Arnaud Rozan – Mémoires…

                          … de Maisons blanches

RENTRÉE LITTÉRAIRE HIVER 2023

vagabondageautourdesoi.com - Arnaud Rozan - Poème, fresque historique, conte et roman, la seconde histoire d’Arnaud Rozan est tout à la fois ! Du Ghana à Washington DC, Mémoires de Maisons blanches pose le problème de la nécessaire reconnaissance du préjudice subi au cours des siècles par la population Afro-américaine.

Par touches successives, associées à des œuvres d’art diverses et particulièrement variées, Arnaud Rozan questionne l’Histoire américaine avec les Africains, devenus avec l’esclavage, Américains, en associant Joe Biden au moment de son investiture à une figure du folklore Africain. En effet, ce dernier, héros culturel, est censé capter la sagesse de l’Histoire avec sa calebasse. Appelé par ceux qui souffrent, Anansi partage son savoir même si son apparence prend des formes surprenantes.

Brins d’histoire

En remontant Pensylvania Avenue, Joe Biden, bientôt vieux roi fatigué, songe à la promesse faite à son fils, Beau. Alors, il voit apparaître Anansi, invisible aux autres, déesse invoquée pour sauver les âmes en peine, déguisée alors en clocharde, montrant une calebasse fendue avec un crabe bleu en son milieu. Est-ce que le vieux roi saura partager le message de la divinité qui porte le souvenir de tous ceux qui ont souffert pour bâtir le pays ? Lui qui connaît la souffrance de perdre un enfant !

Au fil d’un récit qui s’éclaire peu à peu, Arnaud Rozan présente ses Maisons Blanches, sortes de lieux de mémoire inexploités du pays.

J’en ai retenu quelques-unes. Il y a le Marais de Fort Prinzensyein avec sa citadelle blanche au pied de l’océan où des enfants deviennent esclaves pour démêler les filets et ramener plus de poissons.

Par ailleurs, Biden ne consomme que des filets de tilapia nappés de citron, d’huile d’olive et de cinq grains de sel. Car, il a horreur du poisson ! Néanmoins son cuisinier se doit d’avoir toujours prêt ces filets, pêchés dans des eaux très chaudes, accommodés de cette unique façon. Évidence, et pourtant nul n’y fait référence !

D’autres liens illustrent cette filiation entre le monde nouveau, avec son roi trop âgé, avec les enfants perdus du continent d’en face.

D’autres Maisons blanches apparaissent au fil des pages comme ce port d’Alexandria et son marché, le plus grand des Etats-Unis. Mais il y a aussi la construction de la véritable Maison Blanche, le Phare de Jones Point et même le Lafayette Square où aucune statue ne rappelle le marché qui s’y trouvait au début du XIXe siècle.

Que dire du Willard Hotel, situé sur Pensylvannia Avenue, à deux pas de la vraie Maison Blanche, qui est le lieu où Martin Luther King a rédigé son fameux discours. Il a hébergé nombre de futurs présidents pour leur dernière nuit de citoyen ordinaire. ..

Comme ce conte magnifique le démontre,

Les lieux ont une histoire que l’Histoire de l’Amérique ne retient pas. Pourtant tous les liens s’emmêlent pour former une pelote que plus personne ne file ! Pas assumés, pas revendiqués, ces endroits ne cessent de cogner leurs significations dans les mémoires, demandant reconnaissance pour, enfin, dépasser les traumatismes vécus ! Comme rien n’est dit, ils hantent chacun d’une manière, ou par son contraire, sans que la spirale ne puisse s’arrêter.

La première démocratie du monde peine à assumer son Histoire colonialiste et impérialiste. Et pourtant, cette dernière la constitue pleinement, autant pour les Afro-Américains que pour les Amérindiens. Arnaud Rozan nous le rappelle sous la forme d’un conte des temps modernes où la poésie est omniprésente et recouvre chaque situation décrite.

Arnaud Rozan a l’art des descriptions tricotées avec talent. Lire son texte c’est aussi accepter de se laisser bercer par un univers où les formes littéraires se mélangent, où le sens du récit joue à cache-cache avec le déroulement ordinaire, où la compréhension prend des chemins escarpés.

Il faut accepter de s’y perdre, de lâcher prise, pour se laisser embarquer dans un récit qui n’a rien de linéaire. En recherchant le sens d’un mot, sa portée se déploie. Et, la description d’un lieu, ailleurs, permet de retrouver le lien avec le récit.

