Johnny et mon Amérique !

Pourquoi à l’écoute de cette chanson, les larmes me viennent ? Et, depuis le 6 décembre, c’est pire, encore!

Il y a tout dans ce clip. Tout ce qui a fait mes rêves : la route, la solitude, le Doctor Pepper et le « dinner » ouvert toute la nuit, les negro-spirituals, la force et l’animalité d’un homme à la recherche de lui-même et même la publicité pour Marlboro, me rappelant mes années de fumeuse !  Tout de cette Amérique que j’ai tant rêvé!

Intéressé par les goûts du chanteur, Berger a découvert son adoration pour les films d’Elia Kazan reprenant les œuvres de Tennessee William. Dans ces films, Marlon Brado crève l’écran avec la force sensuelle de l’homme à la voix chaude. Un fantasme bien sûr mais auquel  les chanteurs vont répondre par le déhanché, la voix puissante allant des aigus aux graves, de la douceur aux hurlements, les tatouages, les motos, les pantalons serrés et AUSSI, bien sûr, les déglingues, les failles et les addictions ! Écoutez le héros, américain ou pas ! A un moment de la nuit, il montre ses peurs et ses abîmes au point de ne pouvoir rentrer, lui qui n’est qu’un bloc de virilité le reste des jours!

Le Johnny de « L’idole des jeunes » ou de « Reviens la nuit » n’a pas été mon idole. Je connais les paroles de ses chansons et suis capable de les chanter. Mais, le personnage public ne me correspondait pas. Trop jeune pour avoir de vrais  souvenirs de cette implosion musicale, c’était plutôt mon frère qui est passé du costume au jean et de la brosse aux cheveux longs trop rapidement.

Dans ce rêve américain, il y a aussi les grands espaces, les grattes-ciel et l’espoir d’une vie différente. Au point que je faisais le voyage en 1976 croyant y avoir accès ! En fait, j’y ai trouvé une histoire trop banale alors que je cherchais un mythe ! Et, lorsqu’en septembre, je suis rentrée, j’avais un peu vieillie : je savais que l’on ne peut pas courir après des chimères ! Alors, j’ai remisé mon rêve et continué ma route !

C’était la décennie des années 1980. La Beat génération avait inondé la société d’un « Peace and love » récupéré par la société de consommation. La libération sexuelle infiltrait tout. C’était le plein emploi.  Si on n’était pas parti sur le Larzac, il fallait qu’on s’insère dans la société, se marier, peut-être, et avoir des enfants, surement! Alors, revoir les images de cette Amérique fantasmée, c’était comme reprendre une bouffée de jouvence avant d’entrer dans la quarantaine et devenir à jamais des êtres raisonnés !

James Dean, Brando, Elvis sont morts depuis longtemps et Johnny aussi maintenant. Cahin caha, il n’est pas arrivé à flamber sa vie aussi rapidement qu’il l’avait imaginé et sa carrière dure depuis plus de 60 ans. Ce nouveau représentant du « lonesome boy » donnera avec Goldman l’une des chansons préférées des français.

Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles pour que tes nuits soient douces
J’y crois comme à la terre, j’y crois comme au soleil
J’y crois comme un enfant, comme on peut croire au ciel
J’y crois comme à ta peau, à tes bras qui me serrent
J’te promets une histoire différente des autres
J’ai tant besoin d’y croire encore
 Qui n’a pas pensé à la chanter pour y croire encore!
Sa sensualité s’adresse directement à son public. Vieilli, fatigué, et fané, il reste un Sex-symbol, au même titre que ses héros de l’Amérique d’après guerre : suant la rage et la fureur d’une sexualité assumée!
Il nous crie qu’il nous aime! Un super remontant pour les journées de mélancolie. Sauf que maintenant, il faut qu’on s’en trouve un autre qui nous dise tout ça! Ou alors, il faut se le repasser en boucle comme nos aînés avec Francois Mickael. C’est peut-être ça être vieux ! Ne trouver le réconfort que dans des chansons d’une autre époque!

Il me reste Easy reader et leurs motos, la route 66 qui n’existe que sous forme de portion, et encore, à côté d’une Highway,  et surtout le blues !

Le Rhythm and Blues ou le rock’d roll mettent en scène le mythe. Il suffit d’une de ces musiques sur une route américaine, vide et droite comme je n’en avais jamais vu auparavant,  pour que je me pince en me disant que je ne rêve pas ! Et, en les réécoutant, c’est un peu de ce rêve d’espace, de vent et de rage qui me revient intact ! Comme une nouvelle jeunesse qui d’un coup de baguette magique enlève les désillusions, les peines et les épreuves. Tous ces rhumatismes de l’âme qui compriment le cœur! Cette Amérique-là est un bain de jouvence qui me décroche les larmes mais aussi des tapements de pieds de souvenirs retrouvés.

Aujourd’hui, comme beaucoup de français, le cœur était serré. Le saltimbanque est parti et cette Amérique n’est plus qu’un souvenir ébréché.

Alors, triste oui jusqu’au moment où une musique connue vienne de nouveau faire battre mes mains et taper mes pieds et me faire oublier que certains jours, la vie est triste à pleurer mais qu’il faudrait mieux en rire !

Et, j’ai de nouveau un rêve. Quelques mètres sur une Harley sous le soleil des grands canyons en écoutant du blues !