N.Malowé-Le printemps reviendra

Rentrée littéraire 2024

Poésie et Beauté d’Afghanistan – Résilience et Espoir à Travers les Mots

Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris 2024

vagabondageautourdesoi.com - Nour Malowé -

Nour Malowé propose avec Le printemps reviendra une fine analyse du passage d’une société moderne à l’obscurantisme le plus arriéré. L’histoire ancienne nous enseigne le contraire. Seulement, depuis le XXè siècle, le monde a appris que les droits les plus fondamentaux acquis aux cours des siècles pouvaient régresser au point de ne plus exister. À partir d’un sublime portrait féminin, attaché viscéralement à sa liberté, le roman décrit ce changement mais affirme aussi qu’aucun groupe, aucune organisation ne peut éteindre la flamme de l’espoir et de l’émancipation.

Brins d’histoire

Femme libre et mère de cinquante ans, Marwa se consacre à son métier de médecin à l’hôpital de Kaboul en Afghanistan. Elle travaille en lien avec les services de santé français de pointe pour opérer les malformations cardiaques infantiles. D’ailleurs la France envoie toute l’assistance technique et médicamenteuse nécessaire. Aux côtés de ces jeunes patients, Marwa côtoie la misère, le décalage existant entre le reste du pays et sa capitale et le rôle toujours subalterne joué par les femmes dans une région où les coutumes ancestrales perdurent.

Seulement, nous sommes au début de juillet 2021! Les Américains mettent fin à la plus longue guerre de leur histoire moderne. En même temps, les informations montrent la progression des Talibans vers la capitale, bien décidés, après le départ des étrangers, à anéantir le régime corrompu et reprendre la direction du pays.

Du quotidien de Marwa, Nour Malowé montre, de façon réaliste, le retour de la peur chez les femmes, après le départ des étrangers. Le manque de médecins, le manque d’infirmiers devient criant car tout le monde cherche à fuir.

Puis, viendra le temps où leurs idées précéderont l’arrivée des soldats. Nour Malowé décrit le harcèlement subit par Marwa. Et ce bourreau viendra, jusque sous ses fenêtres, menacé sa famille.

Marwa a déjà vécu sous un régime Taliban, il y a vingt ans. Leur arrivée changera de nouveau le destin des femmes, les enfermant, les mutilant, les emprisonnant et les engrossant. Non seulement, la vie professionnelle va changer mais sa famille va éclater.

Mais, « ils peuvent tuer toutes les hirondelles, ils n’empêcheront pas la venue du printemps » précise un proverbe afghan.

Poésie et beauté afghane

Nour Malowé nous fait cheminer, avec la main de Marwa dans la nôtre, ressentant ses peurs et ses renoncements tout en célébrant la vaillance de son courage. Les mots sont empreints de cette poésie ancestrale épousant l’usage de cette terre, profondément marquée par la richesse de son passé. Cette beauté est présente à chaque page pour célébrer la grandeur d’un pays ravagé.

Ainsi, Nour Malowé livre un pays différent des images de guerre, de pauvreté et de destruction entraperçues. Berceau de l’humanité, la terre afghane a gardé toute la sagesse de ses poètes et la témérité de sa jeunesse. L’écrivaine en ressuscite leurs chants.

Nour Malowé décrit la progression des Talibans, la désintégration d’une famille, la souffrance de chacun, l’emprisonnement de la femme, le harcèlement et la peur, le décalage des générations face à eux, la recherche de l’exil et la résistance de la jeunesse. L’étouffement est ainsi palpable avec cette écriture âpre, …mais toujours poétique.

Espoir dans l’obscurité

Néanmoins, le message primordial de ce roman est de dépasser toutes les servitudes car la liberté reviendra. Cet engagement d’espoir rédigé avec certitude est toute la richesse de ce roman humaniste, malgré le destin de chacun.

Le portrait d’une femme inoubliable, une nation étouffée mais pas vaincue, le roman de Nour Malowé célèbre la résilience d’un peuple qui, même réprimé, pourchassé et censé être dominé, sait garder secrètement son désir de vivre libre pour le ressusciter lorsque le printemps reviendra !

Puis quelques extraits

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Tous ici savent que l’opium est récolté à partir du pavot. Tous ici savent que les talibans produisent quatre-vingt quatre pour cent de l’opium mondial. Inondation planétaire talibane qui tue davantage que le terrorisme.

Le peuple de ce pays, de ce pays superbe, est dépendant du pavot. Du corps à l’esprit. Le peuple en est malade, de ce pavot. Femmes soupçonneuses, vieillards alanguis,enfants en carcasses – intégrité dépecée par la drogue.

Pour les Occidentaux, la honte arrive, et elle sera célèbre, dans chaque recoin terrestre où il y a des insatisfaits.

Sa bibliothèque est touffue comme une forêt équatoriale.

Facile de changer de femme. On la fourre dans un sac de tissu. On la désigne à ceux qui arrivent. On la calomnie. Et ceux-là seront trop heureux d’en découdre.

Quand vient la nuit, la peur se tient à la porte, et quand vient le jour, elle se tient sur les collines.
Proverbe persan du XVe siècle.

Elle songe à son plaisir de femme. Ici, les talibans ne coupent pas les clitoris. Pas d’excisions. Ils coupent les femmes en entier.

Et encore,

Elle sait très bien que les Américains s’en vont. Raisons supplémentaires pour vivre. Vivre. Ce n’est la vie, la chanter pour une belle empoignade.

Je veux avoir mon nom sur ma tombe. Et je veux que tu sois ton nom sur la carte d’identité de tes enfants.

Vingt millions de femmes composent un ensemble. Vingt millions ! Pas une seule ne devrait se suicider par terreur de l’avenir.

La quête de visa est une beuverie dont il revient soûl et qui dénature son tempérament. Son silence et sa santé piteuse avouent sa défaite et cela le ronge.

Marwa se relève de la prière. Elle comprend quelque chose, au seuil de sa conclusion. La peur est plus douloureuse que ce qu’on imagine, que ce qui lui succède, La peur est plus abominable que la mort.

On pourrait envisager de lui faire ployer la nuque sur un coup de sang, mais son âme lui appartient.

Les poètes racontent les choses avec crudité, malgré les apparences. Une sensibilité qui les rend lucides, et de temps de clarté ils pourraient devenir fous.

L’exil, pourrir dans un camp de réfugiés, mendier un visa, en espérer constamment sa pérennité. Aboyer ses qualités professionnelles et humaines pour les prouver. Réclamer. Égratigner sa dignité, se fendre de courbettes, puis la perdre. Un peu plus dans cette dégringolade infernale.

Ici en bref

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Incipit
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Un extrait
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Puis le dernier

Questions pratiques

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Nour Malowé – Le printemps reviendra

Instagram : @marlowe_nour

Éditeur : Récamier

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Parution : 22 août 2024

EAN : 9782385771249

Lecture : juillet 2024

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18 commentaires

    • j’ai été touchée par ce portrait de femme si courageuse qui ne perdra jamais espoir malgré…
      Pas encore lu le Carole Martinez, il m’attend. Mais, je crois que d’autres plus légers seront découverts avant ! A suivre donc …Bonne continuation !

    • Il me semble très réussi en effet ! A suivre donc pour avoir ton avis !
      Bonne continuation 😄

  1. Un roman qui semble poignant. Je n’ose imaginer ce que vivent les gens sur place alors ce genre de textes qui le montre tout en gardant une note d’espoir me semble essentiel.

    • Grand roman et beau portrait de femme combative et consciente !
      Bonne continuation 😄

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