
J’ai longtemps hésité à ouvrir le premier roman Bahari-Bora de Steve Aganze. Je craignais que sa lecture soit difficile même si elle me semblait, bien évidemment, nécessaire. Seulement dès les premières pages, j’ai été happée par le récit de cette jeune fille, à peine une femme. Elle se demande si elle doit garder l’enfant ou se faire avorter.
Au fil des pages, Steve Aganze raconte son enlèvement par un groupe de mouvements armés, son évasion avec seize autres filles, sa prise en charge par les aides humanitaires internationales, puis la conquête difficile de sa liberté.
Son histoire est celle d’une personne dont le corps ne lui a jamais appartenu. Alors, lorsqu’elle doit choisir pour l’enfant qu’elle porte, elle est confrontée à cet élan de liberté complètement neuf pour elle.
Une découverte
Le roman de Steve Aganze éclaire sur le destin des filles de la République du Congo, aux prises avec les hommes. Véritables proies pour la mentalité masculine, qu’elles soient enlevées ou non, elles demeurent esclaves puis rejetées par leur famille, car frapper d’indignité.
Au fil de ma lecture, je me suis demandée à qui ce jeune homme de vingt-cinq ans, Franco-Congolais, diplômé en relations internationales et en psychologie, avait pensé en créant ce personnage féminin, si intense.
J’ai une pensée affectueuse pour les modèles qui lui ont permis d’incarner si justement ce récit. Car, il est évident, que sa fiction est le témoignage de réalités, certes romancées et construites pour être lisibles, mais proche de la vie des femmes.
Il devient de plus en plus important de s’ouvrir et de penser la condition féminine à l’échelle du monde. Car, même si les cultures sont différentes et le passé particulier à chaque communauté, le corps des femmes reste un enjeu fondamental de l’oppression et de l’asservissement. Et, ça devient de plus en plus difficile de détourner les yeux !
Ce roman a ravivé ma colère ! Je n’en sors pas du tout indemne ! Mais, que faire de cette rage ? Déjà, la partager !
Remerciements
Aux Éditions Récamier

Puis quelques extraits

Il avait entendu dire que la République démocratique du Congo se targuait d’être le Golgotha des temps modernes. Faute de trouver là une trace du Messie ou le poteau sur lequel il fut crucifié, le pays se contentait de verser des litres de sang sur son sol.
Le pays se dressait comme une imposante colline en forme de crâne. Au sommet de celle-ci, sa jeunesse ‘était crucifiée dans son ensemble, sur un poteau orné de diamants, d’argent et de cuivre, trempé dans de l’or, planté de cobalt et de tantalite et alimenté par le pétrole, le méthane et l’azote. Ce poteau était enfoncé dans une terre rouge enrichie de fer, et saupoudré d’une poussiere jaunâtre d’uranium.
Ces femmes, ces jeunes filles, ces fillettes qui sans savoir, semblait être des munitions infinies, des projectiles à fragmentation, des mines artisanales, des boucliers humains, des armes diverses, aux yeux de ceux qui, tourbant noir sur la tête et Kalzchnikov ou machette à la main, composaient un sombre refrain sur la partition de l’histoire congolaise, depuis des décennies.
Et encore,
Le sang, son sang, la clouait sur place. La couleur vive lui rappelait les cris, les coups, les visages tordus de haine. Elle voyait le rouge, elle voyait la douleur, elle voyait la honte. Elle se sentait sale, piégée dans un corps qui ne lui appartenait plus.
C’était une tradition, dans les régions frontalières de la République démocratique du Congo, que les femmes se fassent appeler par le prénom de leurs premiers enfants, à condition que cet enfant soit béni d’un serpent entre ses jambes. Elles considéraient cela comme un honneur.
Sa peur la maintient en alerte, sa peur est son courage, sa raison de vivre. Elle nourrit la haine qui la rend plus forte, qui la forge. Sa peur, elle l’utilise autant que possible, car aussi rusées que soient les louves, aucune d’entre elles be peut pénétrer son imagination.
Elle comprit que le temps n’est ni relatif ni infini, il ne nous attend pas.
Elle se souvint du sentiment de rejet, de l’isolement, de la peur et elle comprit que rien n’avait changé. Elle était toujours une étrangère, toujours la recherche d’un foyer qui nous semblait jamais vouloir d’elle : comment rentrent-ils chez eux, ceux qui n’ont aucune adresse sur cette terre?
Ici en bref




