John Boyne – Les éléments- #rl2025

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Quatre nouvelles rassemblées dans Les éléments auxquels John Boyne construit l’histoire du mineur de l’une qui devient le majeur dans l’autre. « Les éléments – l’eau, la terre, le feu, l’air – sont nos plus grands amis, ceux qui nous animent. Ils nous nourrissent, nous réchauffent, nous donnent la vie, et pourtant, ils conspirent pour nous tuer à chaque tournant. » Et, ce poison est la culpabilité et la honte autour d’abus, physiques et moraux, assumés avec complicité, ou subis sans protection, de ceux qui les mettent en œuvre et ceux qui s’en sortent, malgré tout.

Eau

De la femme de plus de cinquante ans qui choisit de s’isoler seule sur une île de quatre cents habitants, John Boyne en révèle progressivement les secrets : une fille décédée, un mari en prison et des médias qui dans sa ville, Dublin, n’ont cessé de parler d’elle.

Vanessa Carvin est devenue sur ce coin de terre Willow Hale. Son mari eut l’influence d’un dirigeant, celui de la Fédération de natation, reconnu dans sa communauté catholique. Elle vivait une vie de femme de la classe moyenne aisée, une vie parfaite. Deux événements dramatiques sont venus bousculer son quotidien, l’obligeant à se faire invisible aux yeux de monde.

J’ai été frappée par cette nouvelle. Elle interroge sur ces femmes qui ne s’aperçoivent pas des sévices faits sous leurs yeux.

Terre

Un jeune homme, Evan, peintre talentueux, cède aux pressions de son père et devient le footballeur, souhaité, au sein d’une équipe, appréciée et renommée. Les lois de l’équipe concernant la notoriété et l’esprit de groupe lui imposent des valeurs qu’il ne partage pas. Jusqu’où il les acceptera pour se fondre dans la volonté d’un autre ?

Feu

Une médecin, spécialiste des grands blessés, Freya, est elle-même une ancienne victime d’incendie. Jusqu’ici, c’est une attitude, somme toute, assez banale. Seulement lorsque le médecin devient, elle aussi, incendiaire, le vertige envahit.

John Boyne décortique le traumatisme. Il montre qu’il fonctionne comme une machine grippée qui reproduit la même chose si les mots sont étouffés, comme avalés dans la souffrance.

Air

Cette partie est la plus lumineuse, non parce que c’est la dernière, mais parce qu’elle montre un personnage qui arrive à se sortir des traumatismes vécus en dehors de la honte et de la culpabilité. À partir du huis clos d’un voyage aérien, un père, psychologue pour enfants, va renouer sa relation avec son fils en parlant de l’intime. Jusqu’ici, il a pu y arriver, préférant cacher, oublier et nier. Et, à partir de ce changement, Aaron acceptera de renaître enfin à la vie. 

Il n’est pas nécessaire d’entrer davantage dans les détails, excepté pour mentionner ma difficulté à aborder une nouvelle histoire après une lecture intense, malgré les connexions existantes entre elles.

En conséquence,

John Boyne montre dans cette fiction comment les abus affectent tous les personnages. Qu’ils soient auteurs, complices ou victimes, leurs vies sont profondément touchées. Ainsi leurs conséquences bouleversent autant celle qui n’a pu être protégée, celui qui n’a pu dire non, que celle qui n’a pas voulu voir que celui qui s’est laissé malmener. Il pose notre regard alors que chaque protagoniste s’interroge sur son rôle, prend conscience du dysfonctionnement et décide d’évoluer. Cette position, particulièrement humaniste, donne une envergure particulièrement optimiste à l’ensemble de ce roman.

John Boyne est un écrivain irlandais qui vit à Dublin. Il publie autant pour adulte que pour les adolescents. Le succès du Garçon en pyjama rayé en littérature jeunesse l’a propulsé sur le devant de la scène internationale. Il a été adapté en film sur une plate-forme. Publié dans plus de cinquante pays, il a reçu de nombreux prix littéraires. Sophie Aslanides est sa traductrice depuis le roman Il n’est pire aveugle, publié en 2012.

Ainsi, ce roman psychologique est une très grande réussite grâce à une construction, extrêmement précise et habilement enchevêtrée. Un roman puissant, dense et optimiste d’une grande inventivité pour montrer l’évolution possible de la nature humaine.

Puis quelques extraits

Et, comme tous les gens tyranniques, il suffit de s’opposer à eux et ils tombent comme des dominos.

