’étude historique dans les polars d’Alexandre Courban autour de la décennie 30 du XXᵉ siècle, en France. Pas d’inquiétude, chaque tome peut se découvrir sans lire les précédents !

Ce troisième opus s’ouvre sur le récit de la journée du dimanche 24 mai 1936. Camille, la photographe amateur, et Gabriel Funel, le journaliste, couvrent pour le journal L’Humanité la manifestation. Celle-ci célèbre au Père-Lachaise, devant le mur des Fédérés, l’avènement de la gauche au pouvoir avec Léon Blum à la présidence du Conseil.

Sept jours plus tard, le lundi de Pentecôte, jour férié, un cadavre est retrouvé dans la plus grande usine de construction automobile du monde, la Doyenne. Le commissaire du quartier de la Gare, Bornec, est chargé de l’enquête. Le gardien de l’usine gît dans une rue intérieure. Sur son torse, une « Tour Eiffel, indigo de huit centimètres de haut dominait la composition« . Le policier profite de l’ambiance générale pour statuer entre l’accident et l’agression.

Une enquête en pleine effervescence de grèves

Avant la prise de fonctions du nouveau ministère, partis et syndicats continuent la mobilisation ouvrière en imposant la grève dans chaque usine. Un climat général qui inquiète très lourdement les assoiffés « d’ordre et de justice« .

L’enquête s’annonce difficile surtout que la police à l’usine, même d’investigation, n’est pas la bienvenue. En plus, Bornec a une pression très forte de son patron, pour ne pas, pour cette nouvelle enquête, faire cavalier seul. Est-ce que son collègue sera à la hauteur ?

Seule Camille peut entrer dans l’usine en sa qualité de fille de Marthe, connue de tous.
Seulement, l’ambiance n’est pas qu’à la fête. Les groupes d’extrême droite ne s’empêchent pas de recourir à la violence pour éviter que la France ne devienne « rouge, comme en Russie« .

Bornec est un flic esseulé au cœur sec depuis le décès de sa jeune femme. Seules ses fleurs sont capables de lui procurer encore de grandes joies. Pas de longueur dans cette intrigue, un format court qui tient en haleine, bref un roman policier réussi.

Enquête atmosphérique !

Ce roman est certes une enquête policière, mais c’est aussi une atmosphère qui ravit. Cette exaltation des jours où enfin ceux qui, harassés de fatigue par leur travail, ont compris qu’il pouvait rêver. Qu’imaginer un monde différent était possible ! Les chaînes d’usine épuisent et font vieillir trop vite. Malgré tout, l’espoir s’entretient avec solidarité et courage. Parce que même si les conditions sont réunies par le gouvernement, tous les patrons et les chefs ne comprennent pas que les rapports changent.

Alexandre Courban reprend dans son polar les faits historiques et les mouline pour que, sans s’en apercevoir, le fil de la grande Histoire s’y déroule. Seulement, celle-ci n’est pas celle des puissants mais concerne le mouvement ouvrier, ses aspirations et ses engagements. Le lecteur ne fait pas connaissance de Blum, ni de Mauras non plus. À peine, aperçoit-il Salengro, nouveau ministre de l’Intérieur. Mais, il voit arriver Pétain, qui souhaite le retour d’une droite très dure.

Des personnages authentiques

Les personnages d’Alexandre Courban racontent l’Histoire du 24 mai au 30 juin 1936, à partir des usines. « Faisons plutôt provision de bonne humeur« , propose François Pardonnet, militant de la Configuration Française des Travailleurs Chrétiens, pour conjurer les sept années de misère que viennent de subir les ouvriers et décrire le climat de joie qu’ils connaissent. Mais, il y a aussi Octave Cousin, chef du personnel à la Doyenne qui aurait plutôt les idées brunes, très brunes.

Son directeur technique, Lucien Renut, malgré sa passion pour les voitures, ne refuse jamais rien à sa magnifique épouse. Le curé de Notre-Dame de la Gare est engagé parce que « l’Église devait détromper ceux qui se trompaient, et non pas les excommunier« . Et la belle et ronde Hortense rêve de « camarader avec chacune des nommées au gouvernement du Front populaire.« 

Le lecteur y rencontrera une princesse Polignac, un chien Mascotte, la colonie pénitentiaire pour enfants de Belle-Île-en-Mer et même un bourgeois qui refusent la réalité. Bref, une enquête policière historique, romancée, issue d’un véritable article de Gabriel Funel, paru dans le journal L’Humanité le 1ᵉʳ juillet 1936, reproduit à la fin du roman. Enfin, j’y est cru…

C’est bien, et surtout ça fait du bien ! Même si, nous, nous connaissons la suite de l’Histoire. Alors, l’attente des prochains va être longue, car les tomes de 1937 et 1938 s’annoncent déjà !

