Mon non-hommage-Aznavour

Autant le dire tout de suite…Je ne suis jamais allée voir un concert de Charles Aznavour.

Sa froideur, son ambition, sa pugnacité ne m’étaient pas sympathiques ! Pourtant, à la fin, je le trouvais plus doux, moins acerbe, plus chaleureux. Il me semblait qu’il s’était apaisé et avait quitté le masque qu’il arborait souvent plus jeune, celui de la hargne!

Mais, bien sûr, c’était son image publique. Je ne connais pas l’homme, vous non plus, certainement !

Non, que j’ai quelque chose contre les ambitieux ! Mais, avec l’ambition arrive les certitudes et les pseudos vérités. Et, moi, malgré les apparences, je doute, je ne suis sûre de rien.

Enfin, n’exagérons pas ? Je sais s’il faut que j’achète du pain ou pas. Je sais aussi que je ne crois pas en Dieu. Maintenant, pour le reste, certaines phrases me mettent dans un monde de réflexions qui me fait quitter le présent. Bon, pas toujours, je vous le concède!

Je m’égare ..Donc, Aznavour, pas ma tasse de thé ! Et, puis, j’en ai assez de ces nécrologies, de ces hommages officiels, de ces discours, de ces images, de ces embrassades, de ces récupérations, etc..

Jalouse moi, pas du tout! Lucide !

Je n’attendrais pas les différentes émissions destinées à vous faire épuiser votre boîte de mouchoirs pour connaître ses chansons, les chanter à tue-tête dans ma voiture…Ailleurs, ils se bouchent les oreilles et me supplient d’arrêter !

Car, ses chansons m’ont accompagnée depuis toute petite. Moi, je n’ai pas eu à le redécouvrir comme les jeunes générations, ni à le découvrir, d’ailleurs. Il a toujours été présent dans ma panoplie d’airs populaires.

Mais, je lui reconnais, il a eu un vrai talent pour avoir compris son époque. Comme pour celle ci-dessous dont j’avoue n’avoir jamais appréciée son interprétation de grande folle ! Peut-être nécessaire à l’époque. Mais comme son jeu de scène changeait peu…Du coup,je préfère celle-ci :

Dans un autre registre, un film a fait éclaté un autre tabou. On découvrait qu’on pouvait mourir d’aimer …

En 1971, le film raconte une histoire vraie : celle de Gabrielle Russier qui vient de se suicider. Elle a 30 ans, enseigne dans un lycée et s’éprend d’un de ses élèves de 17 ans. Elle n’a pas supporté les poursuites judiciaires, la prison et le procès.

En hommage, George Pompidou citera Paul Eluard : »Moi mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdue, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés »

L’histoire est portée à l’écran par Alain Cayatte et la jeune Annie Girardot donne vie à Gabrielle. Mais, la sensibilité d’Aznavour l’avertit, avant la sortie du film, de l’impact qu’aura ce suicide et compose la chanson « Mourir d’aimer ».

Plusieurs décennies plus tard, Muriel Robin reprendra l’histoire dans un téléfilm pour rendre hommage à l’actrice. Mais, ce n’est plus la même époque ! …

Alors, pour revenir à ma voiture, vous voulez savoir ce que je chante :

Emmenez-moi
Au bout de la terre
Emmenez-moi
Au pays des merveilles
II me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil.

Mais, moi ce que je préfère, c’est à la fin d’une soirée, soit avec un torchon dans les mains pour essuyer la vaisselle, soit attablée encore avec tout le monde, lorsque le champagne m’a tourné un peu la tête (J’adoooore ) et que, ensemble, après avoir chanté celles de Ferrat (un passage obligé chez nous !) on entonne en cœur :

« La bohème »

« La plus belle pour aller danser »

« Retiens la nuit » …En général, cela devient rapidement du « yaourt »

« Hier encore » ….Là, c’est très tard…Car, après je pleure sans m’arrêter !

Et, s’il reste des larmes : « La mamma »

Ou encore celle-ci « Que c’est triste Venise  »

Et, pour réveiller les foules : « For me Formidable »

Tout compte fait, Aznavour, c’est pas lui que j’aime, ce sont ses chansons !