Delphine de Vigan – Je suis Romane Monnier

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Depuis cinq ans, Delphine de Vigan s’était tue, littérairement parlant. Ce mois de janvier voit la publication de « Je suis Romane Monnier« .

Un samedi soir dans un bar de mars 2025, Thomas retrouve son copain, Nathan pour ensemble refaire le monde une énième fois. Au matin, il constate que le téléphone qu’il a en main, n’est pas le sien. Au lieu de récupérer le sien, la jeune femme lui abandonne le sien avec le code.
Va suivre une véritable enquête pour déterminer qui est Romane Monnier, pourquoi un tel geste et quels en sont les objectifs.

Ce roman « Je suis Romane Monnier » est élaboré avec talent. L’intensité romanesque est parfaitement conservée tout au long du livre. Son thème s’inscrit complètement dans la mouvance actuelle qui semble, enfin, s’inquiéter de notre addiction au téléphone. Delphine de Vigan démontre que cet objet, devenu indispensable, recèle toute notre vie, y compris ce que l’on ne voudrait pas que d’autres voient.

Que veut-on laisser comme traces après notre mort ?

Depuis, quelques romans, Delphine de Vigan a démontré sa capacité à saisir l’air du temps pour permettre au lecteur de s’interroger et de réfléchir. Ici, le rapport avec cet objet, véritable maîtrise de la technologie, nous rend captif et prisonnier. Il nous force même à nous retirer du monde alors qu’il était développé pour nous en rapprocher.

Son habileté à nous montrer tributaires d’une image irréelle qu’on veut projeter de nous-mêmes est assez exceptionnelle. Loin d’une analyse qui serait fastidieuse pour beaucoup d’entre nous, l’écrivaine met en scène, par sa fiction, tous les éléments de notre addiction sociétale : être beau (belle), voyager dans des endroits intéressants, visiter des expositions sensationnelles et être heureux, et surtout le montrer. Sans cette construction, existons-nous ? Delphine de Vigan nous pose la question.

Toutefois, la place que prend cette enquête pour Thomas, m’a dérangé. Elle l’accapare entièrement, au point que Delphine de Vigan le décrive dépendant à l’enquête. Et, le voilà plongé dans cette histoire, sans distance, pour comprendre pourquoi les gens partent, s’effacent, se font oublier, pour mieux se réinventer ailleurs.

Ce roman soulève la question lancinante de l’héritage laissé par ceux qui s’en vont et, par extension, des empreintes que nous-mêmes voulons laisser derrière nous lorsque la mort nous emportera. Il y a dans « Je suis Romane Monnier » une mélancolie à laquelle Delphine de Vigan ne nous avait pas habitués. Heureusement, le final emporte le lecteur vers un apaisement, une sorte de renaissance appréciée.

Mêlant, comme toujours, l’intime avec l’universel, Delphine de Vigan réussit à capter l’air du temps en incluant nos interrogations sur nos traces que le téléphone enregistre à notre insu à une fiction sur la disparition, volontaire ou non. Du bel ouvrage !

Puis quelques extraits

Car à force de nous exposer, ne risquons-nous pas de disparaître ? Et à force de laisser nos traces, partout, tout le temps, de n’en laisser aucune ?

Nous devons nous préparer à avancer dans le noir, sans repère et sans certitude. À vivre dans un autre monde, un monde illisible dont nous n’aurons pas les clés.

Nous devrons apprendre à vivre dans un monde privé de vérité

On a l’impression qu’on peut être en connexion totale avec le monde et informés de tout. Mais, en réalité, on est devenus des spectateurs, cloués à nos lits, à nos canapés. Et sous prétexte d’être en contact les uns avec les autres, on n’a jamais été aussi seuls.

Comment résister à l’époque quand celle-ci nous submerge d’émotions, de sensations, qu’elle nous gave de fakes news et d’amis virtuels ? Quand elle a rendu le mensonge si semblable à la vérité ?

Et, encore,

Nous avons ri de voir le pape en doudoune blanche, et le président de la République ramassant des déchets avec un gilet orange. Nous nous sommes moqués de cette femme qui a cru que Brad Pitt était tombé amoureux d’elle. Mais bientôt, nous ne rirons plus. Nous serons ensevelis sous un torrent d’images, d’histoires, d’informations, parmi lesquelles nous ne saurons plus distinguer la vérité du mensonge. Bientôt nous ne serons plus capables de savoir si une voix est humaine, si une photo est intacte ou a été modifiée, si l’image d’une vidéo est réelle ou a été générée à partir de rien. Nous ne saurons plus reconnaître la mystification et encore moins la prouver. N’importe qui pourra dire ou brandir n’importe quoi, et nous n’aurons plus aucun moyen de vérifier. Nous ne saurons plus détecter le mensonge, car il ne laissera plus de traces. Chacun campera sur son pré carré, s’enfermera dans son bunker, armé de ses preuves dont nul ne pourra vérifier la véracité.

Et, encore, encore

Dans trente ans, que restera-t-il de nos likes, de nos avis, de nos indignations fugaces, de nos révoltes virtuelles, noyés dans la masse infinie des données numériques ?
Que restera-t-il de nous ?
 