Du côté des blogs : Valmyvoyou lit
Questions pratiques

Steve Aganze – Bahari Bora
Instagram: @steve.aganze
Rentrée littéraire 2025
Prix littéraire de la vocation 2025
Éditeur : Récamier – X : @Ed_Recamier- Instagram :@editionsrécamier – Facebook
Parution : 21 août 2025 – EAN : 9782385771973 – Lecture : Juillet 2025

[…] Steeve Aganze – Bahari Bora […]
Celui-ci je veux le lire 😀
C’est un premier roman de grande qualité ! 😉
Le corps des femmes comme arme de guerre est effectivement une réalité qu’on ne peut pas ignorer…
J’avais vraiment pris la mesure de ce drame avec « Les enfants du Serpent » de Clarence Pitz.
Merci pour cet émouvant retour !
Je n’ai pas lu ce roman. Mais ce thème est malheureusement trop d’actualité 😥
C’est si important de parler de la condition des femmes dans le monde entier. Merci pour ce partage. Je lirai certainement ce livre.
Il vient de recevoir un prix ce qui va le mettre en lumière, bien méritée ! 📚❤️🙏
Bonjour Matatoune, je comprends ton indignation. Un livre bouleversant que tu as eu le courage de lire jusqu’au bout. Merci pour cette suggestion de lecture ! Bonne journée
Je suis contente, il a reçu un prix qui va le mettre en lumière ! Bon week-end à venir 🌞☔️🌬
Un livre nécessaire apparemment, mais je ne suis pas sûre d’avoir le courage de le lire. Bonne journée
J’ai mis bcp de temps à me décider. Mais, je ne regrette pas. Bonne continuation 🌬☔️
Merci pour le partage. Comme toi, j’ai été remuée par ce roman. J’ai rencontré Steve Aganze récemment et j’ai été très émue par ce jeune homme. Il est d’une grande humilité.
Oui, j’ai vu aussi que grâce à Recamier, il avait rencontré le docteur Mukwege. Il fait une tournée littéraire et c’est une très bonne chose de le faire connaître au plus grand nombre ! Merci pour le partage de ton ressenti ! ☔️🌬
Un roman que je lis tout bientôt. Tout comme toi, j’appréhende d’être bouleversée. Merci pour cette belle chronique tout en sensibilité. 💝
Bon courage ! Après Nathacha Appanah, j’avoue que je n’avais pas envie. Mais, il nous faut ouvrir les yeux et éviter d’avoir des réactions uniquement autocentrées.
Merci pour ce cri de rage.
En plus, je commence à découvrir l’essai très fouillé de Ivan Jablonka sur la culture du féminicide ! Il faudrait une nouvelle révolution alors que notre monde s’effondre et qu’il nous faudra lutter, bientôt, pour garder notre humanité !
Bon, j’arrête ! Trop de ☔️ en ce moment 🤣
oui je suis d’accord avec toi, il faut s’ouvrir à ce qui se déroule au quotidien dans le monde, déjà pour cesser de râler sur Nos conditions. Une belle découverte que je note.
En ce moment, où le faux devient le vrai pour certains et où à une cérémonie de deuil, on n’entend que Moi, Moi, Moi, j’avoue perdre un peu mon optimiste. Même si je me dis que cette agitation n’est peut-être là que pour cacher une réalité du passé encore plus détestable ! À suivre donc, sans perdre le sens de nos valeurs ! 🤣