Les hommes de la rue du Bac – Willy Le Devin

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Les hommes de la rue du Bac du journaliste Willy Le Devin dénoncent un milieu feutré. Celui qui a régné sur Saint-Germain-des-Prés et qui a accepté la pédocriminalité, de certains de ses membres, en toute impunité dans les années 70/80 du siècle dernier.

L’intérêt du journaliste de Libération, Willy De Devin, s’était au préalable porté sur le Paris des lettres, des années 1970/1980, et sa complicité avec l’œuvre pédocriminelle de Matzneff. Plus précisément, il se penche sur le comportement odieux qui unissait l’avocat de Matzneff, Emmanuel Pierrat, à ses assistantes et collaborateurs. Et c’est par hasard qu’il contacte l’avocate, Marie Grimaud. Elle représente une certaine Bérénice qui aurait des révélations à faire sur ce groupe. « Certains de ces hommes, surtout Matzneff, Imbert et Lemaire, justifiaient en effet leurs agissements par un culte du corps de l’enfant qui remonterait à l’époque gréco-romaine. »

« La bande » immonde

Claude Imbert (1929-2016), éditorialiste français, participe à plusieurs journaux et fonde et dirige le magazine Le Point. François Gibault (né en 1932) est un avocat et écrivain, publié par Gallimard. Il est reconnu comme le biographe de Louis Ferdinand Céline. Jean-François Revel (1924-2006) fut un journaliste et essayiste. Il dirigea de 1978 à 1981 le magazine d’information L’Express et fut élu à l’Académie française en 1987.

Gabriel Matzneff (né en 1936), accusé par Vanessa Springora dans Le Consentement, est un écrivain, publié alors par Gallimard. Emmanuel Pierrat est un essayiste et avocat qui reprendra après Jean-François Lemaire, le conservatoire du musée du barreau. Jean-François Lemaire est médecin et historien. Il qualifie tous ces hommes cités comme « la bande ». Il est le père adoptif d’Inès Chardin.

Ines Chardin a subi deux types de crimes sexuels : en groupe, sévices de pénétration avec objets métalliques et viols et agressions sexuelles commis par Matzneff et Imbert. Son combat est « de dénoncer son passé pour assainir son présent« , ou plutôt celui d’autres enfants, possiblement victimes eux aussi de sévices sexuels.

Enquête journalistique

Willy De Devin raconte sa rencontre avec Inès Chardin. Il détaille le dispositif mis en place par son avocate pour la protéger lors des différents entretiens. Le journaliste nous livre avec beaucoup de sincérité son cheminement pour entendre l’inacceptable, les précautions qu’il prend pour vérifier ses sources, les recherches complémentaires nécessaires pour assurer la véracité des témoignages.

Adoptée par le couple Lemaire, Inès de Chavin a grandi dans le faste de la grande bourgeoisie du quartier huppé de Paris. On est sur la rive gauche et on fait le monde. On reste entre soi et on garde les secrets. Que les enfants, Inès et son frère, soient très discrets et très silencieux, peu importe ! Au 97 de la rue du Bac, Jean-François Lemaire sait recevoir avec grand luxe dans cet appartement du 7ᵉ arrondissement. En privé, il traite sa femme, pire qu’une esclave et donne ses enfants pour des sévices sexuels.

L’étude littéraire et sociologique, faite à partir des écrits et interventions et leurs influences dans le milieu culturel français, révèle l’accointance, sinon la complicité, pour maintenir des comportements que la loi réprime. Willy De Devin décortique l’idéologie absurde que ce milieu entretenait pour célébrer la pédocriminalité et l’inceste.

En conclusion

L’essai Les hommes de la rue du Bac est une enquête sérieuse et documentée pour comprendre comment un réseau a su imposer des actes, répréhensibles par la loi, comme une normalité, sur le milieu intellectuel parisien. Les premiers reportages sont parus dans le journal Libération au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. D’autres victimes finiront par se faire connaître.

L’essai Les hommes de la rue du Bac de Willy De Devin révèle le témoignage d’une femme qui, enfant, a subi des sévices sexuels dans le cadre de sa famille. Il explique aussi comment le milieu intellectuel parisien s’est rendu complice de crimes et même les ont encouragés en se taisant et même, en publiant des écrits qui les célébraient. Après Le Consentement puis La Familia Grande, je l’espère, cette gangrène ignoble sera irrévocablement fermée. Seulement, il faut, comme Inès Chardin, continuait à dénoncer ces crimes de l’intimité qui continuent encore à ravager dans le silence des familles.

En quelques mots

L’essai Les hommes de la rue du Bac de Willy Le Devin dévoile un réseau d’intellectuels parisiens ayant banalisé la pédocriminalité dans les années 70-80. À travers le témoignage d’Inès Chardin, il expose violences, silences complices et idéologies justificatrices au sein d’un milieu élitiste.

Puis quelques extraits

« Alors, même si tout ce qu’on va se dire me concerne, le but n’est pas que les hommes que je dénonce aillent en prison. Ils sont trop vieux, les faits sont prescrits et je n’ai plus vraiment d’illusions là-dessus. Le sens de ma démarche, c’est d’empêcher au maximum que d’autres enfants soient exposés aux mêmes violences.

