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Une histoire d’amour et de violence – Olivier Bourdeaut

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Mais, quelle chimère, Olivier Bourdeaut nous a-t-il servi avec son premier roman, pour venir aujourd’hui nous raconter son enfance, saccagée par la violence d’un père. En attendant Bojangles avait laissé ses lecteurs sur une histoire de folie, celle de sa mère, de l’amour du couple, absolu et sublime, mais rendu fou, par trop d’irréalité et de passion.

Seulement, Une histoire d’amour et de violence décrit les rapports d’un père tout-puissant avec sa famille, ne leur laissant aucun espace de liberté qu’il n’aurait été autorisé au préalable. Et c’est au moment de son enterrement, que son roman En attendant Bojangles connaît le succès, que ce récit commence.

Olivier Bourdeaut décrit ces épisodes où la promotion de son livre le met en lumière et où intimement, il doit gérer le deuil de cette personnalité si violente, sans en parler lors des interviews. 

« Oui mais non mais »

Dix ans après, Olivier Bourdeaut confie à l’écriture ses souvenirs et propose de se défaire de la violence pour retrouver l’amour de ce père que l’enfant lui vouait. Exposer ainsi ces agressions, avec les yeux d’enfants qui les ont subies, dans une certaine normalité, est extrêmement dérangeant. Cette folie du quotidien est extrêmement difficile à supporter.

Très peu de leur entourage ont pu s’interposer et aucun n’a arrêté les sévices. Ceux physiques, des gifles, le plus communément, ne sont rien par rapport à ceux psychologiques.  « Oui mais non mais. » Et, il passait à autre chose.

Après les souvenirs, Olivier Bourdeaut tente les explications. Est-ce que ça excuse ? Non, mais cela permet à l’écrivain de laisser son amour se dire. Car, ce récit est une analyse extrêmement fine de cette relation complètement déséquilibrée entre un parent et son enfant, lorsque celle-ci est pervertie.

Difficile d’imaginer que l’amour, le véritable, est à l’œuvre dans les sévices. Et pourtant, Olivier Bourdeaut le démontre tout au long de son récit d’une enfance abîmée qui laisse à l’adulte futur l’impossibilité d’une joie sereine et tranquille et la répétition de constater, une nouvelle fois, qu’on est « bon à rien » et qu’on vient encore de rater quelque chose. Ce refus du réel, comme la difficulté de s’extirper du monde de l’enfance saccagé, afin d’affronter l’extérieur et sa réalité, reste difficile à l’enfant qui a grandi si mal.

Éprouvant ce récit, qui n’est pas un roman noir ! Et, néanmoins, il renseigne sur ces dommages perpétués par un adulte qui ne remplit pas son rôle de protection, d’amour et soutien. Alors, même si Olivier Bourdeaut tente des explications, psychologiques, médicales et autres, cet amour pour le père, qui fut souvent de la haine, mais existe, bien réellement ! À découvrir !

En quelques mots

Avec Une histoire d’amour et de violence, Olivier Bourdeaut abandonne la fantaisie d’En attendant Bojangles pour raconter une enfance détruite par un père violent. Entre amour filial, peur et humiliation, l’auteur analyse avec une grande finesse les mécanismes de l’emprise familiale. Un récit éprouvant, bouleversant et profondément humain sur les blessures laissées par l’enfance saccagée.

Puis quelques extraits

« – Occupe-toi de ta vie, je me charge de ma mort, je ne veux plus te voir ».

Non seulement il n’expliquait pas la punition, mais il ne s’excusait jamais quand il avait tort, ce qui lui arrivait de temps à autre. S’ils avaient vécu chez nous, les adeptes de l’éducation positive auraient sauté par la fenêtre en hurlant des citations de Françoise Dolto, avec dans les yeux des larmes de sang. Mais, voyons, l’enfant n’est pas une personne, c’est un pion.

J’avais l’impression d’être fort en détruisant ce mur, alors que j’étais seulement con en détruisant mes mains. J’espérais que la douleur physique effacerait la douleur morale. Ce n’était jamais le cas.

Alors oui, pourquoi serait-il avantageux d’avoir eu une enfance malheureuse pour devenir écrivain ? J’ai un début de réponse, même s’il me faudrait peut-être mille pages pour élucider ce mystère. Je pense que le fait d’être le bénéficiaire, si je puis dire, d’un traitement particulier pendant l’enfance oblige à se concentrer plus que nécessaire sur soi, à analyser très tôt ce que l’on ressent, ses réactions, ses sentiments, sa capacité de résistance et ses limites.

Cela impose d’office une certaine solitude même si l’on vit, comme moi, entouré de nombreux frères et sœurs. Oui voilà, l’enfant malheureux développe un égoïsme de survie et, en même temps, cette mise à l’écart l’oblige à observer le monde qui l’entoure avec un autre regard, de biais, une certaine distance qui peut devenir plus tard celle de l’auteur vis-à-vis de l’univers qu’il décrit et des personnages auxquels il donne vie.