Les mots ont peut-être changé avec les années, chacun remplaçait par un autre plus toxique et plus violent que le précédent, mais, il y en a toujours un dans le langage courant, le plus souvent énoncé par les hommes, parfois par des femmes asservies, toujours conçu pour nous faire comprendre à quel point le désir qu’éprouvent les hommes pour nous, nous rend encore plus haïssables à leurs yeux.

L’affaire des Douze Apôtres m’a toujours dérangée, l’intraitable virilité de la bande, la décision d’emblée d’exclure les femmes de leurs rangs.

Mais, il y a les veuves. Les veufs. Et les orphelins. Mais, il n’y a pas de mots pour définir un parent qui a perdu un enfant. Il manque un mot dans la langue. Peut-être parce que c’est tellement contre-nature.

Parce que contrairement à ce qui se passe dans le monde réel, quand un écrivain invente dés histoires, il peut décider comment cela finit. Bien ou mal.

Nous essayons tous de vivre avec l’amour. Ou de nous en remettre. Ou en se demandant pourquoi on n’y a pas droit.

Les éléments – l’eau, la terre, le feu, l’air – sont nos plus grands amis, ceux qui nous animent. Ils nous nourrissent, nous réchauffent, nous donnent la vie, et pourtant, ils conspirent pour nous tuer à chaque tournant.

Avec l’âge, on se fatigue de se battre.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Le Monde

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Questions pratiques :

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John Boyne – Les éléments

Traduction de Sophie Aslanides

X: @JohnBoyneBooks – Instagram : @johnboyneauthor

Son blog ici

Rentrée littéraire 2025

Prix Fnac 2025

Éditions JC Lattès X : @editionsLattes – Instagram/ TikTok : @editionsjclattes – Facebook

Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782709674300 – Lecture : Octobre 2025

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19 commentaires

  1. Très grand roman ! La construction habile nous captive des premières aux dernières lignes du roman. Le sujet est sombre, certes, mais l’accent est mis sur la psychologie des personnages et non sur la description de scènes glauques. Cette fresque humaine est remarquable car l’auteur nous met à la bonne distance des personnages et nous laisse nous faire notre propre opinion. Je suis vraiment enthousiasmée par ce roman addictif et puissant

    • Et ça se voit ! Un peu moins enthousiaste, mais c’est un grand roman ! Merci beaucoup 🙏

  2. Je l’ai acheté juste parce que c’était John Boyne, sans lire la quatrième de couverture. Je ne savais pas que c’était des nouvelles. J’espère l’aimer quand même, car je n’aime pas ce format.☺️

    • Oh, mais comme elles sont imbriquées l’une dans l’autre, ça passe! C’est vrai que c’est plus difficile de passer de l’une à l’autre. Néanmoins, j’aurais plaisir à lire ton retour ! 📚📓🖋

    • Oui on imagine sur son mur imaginaire des fils qui relient chacune de ses nouvelles !

    • Oui c’est vrai que ce n’est pas particulièrement réjouissant 😆
      Excellente continuation !

  3. ON parle beaucoup de ce livre alors que John Boyne était un illustre inconnu (pour moi en tout cas) jusqu’à l’année dernière.
    Depuis que j’ai lu « Le garçon au pyjama rayé », je le découvre. Je lirai celui-ci quand il sortira en poche.

    • C’est vrai ! « Le garçon au pyjama rayé », je l’ai découvert avec l’adaptation en film de son roman qui semblait être un peu différente. La culpabilité est un thème cher à l’écrivain !

  4. Une lecture dont les parties 2 et 3 m’ont mises mal à l’aise. Je n’ai pas aimé la première, qui a failli me faire lâcher l’affaire. Quant à la dernière qui se termine bien, bof bof.

    • Il y a de l’espoir dans la dernière, en tout cas, l’écrivain le pose ainsi !
      Il y aurait tellement à dire sur la façon de penser qu’un traumatisme, on peut le dépasser !
      Certaines critiques parlent de rédemption, j’aurais beaucoup à discuter ce terme au delà de sa définition religieuse ! 😉

    • Je ne l’avais pas coché dans ma liste avant les sorties de la rentrée littéraire. Je suis souvent en accord avec le prix du roman Fnac.
      Et, là, c’est le prix qui me l’a fait découvrir.
      Je me suis interrogée, tout au long de sa lecture, sur ce que ce prix disait de notre culpabilité ambiante et notre désir d’en sortir !
      J’ai quelques pistes… mais qui n’ont rien à voir avec la présentation de ce livre 😉

    • Il devrait sortir rapidement en audio, si ça n’est pas déjà fait !
      Bonne continuation ! 🌞

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