
La question que pose Laure Murat dans ce tout petit essai est de comprendre pourquoi les textes classiques sont retouchés. Courant de la cancel culture ou du wokisme, il y a deux axes en vigueur actuellement. Le premier est une réécriture au sens de création. La seconde est une récriture au sens de remaniement, de correction et, à terme, de falsification du texte. Cette dernière est une tendance forte aux États-Unis. Elle est incarnée par les « sensitivity readers » des maisons d’édition. Ils revisitent les textes classiques pour édulcorer les mots racistes, ceux du colonialisme et de l’antisémitisme, par exemple.
En reprenant pour titre une phrase d’Antonin Artaud, elle démontre qu’il s’agit d’accepter les textes anciens vierges d’intervention. Évidemment, elle prône que, au nom de la liberté d’expression, l’auteur est le seul maître des mots qu’il écrit.
Sa théorie
Pour contourner les deux axes des « censeurs » actuels de l’édition, elle milite pour la restauration de la préface, par exemple. Celle-ci permet de conceptualiser l’écrit. Son analyse se fonde sur des titres du patrimoine comme les Dix petits nègres d’Agatha Christie, Tintin au Congo ou au Pays des Soviets, les romans de Roald Dahl (comme Mathilda et Charlie et la chocolaterie) ou encore les écrits de Ian Flemming (James Bond).
Elle identifie deux différences qui me semblent importantes de repréciser : La censure appartient à une démarche des États. Les courants ne peuvent que boycotter, comme ne pas lire, ne pas aller à un concert, ne pas voir un film et c’est un acte politique. Avec l’administration actuelle des États-Unis, qui cible une centaine de mots dans des écrits et des demandes de bourses, c’est bien, insiste-t-elle une censure pour empêcher de penser, et évidemment s’ancre alors dans des fondements fascistes du contrôle des idées.
Écris dans un langage simple, avec les notes placées à la fin, cet essai fait le point sur les démarches de cancel culture, prônée, insiste-t-elle, par des arguments mercantiles.
Laure Murat insiste sur la nécessité de la conceptualisation dans l’explication donnée. C’est-à-dire le souci que doivent conserver les éditeurs de remettre l’œuvre dans son contexte historique, un film dans son époque ou une chanson dans l’ambiance de sa création.
Pour nous, passionné(e) de découverte littéraire, il me semblait nécessaire de préciser ces points explicatifs, comme un outil pédagogique, lorsque nous présentons nos chroniques et d’avoir ce souci constant de replacer l’œuvre dans son époque.
Puis quelques extraits

Si tout devait être arasé dans le même sens, cela reviendrait à récrire, en dépit du bon sens, des histoires dans un monde où le racisme n’existe pas. Vraiment ?
Extirper d’un texte ici un monde un mot insultant, là un adjectif désobligeant revient sortir des poissons crevés du qui, de toute façon, est empoisonnée.
Ces exemples montrent que la réécriture est par définition vouée à l’échec. C’est une demi-mesure, qui ne peut pas remplir le programme qu’elle s’est fixé. Car on ne s’attaque pas à l’inconscient collectif ou à » l’esprit du temps » par des interventions ponctuelles et cosmétiques.
Car la préface est le dispositif idéal pour mettre de l’intellect à la place de l’affect qui brouille les meilleurs esprits, et fournir les outils capables de transformer la souffrance et le ressentiment des groupes ciblés en objets de réflexion.
(…) Le désir de lisser le monde à tout prix, aux dépens de la pensée.
Ici en bref




Du côté des critiques : Le Monde
Pour aller plus loin
Proust, roman familial
Questions pratiques

Laure Murat – Toutes les époques sont dégueulasses
Éditeur : Verdier – X : @EditionsVerdier – Instagram : @editionsverdier – Facebook
Parution : 8 mai 2025 – EAN : 9782378562533 – Lecture : Mai 2025


Ce livre me parait indispensable. On ne peut évidemment pas juger une époque avec les préjugés d’une autre et rien ne dit que nous en ayons moins que ceux qui nous ont précédés. Chaque génération se croit obligée de réinventer la roue. Bon week end
Comme d’habitude, ton intervention résume tout ! Bravo et très bon week-end prolongé 🌼🌞
Bonjour Matatoune, ce livre a l’air formidable, je suis entièrement d’accord. La cancel culture est une grossière bêtise. En plus, notre époque ne vaut pas mieux que les précédentes et je ne crois pas qu’on soit bien placé pour juger nos ancêtres. Merci, belle journée à toi 🙂
Parfait résumé de ce petit essai ! Bravo ! Très bon week-end prolongé ! 🌞
Merci beaucoup 🙂 Très bon week-end prolongé 🌞🍀🌷
Aussitôt lu ce billet, aussitôt glissé ce petit livre dans mon cabas en passant à la librairie ! Merci pour la recommandation.
Alors, J’attends avec impatience le retour . Bonne lecture !
Quand je l’ai pris à la librairie, ma super libraire m’a dit qu’il était « d’utilité publique ». Je l’ai lu et je confirme ! Un essai clair et intelligent à mettre entre toutes les mains pour comprendre les notions de réécriture/ adaption en littérature et ce phénomène des sensitivity readers et avoir accès au débat en étant bien informé·es, loin des cris d’orfraie des experts auto-proclamés des plateaux télé. Merci pour la recommandation encore une fois !
Merci bcp pour ce retour ! Ravie 🌼🌞
Son essai doit être très instructif mais son titre ne m’aurait pas incitée à le lire. Bonne journée
Une petite provocation, pour rétabli un peu les choses ! Car, pourquoi penser que notre époque puisse être plus merveilleuse ou idéale que les autres ! Acceptons donc leurs imperfections, peut-être accepterons-nous alors nos propres failles ! Un défi à relever pour s’accepter les uns les autres, différents et si semblables !
Bon j’arrête là 🤣
Bon week-end prolongé 🌼
C’est un sujet passionnant (mais terrifiant !), et je suis sidérée de voir cette pratique s’étendre… j’ai vraiment l’impression qu’en quelques années, le monde a viré en quelque chose que je ne comprends plus…
C’est sûr, nous vivons dans un monde auquel nous ne nous sommes préparés !
Cet essai doit être très intéressant car le sujet du wokisme et de la cancel culture est au cœur des bouleversements que nous vivons. Je le note. Merci Matatoune 🙂📚
Oui, c’est un petit livre à découvrir ! Bon long week-end à venir 📕🌞
je ne comprends pas que l’on vienne retoucher des textes écrits il y a plusieurs années (voir même récent) sous prétexte de non politiquement correct. Bizzzz bonne semaine
Tu as raison ! Bonne continuation 🌸
Écouté Laure Murat à la radio! Je compte Lure ce livre
Oui toujours aussi claire et simple !
très interessant surtout avec tout ce qui se passe. Pour moi, remanier ou changer un titre est un scandale. Comme si on disait le prénom Louis est démodé, on ne va plus dire Louis IV mais Ken ou Jul 14. Bref, ne me lancez pas sur le sujet cela m’énerve trop !
Son essai est un concentré intelligent sur une tendance qui semble aussi envahir la France !