Et encore,

Avant cette épiphanie, c’était notre vie, je ne me posais pas de questions, on n’interroge pas la banalité du quotidien, on la subit, c’est dur mais c’est ainsi. Mais, cette fois-ci, en le voyant payer une nouvelle entrée en fulminant, je ne peux pas m’empêcher de jubiler : « Bien fait pour toi, pour une fois que tu dois payer pour tes conneries ! »

De toutes les drogues que j’ai consommées la lecture est la plus puissante, sans descente. C’est la seule qui ne réduise pas l’espérance de vie, au contraire, elle la multiplie par mille sans bouger d’un centimètre. J’ai mis un peu trop de temps à le comprendre.

C’est la mission que je lui donne en décrivant une famille hors des conventions, frappée de ce mot si laid de dysfonctionnelle. J’écris tout simplement le contraire de ce que j’ai vécu, la lumière donne un reflet féerique à mes chagrins, à mes regrets.
(…) Cette chimère qui prend forme dans ma tête, cette fête permanente. Je la vis déjà en imagination.

Avant d’être un père, j’avais oublié que Pierre avait été un fils. Et un jour, il faudra que je me penche sur ce qui est arrivé à ce fils pour qu’il soit devenu ce père-là.

Aujourd’hui, je suis seul. Plus que jamais, je suis libre.
Je te dois tout, je ne te dois plus rien.
Je te devais bien ce texte.

C’était un peu le problème avec mon père, c’est qu’on l’admirait souvent pour de mauvaises raisons.

Et, encore, encore

Je commence à comprendre pourquoi je vais écrire ce livre. Non pas pour tuer le père, non non, si j’en ai rêvé toute la première partie de ma vie, il l’a très bien fait tout seul. J’écris ce livre pour m’empêcher, pour me retenir, pour vous rendre témoins en quelque sorte d’un crime que je refuse de commettre. Ce livre sera je l’espère l’antidote qui m’empêchera un jour d’envoyer une rafale de gifles dans le sourire de mon fils, une humiliation dans sa joie de vivre.

Voilà. J’écris ce livre pour tuer le fils que j’avais fini par devenir.

Des roses vénéneuses pour sa femme et ses filles, la rossée, les coups et les épines pour les garçons.

Réels ou imaginaires, il me fallait toujours des adversaires. Sans eux, le vide, la chute. Inspirer le dégoût c’est toujours mieux que la pitié, non ?

Ici en bref

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Questions pratiques

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Une histoire d’amour et de violence – Olivier Bourdeaut

Éditeur : Gallimard X: @Gallimard  et Instagram : editions_gallimard – Facebook

Parution : 30 avril 2026 – EAN :  9782073130242– Lecture en avril 2026

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13 commentaires

    • Sa sincérité est une arme qui déconcerte. J’etais admirative de le voir si « tranquille » hier à la Grande Librairie du travail intense qu’il avait fait sur lui-même.
      Bon week-end prolongé !

  1. Pour le moment, j’en ai un peu marre des auteurs qui règlent leurs comptes avec leur père, leur mère ou autres membres de la famille. En plus, souvent, je trouve que leurs récits ne peuvent intéresser que leur famille…

    • Je comprends cette lassitude et je ne sais expliquer cet engouement littéraire pour les retours en arrière. Sauf, à dire, que les écrivains vieillissent comme la population et qu’à partir d’un certain âge, s’interroger sur sa vie devient presque une nécessité pour éviter de passer le reste de ses jours à courir après des chimères.
      Mais, justement puisque ce sont des écrivains, en travaillant sur leur histoire, souvent ils atteignent l’universel et cela devient de la littérature.
      Mais, je comprends que ça puisse gonfler 😀

  2. Un livre qui doit être poignant, et qui a dû demander beaucoup de courage à l’auteur. Quand on pense à ses enfants maltraités sans qu’un adulte n’intervienne…

  3. Je trouve incroyable de subir tant de violence et pourtant de parvenir à s’en sortir ainsi, écrire, passer sur les plateaux tv, c’est bien et donne de l’espoir.

    • On va voir ce soir sa prestation et pouvoir étudier sa sincérité. Car, ne l’oublions pas, il nous a baladé avec son premier . Néanmoins, cet écrit semble sincère. À suivre donc !

    • Oui, il nous a emporté dans la folie de ce couple. Difficile de croire en effet que cette fiction cachait autant de blessures ! À voir sa prestation à la Grande Librairie ce soir.

  4. Bonjour Matatoune, je n’avais pas trop aimé « En attendant Bojangles », peut-être que celui-ci pourrait me convaincre davantage. J’ai tendance à préférer les histoires vraies plutôt que les fantaisies loufoques. Merci de cette présentation 🙏😊 Excellente journée à toi ☀️

    • Apparemment celle-ci est son histoire dite vraie ! J’ai du mal à comprendre pourquoi il a inventé avec Bojangles une telle fiction. Peut-être que son passage à la Grande Librairie m’éclairera ! Merci de ta fidélité ! Excellente continuation !

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