En quelques mots

Place de la Victoire, 1936 ne clôt pas l’étude historique d’Alexandre Courban. En pleine victoire du Front populaire et vague de grèves, le commissaire Bornec enquête sur la mort suspecte d’un gardien d’usine. Entre tensions politiques, espoirs ouvriers et menaces d’extrême droite, ce polar historique mêle intrigue efficace et immersion sociale vibrante.

Remerciements

Aux éditions Agullo qui m’ont permis de gagner le concours sur Instagram, pour fêter leurs #10 ans.

Puis quelques extraits

— On n’a pas seulement fait reculer le fascisme et la guerre, disait l’un, on va vers le point de l’histoire où l’humanité fera elle-même son bonheur.

ll avait encore en mémoire ce télégramme envoyé par Moscou à Paris tançant les velléités ministérielles de Maurice Thorez. « Secrétariat du Comité Exécutif Internationale l’Internationale communiste inquiet à cause tendance grandissante dans parti en faveur participation communiste dans gouvernement front populaire. La situation n’est pas mûre pour formation d’un tel gouvernement. II n’y a pas encore dans paypays la situation et conditions prévues par VIl congrès pour formation du gouvernement du Front populaire.« 

-« On achète bien la mort à crédit. » ,débitait-il à haute voix.

Quand un gamin jouait aux billes, il était face à trois possibilités : pichenette, pointage ou calage. Bornec était dans la même situation quand il se trouvait devant un cadavre : accident, homicide ou suicide.

Certains avaient quitté ensemble leur village natal ou un bourg d’adoption pour s’installer à Paris. D’autres s’y étaient rencontrés. Quelques-uns arrivaient d’un ailleurs encore plus lointain. Ceux qui venaient de Pologne, de Roumanie ou de Russie avaient traversé l’Europe entière pour fuir l’antisémitisme. Ceux qui avaient embarqué depuis un port d’Algérie pour rejoindre la métropole coloniale comptaient d’abord tourner le dos à la pauvreté pour les uns, ou échapper à l’antijudaïsme des Arabes ou des Européens pour les autres, et parfois même les deux pour quelques-uns.

Et, encore,

Bornec poursuivit sa lecture du document. Il s’étonna de découvrir la formule « faits aux passifs de l’ouvrier ». La libéralité du directeur technique de l’usine a des limites. Cette partie permettait à la hiérarchie de la Doyenne d’enregistrer les amendes ou les sanctions. Partant de là, il était facile d’imaginer d’autres observations, portant sur la vie des ouvriers – boit, bat sa femme – ou sur leur attitude politique – assiste aux réunions du syndicat.

Son père avait choisi de quitter Mulhouse après la défaite de 1870. Il était mort avant le retour de l’Alsace-Moselle à la France. Cette plaie – large et profonde comme le Rhin – ne s’était jamais refermée. Le fils en portait le stigmate indélébile. Plutôt que le pays de sa naissance ou la maison de son enfance, il avait choisi le royaume de Dieu.

Le mouvement s’était déclenché la veille sans qu’on sache exactement comment. II se murmurait avenue d’Ivry une série d’histoires à ce sujet. Enfermé dans sa cage vitrée, un contremaître aurait menacé dans la matinée de renvoyer une vieille ouvrière de la sellerie pour cadence insuffisante. L’homme en blouse blanche aurait ensuíte semoncé la belle et ronde Hortense de rester à son poste de travail, oubliant qu’elle était devenue déléguée d’atelier. En quelques minutes, tout le monde avait déserté le hangar, refusant d’obéir une minute de plus à ce sous-officier de l’armée du travail.

Ici en bref

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Pour aller plus loin

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Rue de l’Espérance, 1935

Questions pratiques

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Éditeur : Agullo Éditions– X : @Agullo_Ed-Instagram : @agulloeditionsFacebook

Parution : 5 mars 2026 – EAN :  9782382461556 – Lecture en février 2026

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12 commentaires

    • Oui, c’est une série sérieuse et documentée et celui-ci cumule une belle intrigue en plus !

    • Excellente idée même si la série peut se découvrir comme on en a envie ! C’est celui que j’ai préféré !

    • Oui je te le recommande ! Il devrait te plaire, celui-là ! Bon week-end 🙏 📚 ✍️

  1. Bonjour Matatoune, une très belle période historique qui a malheureusement débouché sur des horreurs. À cette époque, on se souciait de la justice sociale… Merci 🙏 Bonne journée à toi 🌞🌱🌷🍀📚✨️

    • De cette trilogie, je trouve que ce dernier est très réussi ! À la fois l’enquête et l’ambiance y sont travaillés avec intensité. Et en plus, comme tu le dis, c’est une période où l’espoir était très vif et vivifiant ! Excellent week-end à venir 🌞🤣🌳🌼

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