Cet objet est le lieu de la connexion et du secret. Du rituel et du refuge. Des rêves et des regrets.

– Ça veut dire qu’il n’y a pas de vérité ?

– Si. Bien sûr. Il y a des faits, objectifs, irréfutables. Au-delà de toute interprétation. Mais cela veut dire aussi que votre vérité à vous, la manière dont ces faits vous ont touchée, s’élabore en plusieurs fois. Elle n’est pas figée, elle se construit, elle évolue au fil du temps. Et la parole, votre parole, contribue à cette élaboration.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Libération

Pour aller plus loin

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Questions pratiques

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Delphine de Vigan – Je suis Romane Monnier

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Instagram : @delphinedevigan9

Éditeur : Gallimard X: @Gallimard  et Instagram : editions_gallimard – Facebook

Parution : 15 janvier 2026 – EAN : 9782073113252 – Lecture en janvier 2026

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22 commentaires

  1. J’ai tellement adoré bon nombre de romans de cette autrice que je me réjouis de la lire à nouveau… quand? mystère !

    • Alors, oui il devrait te plaire ! Excellente lecture. Merci de passer par ici 🙏📚

  2. J’apprécie cette auteure, je note ce titre, Je me souviens qu’enfant on avait 20 ct dans la poche pour pouvoir appeler la maison d’une cabine en cas d’urgence, on croirait qu’on parle de l’age de pierre tant nos natels nous sont devenus indispensables. Bonne journée

    • Oui, c’est sûr. Seulement la pièce dans la poche ne permettait pas de lire des journaux ou même des livres, ou d’écrire ses notes, etc. Je pense que ce sont les réseaux sociaux, formidable ouverture sur le monde, sauf que des algorithmes en ont perverti l’usage initial et que des décébrés s’y répandent alors que même à l’ancien café du commerce, ils n’oseraient même pas donner leur avis, de peur que le gros bebert leur casse la gueule !🤣

  3. J’en ai lu quelques-uns de cette auteure et c’est vrai! qu’on ne l’a plus vue depuis un certain temps. A voir si je vais renouer avec elle.

    • Suis allée sur votre blog. Mais je n’ai pu envoyé mon commentaire, n’ayant pas de compte canalblog ! Désolée !

  4. Un roman que je lirai un jour prochain, j’admire la capacité de l’autrice à saisir avec acuité notre société et à la décortiquer méticuleusement…

    • Ah oui, elle a un vrai talent pour saisir l’air du temps et projeter son lecteur dans la réflexion ! Hâte de lire ce futur retour !

  5. je ne suis pas certaine de m’y plonger, en tout cas, pas ma priorité. si je tombe dessus, je m’arrêterai😊

    • J’avoue que moi aussi j’ai tourné autour sans me décider à m’y plonger !

  6. Merci Mata 🙏🏻
    Delphine de Vigan aborde un thème très intéressant. Ouvrons les yeux et quittons nos portables 🫣
    heu…. Facile à dire mais 😂 impossible.
    Je vais lire ce livre, j’ai une grande admiration pour Delphine De Vigan. Mon préféré : « rien ne s’oppose à la nuit. »

    • Moi aussi, ce fut mon premier et celui qui me reste encore complètement en tête ! Excellente continuation ☔️📚🙏

    • Alors, je te souhaite une bonne découverte. Et au plaisir de te lire 🙏📚

  7. Bonjour Matatoune, j’apprécie Delphine de Vigan, j’ai lu quatre ou cinq de ses livres. Le thème du smartphone me paraît un petit peu facile mais les extraits que tu donnes me plaisent assez. Je lirai ce roman quand il sortira en poche. Merci 🙏 Excellente journée à toi 🌞🍀🤞📚🤩✨️

    • Comment s’est-on laissé autant happé par cet outil ? À voir tout le monde dans les transports, il y a de la relation à une bulle qu’on a choisi et qui nous fait du bien. Et si le problème c’était pas notre attirance et plutôt notre besoin de « calinothérapie » face à la difficulté du travail et du monde en général ! Je le pense sincèrement. Et, les attaques sur notre surconsommation ne sont encore que la mauvaise réponse à une situation qui dépasse ! 🤣J’arrête là ! 🤣
      Excellente semaine ! 📚🙏

    • Oh, je reste dubitative ! Cet outil est mon bloc-notes, mon agenda, mes liens avec mes proches, mes dictionnaires, les journaux auxquels je suis abonnée, la radio que j’écoute, les poadcasts que j’écoute, les livres que je peux lire, si j’ai pas ma tablette et j’en oublie. Alors, oui, le problème, c’est qu’il se rappelle de tout et que des algorithmes comprennent mes goûts et me les satisfont . Soyons vigilants pour supprimer nos historiques et bien règlés nos paramètres. Et surtout, pour les reseaux, utilisons-les mais ne soyons pas dupes ! Et, pour la culpabilité, il y a tant d’autres choses qui peuvent me sentir coupable que celle-ci je n’en veux pas 🤣📚🙏🤣

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