Philippe Collin – Le Barman

Du

Prix Maurice Druon 2024

vagabondageautourdesoi.com - Philippe Collin

Philippe Collin prend à bras-le-corps la vie de Franck Meier pour nous la proposer à sa lumière. Et, cette vie, exceptionnelle, devient savoureuse tant l’historien journaliste aime recréer, en sept parties, l’ambiance de l’époque de l’entre-deux-guerres jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Le bar élégant du Ritz évolue sous nos yeux avec ses privilégiés, artistes, banquiers ou autres, qui côtoient les officiers nazis.

Philippe Collin renforce le suspense car Franck Meier est juif, émigré de l’empire austro-hongrois, ayant vécu à New York où il a appris son métier de barman. « Je suis le fils d’un double exil. Exilé de mon pays natal. Exilé de mon milieu social. » Oubliant la classe sociale d’où il vient, Franck Meier est connu et reconnu dans le Tout-Paris même si c’est, comme aime à le rappeler l’historien, dans un rôle de subalterne !

Roman de la Collaboration de luxe

Philippe Collin emmêle des extraits du journal du barman, plus axé sur La Belle Époque et ses réflexions intimes, avec le récit de l’occupation nazie vue du bar du Ritz. Cette mise en perspective fait du lecteur son confident. Et selon l’envie de Goebbels, le Ritz devient un bar mondain où artistes et nazis se fréquentent.

Le bandeau signale Le grand roman de l’occupation alors que c’est Le grand roman de la Collaboration ! Car, le Ritz choisit d’être une référence de luxe et de fêtes pour les dignitaires de l’armée d’occupation. Philippe Collin décrit un monde, insoupçonné des parisiens ordinaires, où le luxe coule à flots sous forme de parfums, boissons, plats de restaurant. Dans ce lieu, aucune restriction, aucune carte de rationnement !

Mais, ceci n’est rien par rapport aux différentes indiscrétions contenues dans ce roman historique. Le lecteur plonge au cœur des bassesses et des compromissions mais aussi des résistances de l’ombre. Par exemple. Göring était morphinomane, cocaïnomane et vidait des ballons d’eau chaude en journée en prenant des bains pour réduire les effets des drogues. Philippe Collin revient sur le rôle de Coco Chanel mais aussi, suit le parcours de Sacha Guitry, Arletty, assez peu Cocteau, Ernst Jünger, et évidemment tous les dignitaires nazis qui fréquentent l’hôtel de luxe et qui feront l’histoire de Paris sous l’Occupation.

Quelques longueurs et répétitions n’ôtent pas le plaisir de cette lecture. Car, à travers le personnage principal choisi par Philippe Collin, le récit est certes romanesque, mais avec une incursion réussie dans l’Histoire !

Puis quelques extraits

Si le cocktail est un art de la rigueur et de la mesure, tenir un bar, c’est au contraire l’art du désordre; laissez déborder la vie, jouer avec les limites, accepter parfois de les dépasser, voilà ce qui a fait le succès de Frank Meier, plus encore sans doute que ces célèbres boissons.

Le commerce, le sentier de la gloire pour les gens de peu.

(Sacha Guitry) Le charme d’escroc du dramaturge est intact. Cette impérieuse nécessité de faire le paon, comme pour se sauver de l’abîme. Et ces conversations qui partent au quart de tour, piquantes et faussement anodines.

Il paraît que tous les Fritz achètent du N°5 pour leurs bonnes femmes, ça va cocotter à Berlin ! La mère Chanel est en train d’amasser des fortunes — il y en a décidément à qui la chance sourit toujours.

La rumeur veut que Chanel, rentrée de la Cité Basque courant août, l’air aussitôt pris pour amant dans l’espoir de faire libérer son neveu André, prisonnier en Bavière, où il aurait contracté la tuberculose. Elle avait juré de veiller sur lui quand sa sœur est morte.

N’oublie pas : ce bar est un théâtre de masques. Soigne bien celui que tu portes et ne néglige rien.

Et encore

Le reporter du New York Times rapporte que Blum brille devant ses juges au point de retourner l’audience contre le régime en place. L’ancien président du Conseil, par la qualité de sa défense et la sincérité vibrante de son patriotisme, met à mal les choix politiques de Philippe Pétain.

À Belleville, la rumeur d’un coup de filet courait depuis quelques plusieurs jours, mais personne n’y a cru.

Dehors on traque les juifs, on fusille des gamins au mont Valérien, on meurt de faim, mais un palace se doit d’être irréprochable pour ce qui est des bigoudis.
Le Ritz, lieu des illusions.

Nous les soldats de Verdun, le vieux nous aura trahis comme aucun autre.

Frank doit reconnaître qu’Ritz, même cernés d’uniformes, a vécu la guerre comme un embusqué. Il a mangé à sa faim, il n’a jamais eu froid- il a même réussi à se constituer un magot non négligeable…mais qui saura le lot de pertes, d’angoisses et de danger que cette guerre a chagrins? Il a dû cacher son identité, il a perdu Blanche, Luciano et ce qui lui restait d’illusions… Il paie chaque jour l’impôt de la souffrance.

L’arrivée des aAlliés sonne la fin d’un monde, celui d’une vieille bourgeoisie réactionnaire gangrenée par l’appât du gain depuis plus d’un siècle.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus
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Préambule
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Incipit
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Un extrait
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Puis le dernier

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Philippe Collin – Le Barman du Ritz

X: @Philco750062 Instagram : @philco.nyc

Éditeur : Albin Michel

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Parution : 24 avril 2024

EAN : 9782226479938

Lecture : Mai 2024

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10 commentaires

    • Comme on imagine la vie à tous les étages d’un immeuble, le comptoir d’un bar est aussi l’endroit où la nature humaine se révèle. Seulement, ma curiosité est satisfaire par la littérature, car franchement, je n’aurai pu être barman ! 😅

    • C’est un roman à découvrir avec cet angle particulier de l’hyper luxe incarné par des petites mains qui ressemblent à de l’ordinaire. Bonne journée 😉

    • J’aime ses émissions . Je ne pouvais passer sans lire ce premier roman qui est réussi !

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