
La Petite sauvage est l’enfance enfouie de Laurence Nobécourt qu’elle tente, à partir de ce récit à la fois poétique et très personnel, d’apaiser.
Le décès de leur père, puis quelque temps plus tard, celui de leur mère vont faire exploser la fratrie. Laurence Nobécourt est la plus jeune. Ses deux sœurs aînées vont se désolidariser d’elle au moment de la succession.
Ayant pris une certaine distance par rapport à la douleur de cette prise de conscience, l’écrivaine se penche sur son ascendance et y trouve les éléments qui expliquent la violence actuelle que les sœurs ont vécue.
Le style de Laurence Nobécourt est toujours aussi percutant avec des aspects poétiques indéniables. Seulement, La petite sauvage, qui semble clore sa trilogie sur son introspection familiale, est le support de sa réflexion qui se déroule sous les yeux du lecteur. Les faits sont commentés et l’écrivaine explique les déchirements ressentis, tentant de s’extraire de la souffrance qui l’englue.
J’avoue m’être lassée devant tant de dévoilements. Une situation se raconte toujours du point de vue du scripteur. Seulement, le procédé pris par Laurence Nobécourt de faire de son enfance, un personnage à part entière n’éloigne pas une certaine impudeur à exprimer sa vision d’adulte, accompagnée de celle de son enfance.
Il est vrai aussi que la dernière rentrée littéraire à rassembler tant d’ouvrages s’interrogeant sur le passé, que j’avoue être un peu en saturation ! Bref, malgré un style très particulier, La petite sauvage ne m’a pas complètement convaincue. J’attends du prochain de Laurence Nobécourt, un pur roman !
En deux mots
Dans La Petite sauvage, Laurence Nobécourt explore son enfance blessée après la mort de ses parents et la rupture avec ses sœurs. Entre introspection, mémoire familiale et écriture poétique, elle tente d’apaiser la souffrance. Malgré un style puissant, le récit très introspectif laisse une impression de saturation et d’impudeur, sans convaincre totalement.
Remerciements
Aux éditions Grasset et #NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Écrire la haine te permettra-t-il d’ôter les cendres qui ont figé ton amour?
Quel désavantage Petra a-t-elle pu revendiquer ? Peut-on revendiquer un désavantage ? Certes, qui se croit lésé peut demander. Encore faut-il avoir une idée de ce qui vous est dû et selon quelle injustice. Nommer cette injustice, est-ce s’approcher des souffrances d’autrefois, de l’enfance blessée ? S’agit-il de dévoiler la fiction de sa propre vie avec laquelle on s’est arrangé pour pouvoir continuer ? Quelle réclamation Petra n’a-t-elle pas adressée, et à qui ? Quel parent protégeait-elle, de quelle colère ou de quelle plainte ? De quel effort a-t-elle autrefois fait l’économie en te réclamant, lors de la succession, ce qui ne pourra jamais lui être rendu? Car il t’apparaît clairement que sa demande s’est énoncée auprès de qui n’était pas responsable du sentiment d’injustice éprouvé. La note s’est bien trompée d’adresse faute d’avoir été antérieurement adressée.
Quiconque a senti dans son propre corps le désir d’anéantissement d’autrui à son endroit pourra-t-il jamais s’en débarrasser ? Par trois fois, au moins, tu l’as éprouvé : dans le ventre de ta mère avant de naître, à la mort de celle-ci dans les yeux de Petra, dans ceux de Stella, et dans le regard de certains hommes. Tu ne peux plus oublier ni inventer aucun subterfuge pour faire comme si tu ne savais pas, quand bien même tu serais à I’abri. Maintenant, tu connais définitivement que selon les situations, chacun -y compris toi-même – peut basculer dans la nuit – la nuit de l’abjection qui n’a pas de fin – et être emporté vers l’anéantissement.
Alors, les revenants s’emparent du vieux récit pour mieux le tordre et nous contraindre à voir.
Et encore,
Issus d’une enfance commune, d’une fratrie dont il est dit que fraternelle elle le serait naturellement, les frères et sœurs apparaissent comme les derniers autres susceptibles d’embraser la haine et de la mettre en acte. Or, il n’en est rien, voilà ce que tu as appris, car la rivalité est au cœur de la relation fraternelle. En s’engouffrant dans la fratrie malgré les liens du sang, la haine n’implique pas seulement la fratrie éclatée, la fraternité désossée, elle entame plus largement I’humanité qui est désormais trahie. Non contente de détruire la relation et le lien, elle pulvérise dans le même mouvement l’enfance tout entière, elle saccage le passé, en défigure les contours, met en doute les souvenirs, laisse s’infiltrer le mensonge et l’illusion. Et la terreur qui en découle induit une méfiance à l’égard de tous : au sein de l’humanité, il n’y a plus aucun refuge, puisque la sœur, le frère, eux-mêmes peuvent rompre les liens du sang.
Tu avais pensé aux fictions que s’élaborent dans ces familles dont les membres sont contraints d’inventer un récit auquel s’accrocher pour ne pas mourir, dans l’impossibilité où ils sont, privé de leur dimension symbolique, d’exister. Ces familles où la parole ne circule pas, ne nourrit pas, ne désaltère pas.
Ici en bref




Un tout autre avis ici : Mes promenades culturelles 2
Questions pratiques

Laurence Nobécourt – La Petite sauvage
#rlhiver26
Éditeur : Grasset – X : @editionsgrasset Instagram : @editionsgrasset – Facebook
Parution : 14 janvier 2026 – EAN : 9782246834854 – Lecture en février 2026

Bonjour Matatoune. Ta chronique ne m’incite pas à lire cette trilogie qui ne m’aurait pas attirée. Bonne journée
Oui, je n’ai pas été séduite, je le regrette. Excellent week-end à venir !
Les biographies ou autobiographies c’est vraiment pas ma tasse de thé ! Il y a différentes manières de raconter sa vie et ce genre ne m’attire pas…
C’est extrêmement difficile à mon avis ! Là, je n’ai pas trop accroché à cette succession difficile ! D’autres, comme le blog, Mes promenades culturelle 2, en parle bien !
Je me méfie un peu des (auto)biographies…
Oui et avec raison 😆
Tu n’es pas convaincue : j’attendrai ton avis sur un roman de cette auteure.
Non, je l’avoue !
Le genre de livre que je fuis. Bonne journée
Alors là, je ne peux que t’encourager ! Bonne continuation
Merci pour le lien !