Mémoires de Maisons blanches est un récit atypique ! J’y ai appris énormément de choses mais aussi appréhendé la souffrance des esclaves, la terreur des « enfants poissons » ainsi qu’une partie de l’histoire du 46e Président des Etats-Unis. Mais, ce sont les chemins déployés par Arnaud Rozan qui m’ont le plus fascinée dans cette complainte moderne du vieux roi et de la déesse bienveillante. Coup de cœur !

Remerciements

Merci à Charlotte des @editionsplon pour #MémoiresdeMaisonsblanches de @arn.rozan

Puis quelques extraits

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Quant à son père…
Le manque de ce qui manquait déjà ne peut l’atteindre.
Les brûlures sont venues d’un autre cercle de douleur.

C’est Rosa qui siégeait à l’intérieur de son crâne, elle serait l’hippocampe, cette virgule du cerveau où s’isole le souvenir.

Jamais de refus, toujours une ouverture vers quelque chose, avec de l’empathie et de l’élégance, deux principes que la plume de Rosa manie désormais en virtuose.

Une chambre d’hôpital est à la croisée du temps, la naissance et la mort se rencontrent, se superposent parfois, dans cette maison blanche.

Enivrés des fleurs de l’insouciance, les chants explosaient de cette ardeur qu’avive l’espoir.

Le temps:
La mer vous a séparés,
mais elle est une avec le ciel et la terre,
la toile d’Anansi se tiendra un jour.

Et encore,

Tôt ou tard les deux parties se rejoindraient. L’histoire éclatait mais ses débris se ramasseraient un jour, et elle se relirait.

Entière.

La déesse Anansi veillait sur les récits, ceux que les légendes oublient.

Au bas du Fort, plaie ouverte entre la terre et la mer, une longue file d’hommes au visage creusé par le malheur s’écoulait d’une entaille dans la falaise jusqu’à une flottille de négriers. Elle se préparait à fendre une marée de morceaux de bois blanchis de sel dansant sur l’eau. Au bord, la mer s’assombrissait, tourbillonnant, et au loin elle s’étirait comme une étoffe grise sans fin déchirée par une myriade de cristaux éparpillés jusqu’à Alexandria.

Elle a lu dans les lendemains qu’il passerait par cet enfer et tomberait dans la fosse, à son heure.
Elle est certaine que ce présage s’accomplira.
Elle l’attend,
Quand il aura marché, marché, marché, jour et nuit.
Quand il arrivera, harassé au pied de la citadelle dévoreuse.
Et que son regard rencontrera l’ombre,
Dans la fissure, elle souffle son nom,
Les crabes bleus sont les fils d’Anansi.
Et elle écrit dans la pierre,
Sur les murs maculés de l’infamie;
Humiliés,
Ceux que l’injustice apeure et enlève,
Vous ne pouvez pas mourir,
Mon souffle passera pour ravir vos mémoires,
Jusqu’aux étoiles inclinées.
Votre peau s’écrira.

Et encore, encore,

J’aurais tant voulu consoler l’enfant.
Je vois ses larmes, ces mains se tendent, son visage effaré.
L’homme à cheval demeure imperturbable, ses lèvres sont scellées comme la pierre. Il ne voit rien de la calebasse.

L’histoire attend, elle reviendra.
Elle se réincarne ailleurs, dans un autre espace et dans un autre temps. Ce qui semble être séparé demeure unie. Le passé se détache du corps comme un bras arraché, il dérive ensuite, parfois des siècles, mais il finit par revenir au centre.

Lorsque la puissance est à portée, le jeûne est une torture.

Cette borne était un granit criblé d’alvéoles par lesquelles l’eau s’insinuait et rongeait goutte par goutte ce qui paraissait ne jamais pouvoir se désagréger.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Arnaud Rozan – Mémoires de Maisons blanches

Instagram : @arn.rozan

Éditeur : Plon

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Parution : 12 janvier 2023

EAN : 9782259312288 

Lecture : Janvier 2023

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8 commentaires

    • Il faut se laisser embarquer dans l’univers de cet écrivain; bonne lecture, alors ! En attendant bon week-end !

    • J’avoue avoir été conquise par cet amoureux des mots qu’est Arnaud Rozan !

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