
J’avais découvert Nadia Daam sur le plateau de la Grande Librairie. Et, j’avais été subjuguée par son humour fin, sa gentille dérision et son ironie. Elle assumait ses contradictions et se livrait avec sincérité, à l’aise avec la caméra.
Le récit s’ouvre sur les deux semaines où sa fille de 11 ans et elle ne quittent plus la cabane salon installée après le décès du père. Pas une larme de la part de La gosse. Mais une sortie bienvenue avec la baby-sitter sonnera le glas de cette période.
À partir de l’éducation de sa fille, des difficultés qu’elle a pu rencontrer, Nadia Daam explique sa façon de l’élever, elle, la féminise attachée à l’égalité. Néanmoins, le fossé est grand entre le discours et la réalité. Et Nadia Daam le sait, elle reconnaît les contradictions, les faux-semblants et les mensonges. Et, ils sont nombreux.
Ces petits écarts sont le fond de La gosse. Oh, que j’aime la fée bûcheronne, la femme qui revendique le body positive mais qui se pèse tout le temps, ou du Baptiste qui vole la semoule. Cette narration d’une femme célibataire élevant seule sa fille permettra à de nombreuses femmes d’y retrouver leur quotidien.
« Pour ce qui est d’habiter nos corps, nous sommes des menteuses de mères en filles. » Cette citation pourrait être le refrain publicitaire de ce récit de Nadia Daam. C’est drôle, enlevé et puis ça fait vraiment du bien de découvrir que nous ne sommes pas les seules à jouer les Wonder Woman, sans avoir de talent !
Puis quelques extraits

La vérité, c’est que la gosse et moi, on n’est pas « une famille », ni même « un foyer », On est un petit miracle d’ébénisterie, Un tabouret dont le troisième pied s’est décroché et qui tient encore debout.
Et puis, la gosse est née, et j’ai découvert qu’il y a bien pire, bien plus encombrant que de vivre dans l’anticipation de sa propre mort lente ou brutale, il y a cohabité avec la peur qu’il « arrive quelque chose « à son enfant. Et l’acceptation de ce que regroupe « ce quelque chose » est aussi large que terrifiante.
Quand elle m’agace, je dis qu’elle est un « appeau à cas social », quand je suis de bonne humeur, je dis qu’elle est généreuse de son temps et de son apitoiement et la surnomme « l’abbé Pierrote ».
On a tous cette copine qui propose d’ouvrir le rosé à 11 h 30 en vacances et qu’on ne se résout pas à soupçonner d’être un peu pochtrone sur les bords sous prétexte qu’elle le fait avec allégresse et en robe à fleurs. Cette copine, c’était souvent moi.
J’ai beau aduler Annie Ernaux et avoir plutôt été émue par Retour à Reims, il m’est apparu, au bout d’un moment, que la romanisation de l’extraction sociale finissait par produire elle-même une sorte de bourgeoisie tout à fait crispante. Un club si fermé des transclasses, avec pour oracle Édouard louis, et comme sésame le seul fait d’avoir eu des parents non imposables et du faux Coca-Cola dans le frigo.
Et encore,
Elle est mon lait sur le feu.
Ça me scandalise parce que ce n’est pas aux filles de ne pas trop boire mais aux hommes de ne pas violer des filles trop saoules pour dire non, pour décamper ou être suffisamment conscientes pour sentir leurs paluches agripper leur corps/ mur d’escalade.
Je tiens » les accidents de la vie « ( comme les désignent pudiquement les assureurs) à l’œil. Pas de ça chez moi.
Ici en bref




Du côté des critiques
Questions pratiques

Nadia Daam – La gosse
X: @NadiaDaam Instagram : @nadia_daam_
Éditeur : Éditions Grasset
X : @EditionsGrasset Instagram :@editionsgrasset
Parution : 4 avril 2024
EAN : 9782073061539
Lecture : Avril 2024

Toujours ce débat sur les tenues des jeunes filles au collège, qui vient régulièrement agiter, contrarier voire fâcher les profs. Une lecture salutaire donc si elle permet d’ouvrir les yeux sur ses contradictions. Moi je suis bien tentée par cette lecture en tout cas, donc je le note dans mon petit carnet.
Oui, la tenue des filles avec leur tee-shirt coupé et leur mini short reste une difficulté à résoudre pour une mère féministe ! Bonne lecture prochaine, alors !
Bonjour Matatoune. Tu m’as donné envie de lire ce roman, l’éducation d’un enfant étant si compliquée. Bonne journée
Elle explique bien les contradictions avec ses idées, notamment féministes, et le quotidien et puis elle a bcp de dérision.
Bonne journée
Merci pour ta présentation même si il ne m’attire pas. Bisous bonne journée
Oh, je n’ai donc pas réussi à vous tenter 🤫 Bonne continuation Renée
Un livre qui ne m’attire pas du tout. Cette histoire est trop loin de ma vie. Bonne journée
Déçue ! J’ai pourtant pris bcp de plaisir à découvrir son ton ! Dommage 😉 Bonne continuation
Un livre qui fait débat : il a déjà du mérite
Ah bon, je n’ai pas suivi …Je vais de ce pas consulter l’oracle google pour en savoir plus 😀
Non, pas un livre pour moi. Elle peut toujours critiquer Annie Ernaux mais visiblement ne joue pas dans la même catégorie… Merci de cette présentation en tout cas. Bonne soirée
Pour moi, assez juste, la dénonciation ne suffit pas, il faut aller au-delà ! L’engagement féministe de Nadia Daam se situe après ! C’est ce qui est très juste dans ce récit : comment on vit avec ses contradictions. Se battre pour l’égalité et dire à sa fille qu’elle ne peut sortir en short court. Dénoncer la précarité de sa mère mais être capable de lui payer ses trois mois de loyer d’un coup comme Édouard Louis, ou aimer un jeune homme qui lui ressemble, mais avant qu’elle ne vive comme une bourgeoise comme Annie Ernaux le montre dans son dernier. Nadia est la petite fille d’Annie 😃