Stéphanie Perez – Le Berger d’Alep ou Sauver son humanité en sauvant un animal ?

vagabondageautourdesoi.com Stéphanie Perez - Le Berger d'Alep -

Que Stéphanie Perez sait bien nous émouvoir en nous plongeant au cœur de notre actualité ! Grand reporter à France Télévisions, elle rend compte de ces foyers de guerre qui nous inquiètent tant. Elle s’efface derrière ses sujets, toujours sensibles et documentés, 
Certainement comme son héroïne Maya, écrire lui permet d’évacuer le trop-plein de stress, d’inquiétudes et de malheur qu’elle rencontre sur sa route. Le Berger d’Alep, « au nom d’épices« , raconte une histoire d’humanité qui permet de croire encore que cette bonté-là est toujours actuelle, malgré les bombes qui pleuvent actuellement.

Stéphanie Perez s’est inspirée de l’histoire de « l’homme aux chats aux alentours d’Alep« , qui s’était répandue sur les réseaux et aux journaux télévisés. Elle l’a romancée pour nous présenter Le Berger d’Alep, un chien dont la race n’est pas précisée.

Avec l’affection du chien Zaatar, pour son nouveau maître, Ellias, Stéphanie Perez nous plonge dans l’enfer d’Alep, en Syrie, de janvier 2016 à février 2023. Ils nous la font visiter à hauteur du Berger, ce jeune chien abandonné et traumatisé qui sait si bien consoler. « En Syrie, les chiens s’étaient pour les bergers, pour garder les troupeaux, pour aboyer la nuit contre les intrus, rien de plus. » Pour Ellias, et d’autres, il deviendra l’ami, le confident, celui qui ramène vers la vie. 

Tous les mois de la période, à travers la vie de leur immeuble, Stéphanie Perez décrit le quotidien de la guerre, la peur des bombes mais également l’espoir qui renaît avec la confiance et le don que sait faire un animal qui aime les hommes.

Et si sauver un animal permettait de sauver son humanité au cœur de la guerre ?

La vie sous les bombes est racontée par mille détails vécus. Le quotidien ne s’efface pas pendant un conflit : la difficulté du vivre-ensemble, l’islamisme radical, la compromission face à la peur, l’homophobie, la répression autoritaire, la violence conjugale.

À travers ces bulles de vie, d’insouciance et de joie que chacun retrouve un peu, Stéphanie Perez nous montre la guerre dans sa vérité crue et ses espoirs improbables mais qui permettent de dépasser la souffrance.

Ce roman est exceptionnel. En racontant la vie comme elle va, Stéphanie Perez y ajoute ses réflexions et son analyse des rapports humains et des situations de vie. Mais, surtout, à partir de cette histoire de don, que fait un animal aux hommes qui savent le choyer, la journaliste décrit l’importance du lien pour lutter contre la peur de la guerre, mais également contre les impacts de violence d’un régime et d’un mari autoritaires. Le Berger d’Alep rappelle que seule notre humanité permet de survivre aux épreuves. Il le dit de bien belles façons, simplement et compréhensible par tous. Vraiment, une superbe réussite !

Pourquoi le lire…

Grand reporter à France Télévisions, Stéphanie Perez s’inspire de l’histoire de l’homme aux chats d’Alep pour écrire Le Berger d’Alep. À travers le chien Zaatar et son maître Ellias, elle raconte la guerre syrienne, la vie sous les bombes et la violence du régime, tout en montrant comment le lien avec un animal ravive vie et espoir.

Puis quelques extraits

Mais, dans la guerre, l’absurde était devenu la règle.

Seul, le claquement bref d’armes automatiques, derrière les immeubles, trouait le silence. Était-ce là, la frontière invisible entre le courage et la folie – sortir, braver les contrôles, risquer sa vie pour un animal de compagnie dont il ignorait tout. Il pensa à son père, à cette phrase qu’il disait souvent: « Dans ce pays, aimer, c’est prendre des risques. »

C’était pour ces instants-là qu’il avait toujours refusé de quitter Alep. Sauver un animal, c’était sauver son humanité, refusait de céder à la barbarie.

