La petite bonne : un roman poignant de Bérénice Pichat

Rentrée littéraire 2024

Huis clos social et historique complètement sidérant de justesse

vagabondageautourdesoi.com - Bérénice Pichat - La petite bonne -

La petite bonne de Bérénice Pichat est un fabuleux roman, véritable découverte de cette rentrée littéraire. Une bonne, rien qu’une simple boniche, va rendre la vie à un homme qui ne songe, depuis plus d’un an, qu’à mourir. De son handicap social, la servante découvre le pouvoir des arts, les mots, bien sûr, mais aussi celui de la musique. Seulement le destin ne déclare pas si facilement forfait…

La petite bonne n’a pas de mot et parle peu. Elle commence à raconter avec un style dépouillé, comme un poème presque chanté, en vers libre. Celle-ci est une femme de rien qui apporte l’espoir à un blessé de la guerre de 14-18, lourdement handicapé, pendant un week-end où Madame s’absente exceptionnellement.

Dans ce troisième roman de Bérénice Pichat, les classes sociales sont bien marquées dans les différentes maisons bourgeoises où La petite bonne nettoie, son seau rempli des accessoires indispensables pour laver et cirer même si chez les Daniel, cela n’est pas pareil !

La maison des Daniel est baignée dans l’obscurité de la vie renfermée autour d’un homme, coincé dans son corps immobile et inefficace pour tout, et celle de sa femme qui a accepté de se laisser emprisonner pour ne pas le laisser tomber. Avant, c’était un pianiste, talentueux, généreux dans ses interprétations,  » mystérieux, inaccessible », et tellement séduisant.

La bataille de la Somme.

Un chirurgien fier des chefs-d’œuvre qu’il a réalisés. Et l’homme respire, mange, regarde et parle, immobile et dépendant à jamais. La petite bonne est la seule que sa classe sociale oblige à ne porter aucun nom, ni même un prénom, interchangeable sans empathie. Pourtant, elle devient indispensable à l’accomplissement de la volonté de Monsieur Daniel.

L’autre voix est celle d’Alexandrie, Madame, qui accepte la prison dorée dans laquelle elle s’enferme depuis vingt ans. Ample et dégagé, le style se fait plus fouillé à mesure qu’elle peut de nouveau respirer l’air de ses envies de liberté. Une autre voix dévoile les pensées de Blaise, Monsieur, qualifié ainsi alors qu’il n’est plus rien. Ce n’est qu’à la fin que le lecteur découvrira qui se cache derrière la quatrième voix, celle qui s’écrit à gauche !

Tragédie en huis clos

Pendant un week-end, ce huis clos annonce une tragédie, et pas seulement au niveau du corps mutilé. Car, ici, les corps sont tous contraints, soit par le travail, soit par la violence physique ou la sensualité oubliée. Mais au-delà, l’esprit de chacun apprivoise l’autre.

Bérénice Pichat donne consistance à son intrigue autour de l’obéissance d’une domestique, du suicide assisté et de l’émancipation des femmes. Seulement sa réussite réside dans la justesse de ces portraits, particulièrement réussis et attachants où aucun pathos n’est présent. Le dilemme est posé, aux personnages d’y répondre selon leurs histoires.

Formidable roman, éclairant cette rentrée littéraire de la lumière puissante de l’histoire, traitée par Bérénice Pichat d’une façon si singulière qu’elle raisonne fortement aujourd’hui.

Puis quelques extraits

Aucun maître ne s’était déplacé
Qui irait aux funérailles d’une boniche
sinon une autre boniche

Goutte à goutte
la soupe perle
sur son menton
tâche la serviette
en vertes auréoles
projections
traces
de la souffrance
de l’humiliation quotidienne.

Mais une fois installé, Blaise avait découvert la peine aiguë de la honte. Il avait tout perdu. Son autonomie, son corps et sa capacité à faire rêver en jouant du piano. De son ancien lii, il ne restait plus qu’elle. Elle pour le raccrocher au réel. Elle et son angoisse toute légitime : comment se montrer à la hauteur de ce pari intenable ? Alors Blaise avait fait semblant, comment faire autrement.

Sans nous
ils seraient perdus
nous
affamés
Nous veillons sur leurs jeux
comme des parents sur des enfants
Ils voudraient croire qu’ils sont grands
Ne leur montrent pas
à quel point nous leur sommes nécessaires
Ça les vexerait
terriblement
Contente-toi de savourer
ces moments où tu sais que c’est toi
qui les nourrit
qui les réchauffe
qui les habille

Sa blessure à elle est invisible
Elle a parfois si mal si mal
malgré le temps qui passe
qui apaise
Tu parles

Encore,

Les choses dégoûtantes pour les autres
elle en voit trop
depuis toujours
C’est justement son métier
de les rendre présentables
ces choses répugnantes pour les autres
de les arranger
de les frotter
de les rendre brillantes
belles à nouveau
Elle relève ses manches
il va voir ce que leur fait
aux choses dégoûtantes

Elle n’existe pas longtemps
la pudeur quand on ne peut pas se laver
ni s’essuyer tout seul
C’est un mot lointain
un mot étrange
qu’on n’utilise plus
il a eu du sens
autrefois
On se rappelle avec un pincement
puis on oublie aussitôt
La pudeur a disparu
superflue

Ici en bref

vagabondageautourdesoi.com - Bérénice Pichat - La petite bonne -
Incipit
vagabondageautourdesoi.com - Bérénice Pichat - La petite bonne -
Un extrait
vagabondageautourdesoi.com - Bérénice Pichat - La petite bonne -
Puis le dernier

Du côté des critiques

Libération

Du côté des blogs

Joëlle Books Lilylit

Questions pratiques

vagabondageautourdesoi.com - Bérénice Pichat - La petite bonne -

Bérénice Pichat – La petite bonne

Éditeur: Les Avrils

X : @LesAvrils Instagram : @lesavrils

Facebook

Parution : 28 août 2024

EAN : 9782246831372

Lecture : Septembre 2024

Mes lectures 2024

Littérature générale

Chroniques littéraires

Cet article vous intéresse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

avatar d’auteur/autrice
vagabondageautourdesoi
Lire - Visite - Voyage - Vagabondage durant mon temps libre !

18 commentaires

  1. Tellement ravie ! C’est un énorme succès de librairie très mérité. Merci de venir ici parler de vos impressions 🙏🍒🏖📚

  2. Merveilleux roman bouleversant d’humanité. L’écriture en vers libres et en prose est originale et indique bien le point de vue adopté : celui de la bonne, de Madame ou de Monsieur.
    La « rencontre » de Blaise et de la bonne est très inattendue, très émouvante. Et il y a un suspense réel jusqu’à la toute fin du roman. J’ai adoré !

  3. […] Si mes bafouilles ne vous suffisent pas comme invitation jetez un regard sur l’article de vagabondageautourdesoi (Un roman poignant/Huis clos social et historique complètement sidérant de … ou sur celui également élogieux et captivé par le requiem de la part de […]

    • Les vers libres peuvent, tu as raison, un peu te rebuter, toi qui n’aime pas la poésie. Néanmoins, c’est un récit étonnant et sensible que je recommande !
      Bonne journée 😉

    • Je pense qu’il devrait te plaire. Elle le présente mercredi à la Grande Librairie…

    • Moi aussi et avec quel style. Vraiment un très grand coup de cœur avec cette découverte !

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.