
Mel Bonis est une pianiste et compositrice de la Belle époque à qui Alissa Wenz donne une envergure romancée dans son roman Le désir dans la cage. C’est d’une inconnue qu’elle se saisit, elle-même compositrice et interprète, oubliée dans les oubliettes d’une société patriarcale, corsetée et sexiste.
Mel Bonis (1858 -1937), de son nom d’artiste, pour effacer son vrai prénom Mélanie, a composé plus de deux cents œuvres. Contemporaine de Gabriel Fauré, son professeur, Debussy et César Franck, étudiants comme elle, elle est parfaitement invisible aujourd’hui. Sauf qu’Alissa Wenz, avec les efforts de la petite fille de Mélanie, Christine Géliot, en créant l’Association Mel Bonis, a décidé de la sortir de l’oubli en imaginant sa vie. Le roman commence au décès de la sœur de Mélanie, alors âgé de 6 ans, dans une famille modeste.
En employant le tutoiement, créant une relation directe avec son personnage, Alissa Wenz accentue la proximité et s’attache à décrire le ressenti de la femme musicienne de la seconde moitié du XIXe siècle aux prémices de la seconde guerre mondiale.
Outre toutes les informations sur ses œuvres et son processus de création, c’est son ressenti que la romancière arrive à décrire. Dans une société où une femme doit obéir au carcan sociétal, Mélanie Bonis trouve, malgré tout, son espace de liberté et l’expression de son désir pour créer.
Le lecteur est placé au cœur de ses réflexions et de ses tergiversations entre l’acceptation de sa condition et ses tentatives pour assumer et assouvir ses envies et désirs dans la haute bourgeoisie d’affaires de l’époque.
Autobiographie féministe
Le désir dans la cage montre parfaitement les hésitations et les conflits d’influence qu’elle a dû résoudre pour satisfaire son besoin de création, s’affirmer comme femme talentueuse dans un milieu artistique essentiellement masculin, répondant à un ordre sociétal immuable. La première guerre mondiale commence à fissurer l’ordre établi. Néanmoins, au virage des années folles, Mélanie Bonis était trop âgée. Déjà grand-mère, elle n’a pu bénéficier de leur vent de folie.
La passion amoureuse avec Amédée-Louis Hettich, poète chanteur, est le fil rouge de cette biographie romancée. Alissa Wenz a su donner à son héroïne une dimension intime, et même sexuelle, qui renforce la connaissance de la condition féminine dans la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle.
La pratique de la religion tient une place importante dans la vie de Mélanie Bonie épouse Dommage. Élément indispensable du dispositif sociétal, Alissa Wenz le développe comme un soutien moral et efficace pour contraindre les corps et les sentiments.
La romancière a su illustrer son roman d’éléments de connaissance musicale suffisamment précis sans en faire une analyse comme dans un essai privilégiant la structure du roman.
Un roman autobiographique sur une musicienne que l’histoire à complètement invisibiliser ! À découvrir !
Remerciements
Aux Éditions Les Avrils et #netgalleyfrance
Puis quelques extraits

Tout est resté de cette mort, les images, les sensations. Le silence, surtout, le silence qui avait gagné.
Le silence, qui est revenu.
À nouveau, le scandale de la mort te fige.
Tu feuillettes les programmes, tu arpentes tes étagères, tu rouvres tes partitions. Tu lis et relis ces mots que tu connais si bien. Des hommes. Un métier d’hommes. Un talent d’hommes.
Tu sais que les femmes ne sont pas prises au sérieux, tu mesures la prodigieuse exception qui t’a ouvert les portes de la classe de composition, Tu redoutes les sarcasmes comme l’indifférence. Tu veux que ton travail soit estimé pour ce qu’il est, et tu formes donc le vœu, en toute logique, que l’on te prenne pour un homme. Tu proposes Mell. Un prénom tranchant, conquérant, trois lettres posez-la. Un prénom d’homme.
Le temps passe, puisque c’est tout ce qu’il sait faire.
Si c’est une guerre déclarée aux femmes, tu n’as rien à offrir au monde des hommes.
Si cet assassinat est mérité, il ne te reste qu’à te taire.
Tu t’enfermes dans le salon de la rue de Monceau, et tu ne parles qu’à ton piano. Tu n’as besoin que de lui pour te consoler.
Il y a les touches qui se précipitent sous tes doigts, bien sûr, il y a ton agilité, mais il y a aussi, surtout ta ferveur, qui lui aspire comme un étourdissement. Ta façon de faire corps avec l’instrument, de te pencher sur lui, de le couver. Ta façon dont tu respires avec les bras, les poignets, le dos, la façon dont ton souffle épouse la musique.
Ici en bref




Questions pratiques

Alissa Wenz – Le désir en cage
Rentrée littéraire 2025
Instagram : @alissa.wenz
Éditeur: Les Avrils– X : @LesAvrils Instagram : @lesavrils –Facebook
Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782383110408 – Lecture : Juillet 2025

[…] Les critiquesBabelio CitaZine (Isabelle Mercier) Blog Vagabondage autour de soi […]
Bonjour Matatoune. Pas sûr que je lise cette biographie romancée, malgré ta belle chronique, avec tous les livres qui m’attendent. Bonne journée
Je comprends. Moi, j’ai aimé ce portrait de femme déterminée mais ne cassant pas les codes sociaux du moment. Au contraire, elle les utilise à ses fins ! Difficile d’être une créatrice musicienne à son époque !
Excellente continuation ⛵️🏖📚
Très tentant.
Oui une musicienne que je ne connaissais pas du tout et que j’ai eu plaisir en plus à écouter !
Merci de ce partage, je ne connaissais pas du tout cette musicienne. Bonne journée
Moi non plus . À l’écoute, composition classique qui a son charme ! Bonne continuation 🏖📚📷
merci pour cette découverte. les livres de cet éditeur sont à découvrir, tellement aimé « la petite bonne » !
Quel succès, cette petite bonne n’arrête pas de faire parler d’elle !