À vingt ans, les interdits ne pèsent pas lourd face aux rêves.

Ainsi IL avait gagné. Le dictateur. Pas seulement dans les rues qu’Il avait vidées de leurs slogans. Pas seulement parce que SES matraques avaient remplacé leurs pancartes. IL l’emportait sur eux, ceux qui avaient tenté de résister, IL l’emportait sur leurs corps, leurs cours. IL les poussait à partir, les dépouillait de leur volonté, les arrachait à ce quils étaient. IL les expédiait vers une mort probable ou vers cet exil qui ne sauve personne, qui efface juste.

La guerre était une compagne au caractère changeant, il l’avait appris malgré lui. Elle ne lâche jamais ses proies. Autour d’eux, la rue entière se recroquevillait au sol comme un seul corps. Visages plaqués contre les pavés, sacs et chaussures abandonnés. Des rats pris au piège dans la souricière d’Alep. L’odeur âcre de la poudre avait remplacé celle du pain chaud.

Comment le monde pouvait-il accepter que le sang irrigue les eaux grises de l’exil ? Que la mer elle-même devienne un cimetière ?

Et, encore,

Ceux qui ne connaissent pas le bruit des bombes,ignorent le soulagement que procure leur silence.

Elle s’adressait au chien et, étrangement, elle était gagnée par la paix. Quand on parle aux animaux, on se parle à soi-même, sans détour, sans mensonge possible.

– Il n’a pas pris de place, et il s’est juste glissé là où le vide était trop grand.

Les disparitions forcées étaient l’une des armes préférées du dictateur. Autour de lui, une armée de fonctionnaires corrompus profitait de la faiblesse du peuple aux abois. La machine était implacable. Elle sentit une vague de colère la submerger. Elle maudit le régime, les mots sortaient comme des crachats. Chaque syllabe brûlait. Un régime qui vole les pauvres, se nourrit de la peur, transforme les mères en proies faciles. Un régime qui connaît le prix exact du désespoir, le marchande, le laisse prospérer. Un régime qui n’a même plus besoin de mentir: le silence suffit.

À quel moment la compassion avait-elle basculé dans l’indifférence.

Et, encore, encore,

Comment résumer ce chaos en deux minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?

Il avait reconnu ce poison distillé par les hommes en noir. La foi comme refuge. La foi devenue prison avec ses concepts d’un autre temps, le pur et l’impur, le licite et l’interdit. Il n’en avait vu d’autres glisser ainsi, humiliés par le déclassement. Il savait que lutter contre la haine de soi était une guerre presque perdue d’avance.

Ce que le dictateur ne supportait pas, c’étaient les angles morts. Ces minuscules poches de vie qui échappent à sa surveillance. Ce qui n’était pas contrôlé, devait être écrasé, comme le reste.

Certaines rencontres ne commencent pas le jour où elles ont lieu, mais bien avant, dans une suite de détours et de hasards; et certaines existences se réparent par ricochet, dans les failles laissées par les autres, là où personne ne pensait qu’une lumière pouvait encore se frayer un passage.

Ici en bref

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est a-noter.webp.

Pour aller plus loin

Le gardien de TéhéranLa ballerine de Kiev

Questions pratiques

vagabondageautourdesoi.com Stéphanie Perez - Le Berger d'Alep -

Stéphanie Perez – Le Berger d’Alep

#rlhiver2026

Éditeur : Récamier – X : @Ed_Recamier- Instagram :@editionsrécamier – Facebook

Parution : 12 mars 2026 – EAN : 9782385772062 – Lecture en mars 2026

Mes lectures incontournables de 2026

Mes incontournables littéraires

Actualités

Cet article vous intéresse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

avatar d’auteur/autrice
vagabondageautourdesoi
Lire - Visite - Voyage - Vagabondage durant mon temps libre !

16 commentaires

  1. Je vais le lire la semaine prochaine. En te lisant, je pressens que ce livre va me marquer aussi fortement que les précédents livres de l’auteure.

    • Oui, je l’ai trouvé à la bonne mesure sur un sujet de si grande actualité ! Et encore d’autres peuples sous les bombes ! Le monde va très mal ! 🙏

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.