
Second roman de Vidya Narine, Le ciel est mon drapeau raconte l’émigration vietnamienne, complètement oubliée, qu’elle fait renaître pour que, dit-elle, les fantômes puissent être enfin apaisés.
Une ascendance vietnamienne cachée pour mieux s’intégrer à des kilomètres de distance, dans cette France, multiple et diverse, où on ne compte si peu. Pourtant, Vidya Narine décrit les mêmes procédés de rejet, d’invisibilisation que pour d’autres émigrations en y ajoutant la spécificité de sa culture. Cette nuance ouvre un champ entier, méconnu et lointain, qui rarement fut raconté. Les Annamites comprennent une vingtaine de langues et « quarante-huit millions de visages ».
Reprendre les histoires de ces deux ascendances permet à sa narratrice un je, certainement romancé, qui révise le passé du Viêt Nam ainsi que l’histoire de la colonisation française.
« C’est pourquoi je cherche à ce que les lettres et les phrases se tiennent, forment des fils incassables et tous ensemble une corde, tendue entre passé et présent.«
Le ciel est mon drapeau présente de manière innovante une culture souvent perçue comme « exotique », en explorant à la fois ses fondements et ses enjeux à travers un mélange de documentations, de récits et de réflexions.
Mais aussi, Vydia Narine dénonce l’emprise de l’État français sur cette partie du monde, le déséquilibre des forces et le nombre de morts constatés.
« Poignées de terre après poignées de terre, mot après mot, il faut réparer, inlassablement, même si l’on est en retard pour toujours, d’une humanité au moins. «
Le ciel est mon chapeau est un cri de révolte, une ode aux anciens, un poème d’une contrée oubliée mais qui coule dans les veines, un puissant pamphlet contre le colonialisme, une révolte sourde contre notre monde actuel mais une tendresse émue pour le parcours de ceux qui la constituent.
Bref un texte émouvant souvent poétique, d’une extrême sensibilité :
« Il existe un sixième élément, dont le rôle est de protéger les cinq autres, c’est l’enveloppe du cœur. Je l’ai composé des pages de ce livre, où les souvenirs exhumés reposent désormais. Le corps retrouvé se redresse, caresse les herbes et les cimes à venir, traverse le roman national qu’il amplifiait de son chant. »
Remerciements
Aux éditions Les Avrils et NetgalleyFrance
Puis quelques extraits

Nous étions quelques herbes et feuilles tendres croissant en rhizome autour de ma grand-mère.
La conviction d’être supérieur n’a jamais aidé à lire une jungle, tout comme les paupières lourdes empêchent de voir.
Abandonnée, la population reste isolée derrière les préjugés, surveillée par la police. Les notes de bas de page du roman national sentent le purin, et le purin est fertile, l’homme politique le sait.
Si je donne de l’eau, un fruit, un bol de riz fumant à un fantôme inconnu, j’espère que quelqu’un, quelque part, fait de même pour mes fantômes perdus.
Poignées de terre après poignées de terre, mot après mot, il faut réparer, inlassablement, même si l’on est en retard pour toujours, d’une humanité au moins.
Il existe un sixième élément, dont le rôle est de protéger les cinq autres, c’est l’enveloppe du cœur. Je l’ai composé des pages de ce livre, où les souvenirs exhumés reposent désormais. Le corps retrouvé se redresse, caresse les herbes et les cimes à venir, traverse le roman national qu’il amplifiait de son chant.
Et encore,
Si l’on prend soin de morts inconnus, on doit pouvoir prendre soin des vivants.
J’exhume un corps, celui du Viêtnam Nam dans le corps français, disparu dans son histoire, ses contours et ses organes, j’exhume un corps sans mausolée.
L’attachement aux traditions est vertueux chez les Asiatiques, trahison chez les Arabo-musulmans.
Ce message est désormais prêt à rencontrer une personne à qui je n’ai pas parlé depuis des années, même en esprit. La voilà toute proche de moi, de l’autre côté de ces quelques mots, et de l’eau salée au bord de mes yeux.
C’est pourquoi je cherche à ce que les lettres et les phrases se tiennent, forment des fils incassables et tous ensemble une corde, tendue entre passé et présent.
Ici en bref

Questions pratiques

Vydia Narine – Le ciel est mon drapeau
Rentrée littéraire hiver 2025
Prix Multitude 2025 de Seine-Saint-Denis
Éditeur: Les Avrils – X : @LesAvrils Instagram : @lesavrils- Facebook
Parution : 8 janvier 2025 – EAN : 9782383110330- Lecture : Décembre 2024




Cette lecture me tente. Merci.
Je voudrais connaître ton avis, en effet ! À suivre …
Bonjour Matatoune c’est vrai que les Américains ont beaucoup parlé de la guerre du Vietnam tandis que les Français évoquent très rarement la colonisation là-bas et la guerre qu’ils ont faite également. Merci de cette présentation, bon dimanche 😊🙏📚✨️🌟
C’est le mélange des genres qui fait la spécificité de cet écrit, entre documentaire et autobiographie. A découvrir assurément !
Bonjour Matatoune. Ce livfre devrait me plaire car j’ai peu lu sur ce sujet de l’immigation des annamites. Bonne journée
Un sujet peu traité, cette communauté est peu visible ici. Je note ce livre qui devrait beaucoup me plaire. Bon week end
Un sujet en effet peu traité, avec son ambiguïté!
Bon week-end 📚
Un livre qui doit être très intéressant car il aborde une thématique peu traitée. On parle peu de la communauté vietnamienne et de son histoire. Merci Matatoune 🙂
Oui et ses multiples références sont autant d’atout très apprécié !
Très bon week-end à venir !
Un livre qui doit être poignant, c’est vrai qu’on ne parle guère de cette immigration, elle est peut-être moins nombreuse donc passée sous silence? Bonne journée Bises
Oui, pour moi une vraie découverte ! Bon week-end ⛄️