
Dominique Eddé signe un essai dense mais accessible pour analyser ce que le conflit à Gaza montre de notre monde actuel.
Les images des destructions de Gaza n’ont cessé de nous parvenir. Peu d’entre nous était en capacité de s’indigner, de crier à l’épuration ethnique, de rappeler les valeurs de l’humanisme et même de prononcer le mot « génocide ». Les images ont mis du temps a heurté nos consciences d’Occidentaux.
Dominique Eddé analyse la sidération que l’Occident a ressenti, énonçant sa forme, lui donnant une signification. Surtout, elle nous incite à refuser les amalgames.
Mais, n’est-ce pas trop tard lorsque tout le droit international, instauré après la Seconde Guerre mondiale, a été bafoué.
Franco-libanaise, Dominique Eddé se refuse à une pensée binaire, manichéenne. Elle revendique le pouvoir au doute, à la réflexion et la nécessité des échanges de la parole, comme lien entre les plus opposés. L’écrivaine s’oppose au pouvoir de l’argent et le libéralisme à outrance.
Néanmoins, cet essai, La mort est en train de changer, de Dominique Eddé alerte contre notre tendance moderne à la banalisation. Mais, également, à notre capacité d’inaction et à notre égoïsme global revendiqué. Ce manque d’humanité ne doit pas devenir une norme. L’écrivaine appelle à notre vigilance.
Puis quelques extraits

Tous ces êtres ont habité au même endroit : là où vivre consiste à mourir en vie.
Si bien que nous en oublions de voir que le viol, l’inceste, la pédophilie et autres crimes sexuels commis à huis clos, en période dite de paix, contiennent et perpétuent les racines de la guerre. Plus exactement : puisent aux mêmes sources en termes de pulsions,
Lorsque, sous le coup d’un échec ou d’un accident, la mégalomanie doit affronter le manque sur lequel il s’est construit, tout peut s’écrouler d’un coup. Toutes les parades, tous les étages du mensonge.
L’interdiction de nommer le génocide en cours à Gaza, sous peine d’être taxés d’antisémitisme, est un verrou qui a tenu durant des mois, mois qui, pourtant, ne cessaient d’en donner la preuve. Notamment en Allemagne, en France, en Europe, dans les pays qui ont permis, à des degrés divers, que le nazisme organise la mort de six millions de juifs.
Plus celles-ci- la peur de soi, la peur de l’autre- sont alimentées, plus la peur pour « l’autre » rétrécit : plus cet autre est réduit à l’état de membre de la famille, de la tribu, du clan. Même couleur de peau, même drapeau, mêmes habits, même dieu. Ainsi se détériore les territoires de la liberté, de l’opposition, de la résistance. De la pensée.
Le communautarisme, c’est le confort du même, c’est le droit de dire « eux » comme on désigne un danger, et à la moindre escarmouche, l’ennemi.
Commencez par voir pourquoi et comment plus les frontières tombent, plus les murs se dressent.
Et, encore
Dans la mesure où la logique et la farce répondent désormais de la même équation, la phrase qui est sur toutes les lèvres- « cela dépasse l’entendement » – n’a plus de raison d’être. Car dans le cas d’une mort de la démocratie au profit d’une nouvelle forme de totalitarisme qui reste à nommer, c’est précisément à « l’entendement », à notre faculté de comprendre, que revient l’obligation de se dépasser. ChatGPT et les réseaux sociaux peuvent contribuer au travail, mais le faire à notre place signerait une perte irréparable.
L’envahissement brutal d’un corps n’est pas sans rapport avec l’envahissement d’un territoire, tout comme le sentiment d’humiliation d’une population « occupée » n’est pas sans rapport avec celui d’une personne « abusée ».
(…) rien n’est fixé à jamais quand la parole circule.
La honte que ressente aujourd’hui un nombre incalculable de juifs face au comportement barbare de l’armée israélienne est en tout comparable à celle qu’éprouve un nombre incalculable d’Arabes, musulmans ou chrétiens, face à la barbarie commise en leur nom durant les dernières décennies.
Il semble, au grand drame de l’humanité, que la conscience ait besoin, au même titre que les corps, de son temps de sommeil. Un temps de récupération et d’absence durant lequel la réalité, encore trop vivante, meurt un peu toute seule avant que la pensée ne s’en mêle.
Commencez par voir pourquoi et comment plus les frontières tombent, plus les murs se dressent.
Et, encore, encore
Que signifie de mon point de vue, défendre la survie d’Israël ? S’agit-il de souscrire à un État juif ? Non. Pas plus que je ne peux souscrire à un État musulman ou chrétien. Il tombe sous le sens que cette région actuellement gangrenée par la fusion du religieux et du politique n’entrera en convalescence que le jour où elle y renoncera.
L’interdiction de nommer le génocide en cours à Gaza, sous peine d’être taxés d’antisémitisme, est un verrou qui a tenu durant des mois, mois qui, pourtant, ne cessaient d’en donner la preuve. Notamment en Allemagne, en France, en Europe dans les pays qui ont permis, à des degrés divers, que le nazisme organise la mort de six millions de juifs.
La mort est en train de changer.
J’avais écrit cette phase absurde avant l’arrivée du covid. J’étais aussi incapable de m’en expliquer que d’y renoncer. Je comprends mieux aujourd’hui mon impuissance et mon obstination.
(…) rien n’est fixé à jamais quand la parole circule.
Il est plus facile de défendre une idée que de défendre la pensée. L’idée implique une direction, la pensée les implique tous. L’idée à un objectif tandis que la pensée est un mouvement, au même, titre que la vie : son aventure ne se termine qu’avec la mort.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

Dominique Eddé – La mort est en train de changer
Éditeur : Les liens qui libèrent – X : @editionsLLL Instagram: @les_liens_qui_liberent – Facebook
Parution : 17 septembre 2025 – EAN : 9791020922205 – Lecture : octobre 2025

Un essai avec une conclusion intéressante.
Bonjour Matatoune. Cet essai doit être intéressant pour mieux comprendre ce qu’il se passe à Gaza. Bonne journée
Oui et comprendre pourquoi nous avons été tant sidérés devant les événements. Nous traînons une culpabilité héritée de ce que nos aînés ont « laissé faire » durant la Seconde Guerre mondiale. Car, nous le savons maintenant, la concentration a commencé très tôt par le régime nazi et pourtant, aucune instance mondiale s’y est opposée ! Dominique Eddé décrit bien notre sidération.
Bon week-end à venir 🙏📚🖋
Longtemps que ce conflit m’indigne, mais l’Occident n’arrive pas à sortit de la culpabilité depuis 80 ans et n’ose pas nommer ce qui se passe. Sans compter tous les conflits oubliés dont on ne sait même rien. Bonne journée
Oui, comme souvent, en quelques mots, tu résumes bien la situation !
Mais, il faut en parler et ne pas se laisser décourager par cet hymne à l’impuissance !
Bonne continuation 📚🖋
Des mots qui résonnent, évidemment… plus je vieillis et moins je comprends ce monde…
Ne nous laissons pas submerger et résistons selon nos maigres moyens. Et la littérature est une résistance !