Si cela ne devait servir qu’à en sauver qu’un, ce serait déjà une victoire. Dans tout ce que j’entreprends, la règle est que rien ne soit superflu ou gratuit. Si je souhaite lever le voile sur le passé, c’est aussi pour mieux éclairer les mécanismes du présent. Il faut protéger au maximum les générations d’après. » Inès Chatin

« Il y avait le monde du dedans, celui de l’intérieur, dans lequel était commise les violences. Et celui du dehors, dans lequel nous devions incarner la jolie famille bourgeoise ».

Ni elle, ni moi, encore moins les lecteurs, n’ont intérêt à se perdre dans l’insoutenable. Ce n’est pas tant le crime qui importe, que ce qui le motive, voire le légitime ici sur le long terme.

«Comment a-t-elle pu survivre à une telle horreur, et même avoir des enfants ? » Par le fait que deux capsules d’identité ont cohabité en elle. L’enfant, qui a enfoui ses souvenirs et tenté de les dompter, et l’adulte qui a construit bon an mal an la suite. Sortir du silence aujourd’hui, c’est «participer à l’unification » de ces deux capsules.

Or, ce qui a pu protéger ces hommes, c’est précisément cette idée de l’inconcevable.

Et, encore

« Votre série est un séisme à l’échelle du quartier. Mais peu de gens vous parleront. Le courage, c’est confortable lorsque cela reste une théorie. En pratique cela implique de perdre ses privilèges. Vous entrez dans un milieu gouverné par les carrières, les ambitions, les héritages et surtout l’argent. Or, quand on touche à la gamelle, le silence est d’or. »

S’il y a aussi peu de paroles dans les familles de cette classe sociale, c’est parce que même la justice y est écrasée.

« Si Paris était le centre du monde, la rue du Bac serait le centre de Paris »

« Inès a vécu un continuum de violences extrêmes durant dix ans, le risque d’un effondrement psychique existe encore aujourd’hui. Cela pourrait la mettre dans un état préoccupant. II faut en tenir compte », me rappelle souvent Marie Grimaud.

À nouveau, je me questionne sur la façon de retranscrire, tant l’acte de restituer de manière brute tutoie déjà l’impudeur et l’indécence.

Pour cela, les pièges à déminer sont nombreux, et parfois redoutables : ne pas détruire la vie privée du témoin, se garder de tout sensationnalisme, voyeurisme (ce qui vaut pour l’intervieweur, mais aussi parfois pour l’interviewée), contenir certains propos glissants ou diffamatoires (une victime parle avec ses blessures, sans filtre), confronter contradictoirement les accusations portées, faire preuve de mesure et de justesse dans l’affichage final, un champ que nous nommons étrangement « la tiraille ».

Et, encore, encore

« Sur la pédocriminalité, la société a toujours une génération de retard. » Marie Grimaud

« J’ai conscience que ce que je vais vous dire va vous surprendre, peut-être vous déstabiliser, mais nécessaire pour tout expliquer,mais je prendrai le temps nécessaire pour tout ce soit aussi accès à tout ce que vous souhaitez, que ce soit les documents dont je dispose, ou des entretiens avec des membres de mon entourage. Tout sera ouvert, m’indique-t-elle.

Si l’obligation du journaliste est de publier des enquêtes sérieuses, de se soumettre aux obligations légales du contradictoire, ce n’est pas à lui de rapporter la preuve judiciaire de ce qu’il écrit.

« Jamais je n’aurais cru raconter tout cela un journaliste de Libé ! Après vos écrits des années 1970. C’est le grand virage dites-moi ! » Je ne peux qu’acquiescer. Par le passé, Libé a, il est vrai, publié des articles prônant l’aventure pédophile ». Ils ont accompagné l’époque de la libération sexuelle post-68, et certains auteurs, comme Schérer ou Matzneff, ont été traités avec bienveillance voire enthousiasme dans nos colonnes.

Mais, cette époque n’est plus et Libé a dressé son inventaire. Sorj Chalandon a initié le mouvement par un article introspectif en 2001. Depuis, CheckNews, la cellule de fact-checking du journal, est régulièrement revenue sur nos écrits du passé, notamment en 2017. « Notre génération fait le job », dis-je à ma nouvelle complice.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Éditions JC Lattès X : @editionsLattes – Instagram/ TikTok : @editionsjclattes – Facebook

Parution : 8 avril 2026 – EAN : 9782709676182 – Lecture en avril 2026

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11 commentaires

    • Willy Le Devin nous aide à comprendre pourquoi le milieu intellectuel s’est laissé abuser !

    • Bien sûr, c’est pour cela qu’il faut en parler ! Willy Le Devin explique pourquoi ils ont bénéficié du silence et pire de l’assentiment du milieu intellectuel parisien.
      Belle continuation 🌼

  1. Je préfère lire de la littérature de fiction… Tant mieux si ce livre aide la justice et les médias à y voir plus clair. Bonne journée à toi Matatoune

    • Je comprends ! Pour moi, c’était important de comprendre comment une telle impunité avait pu se tenir, au vu du milieu intellectuel parisien .
      Bonne continuation 🌼

    • Oui, mais au siècle dernier dans les années 70 et 80 !
      Bonne continuation 🌸

  2. Encore un livre qui n’aurait jamais dû être écrit en effet, mais qui a heureusement été écrit pour dénoncer et espérer faire évoluer la société. Merci pour ce retour, je l’ai noté dans ma PAL.

    • Merci pour ta confiance ! Oui, important pour comprendre pourquoi ils ont été adulés dans le milieu intellectuel parisien !

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