
Annie Préaux livre avec Quelque chose à te dire un beau portrait de femme, mature, courageuse et déterminée, décidée à la fois à reconquérir l’amour de sa fille et aussi, àcomprendre sa filiation.
Agathe Verneuil vient d’apprendre le décès de Blanche, sa mère, et pourtant aucune larme. Une indifférence justifiée par le fait que cette femme n’a été que sa mère biologique.
À partir de dates spécifiques et de chapitres courts, Annie Préaux nous raconte ce lien que la vie a rompu. De plus, la narratrice n’a jamais connu son père. Il fut tuer en 1944 d’un coup de fusil, quelques mois avant sa naissance. Après ce drame, Blanche, sa mère, n’a pu l’élever, la confiant à sa sœur. Ce n’est qu’à l’enterrement, en rencontrant une cousine éloignée, que le passé va ressurgir et la vérité s’imposer après de longues recherches.
De cette vie solitaire et détachée, Agathe aura-t-elle le courage d’inverser le cours de ses relations avec les autres et notamment avec sa propre fille. C’est tout l’enjeu du récit d’Annie Préaux. Elle interroge la transmission, sa nécessité à partir d’un certain âge de même que l’envie de justifier des choix qui ont pu faire souffrir. Pour elle, cette volonté prend forme avec le récit de sa vie, qu’elle écrit au fur et à mesure des souvenirs qui reviennent.
Une découverte
J’ai découvert le style et l’écriture avec cette intrigue évoluant au fil des retours en arrière, particulièrement bien orchestrée, qui permet au lecteur de s’attacher à cette femme et à sa démarche.
Pénibilité du travail agricole, plaisir d’enseigner, crise de la vache folle et amour des belles lettres, crimes de Marc Dutroux, les souvenirs défilent éclairant ce qui fut une vie de la seconde moitié du XXᵉ siècle à nos jours, en Belgique rurale.
Et puis, le roman Quelque chose à te dire est dédié à la fille de la narratrice qui souhaite tellement que celle-ci lui pardonne ses choix. Une voix que j’ai découverte et que je vais suivre, assurément !
En quelques mots
Agathe Verneuil apprend la mort de sa mère sans émotion. Élevée loin d’elle, marquée par l’absence d’un père disparu avant sa naissance, elle entreprend une quête sur ses origines. Annie Préaux livre un roman sensible sur la filiation, la mémoire et la possibilité de réparer des liens brisés.
Remerciements
Au @meo.edition
Puis quelques extraits

Pourquoi un jour prend-on un carnet ou un petit portable et se met-on à essayer d’écrire son histoire? Question trop simple pour être honnête! Je voudrais bien que ce soit pour n’en rien oublier, mais cette menace d’oubli est sans doute un lièvre que je me balance dans les pattes pour le poursuivre dans une sorte de course éperdue. Ou de chasse ?…
Une discussion brutale s’en est suivie : j’étais vraiment inconsciente de ne voir ce qui allait arriver, ce que cela signifiait en nombre d’élèves par classe, en difficultés pour les enseignants, en défections à venir, en pénurie probable, en baisse générale de la qualité des cours, etc., etc. Ils étaient intarissables.
Et ils avaient raison. Je me suis tue, tout en m’en voulant de ce silence. Leur situation d’enseignants nommés, expérimentés et sûrs de leur salaire était si tranquille à mes yeux! Mais, le dire n’aurait fait qu’aggraver les choses. Il était évident qu’ils s’indignaient pour les autres, les plus jeunes, qui allaient perdre leur emploi et les gamins qui n’allaient rien y gagner. Je n’aurais pu que l’attester.
On apprendrait plus tard que les éleveurs leur avaient donné des poudres de protéines animales, nourriture contre nature, qui avait suscité la fameuse et incurable maladie de Kreusfret-Jacob : une « crasse » mortelle qui pouvait, en plus, se transmettre à l’être humain via la viande absorbée.
Et, encore
Banal règlement de compte au parfum de véritable assassinat, tel qu’on en trouve des milliers dans la boue et les ruines de tous les conflits armés.
Ma fin: sortie avec salut sans rappels sur la scène de la vie. Une fois de plus, I’idée de laisser une trace de cette vie, avec ses zones d’ombre, ses bonheurs et ses peines, ses choix, tout son cheminement, oui, cette idée de l’écrire noir sur blanc pour que Julie puisse la lire et enfin me comprendre, revenait à la charge.
Un refuge qui était devenu un piège, comme bien des refuges.
J’ai déposé la lettre devant moi en poussant un grand soupir. Elle contenait la terrible vérité, celle qui m’avait poursuivi toute ma vie comme un loup de légende, parfois si proche qu’il me plantait ses crocs dans le cœur et parfois lointain, presque effacé, ne revenant à la charge que dans mes cauchemars sous la forme de coups de feu, d’armes menaçantes, de bruits de destruction.
Ici en bref




Questions pratiques

Quelque chose à te dire – Annie Préaux
Éditeur : M.E.O éditions – Instagram : @meo.edition – Facebook
Parution : 12 mars 2026 – EAN : 9782807005709 – Lecture en avril 2026
