Camille Bordenet – Sous leurs pas, les années – #rl2025

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Découverte lors d’une émission de la Grande Librairie, Camille Bordenet m’avait impressionnée par sa présence et ses réflexions. Découvrir « Sous les pas, les années » devenait une évidence. Et, puis, elle parlait si chaleureusement de Marie-Hélène Lafon, comme d’une guide, que je ne pouvais que la lire. Cette fiction est un premier roman qui dès les premières pages sonne juste !

Jess est conductrice de car scolaire à certaines heures du jour, puis à d’autres, monitrice d’auto-école. Son compagnon est artisan, apprécié de tous, mais pas encore à son compte. Ils sont asphyxiés au niveau budget. Alors, pourquoi pas répondre à la proposition de Simone, la grand-mère de Constance de reprendre le premier étage de sa maison. D’ailleurs, ce serait aussi pour être proche d’elle, car depuis quelque temps, elle oublie quand même beaucoup. 

Constance lui téléphone de temps en temps, toujours pressée, entre deux émissions. Depuis de nombreuses années, elle anime des débats télévisés et semble avoir oublié d’où elle vient. Sous son maquillage, ça commence à craqueler, son ambition tout autant que son couple avec Solal, théâtreux aux mots ciselés.

Et un jour, Jess doit composer le numéro de Constance. Valfroid est le bourg près du Petit-Mollard, un lieu-dit avec deux maisons. « Cul et chemises« , disait Simone pour désigner Constance et Jess durant leur jeunesse ou « Chaussettes dépareillées« .

« Les con-vaincus à cols roulés »

Évidemment, ça rappelle beaucoup Connemara de Nicolas Mathieu. Seulement, dans Sous les pas, les années, Camille Bordenet est plus incisive, plus précise mais également plus politique. Les gilets jaunes y sont pour beaucoup. 

La province, ou plutôt les provinciaux ont compris que ces « con-vaincus à cols roulés » ne leur sont plus supérieurs. Ils savent qu’ils ont pour eux des biens bien plus appréciés que la culture parisienne. Mais, surtout, ils ressentent une sorte de légèreté malgré tous les problèmes, comme Jess sait montrer son humeur avec ses chansons ou son attention pour les autres. Ainsi, ils prennent le temps de « prendre langue avec Mme Unetelle ou M. Machin ». Le boulanger est remplacé par « un tombeau à quignons », ouvert 24 h/24.

Devant la fracture de l’illettronisme, les Parisiens avaient pensé remettre du service public dans les villages en multipliant les machines – celles des « Paiements de proximité » ou « Votre billet de train près de chez vous ».

Seulement, Camille Bordenet sait, par son métier de journaliste, combien le fossé avec lesdites élites s’est détérioré. À travers un permis de conduire à passer, elle continue à nous conter le manque de confiance et même la défiance qui profite à l’extrême droite. « Ceux qui, de projet de loi en proposition, défont, démantèlent, avaient-ils idée des rages qui marinent dans la saumure des poitrines ? Jess voulait lui dire : On ne reconditionne pas les colères comme des MacBook.« 

En conclusion

Les « cahiers de déchéance » qui le soir de l’incendie de Notre-Dame devait être transmis à McKinsey, pour étude, ont été oubliés. La défiance s’est transformée en rupture, confirmée depuis. « Ça fait bien longtemps qu’on n’attend plus rien d’eux. Sinon qu’ils leur foutent la paix. Même ça, c’était visiblement trop leur demander. Il fallait encore qu’on vienne les faire chier avec des sens interdits et des traçabilités. Ce n’était pas seulement leur vitesse qu’on limitait c’était leurs accès. Leurs possibilités, leurs plaisirs, leur retraite, leurs prétentions.« 

Journaliste au Monde, Camille Bordenet a décrypté la politique intérieure. Avec son premier roman Sous les pas, les années, elle propose une fiction très réussie qui explique la fracture qui existe avec les Français et leurs élites. Son ton sarcastique est plaisant et rend sa lecture très plaisante !

Puis quelques extraits

Non, mais franchement. Est-ce qu’on se mêle de comment ils vivent entre eux, là-haut, intramoulures, tout à l’heure beau souci d’eux-mêmes ? Est-ce qu’on se permet de les traiter d’assistés sur télécommande avec leur Uber machins et leurs visios trucs ? Genre ça vote à gauche, ça vante l’ouverture, le métissage. Ça vante et ça évite, surtout. Ça lévite aussi.

En même temps, à l’époque, elle avait des choses à raconter plutôt qu’à commenter.

Et pour ceux qu’y ne vivent pas – ou plus- , la province est une même personne. La ruralité se dit au singulier et se traverse à grande vitesse.

En fait de déracinement, elle avait été conditionnée au départ tout au long de sa scolarité. Elle n’avait jamais eu à trahir. Dire cela eût été prendre le risque, d altérer ses efforts. C’eût été reconnaître qu’elle ne s’était pas arrachée à ses Terres blanches par la seule grâce de sa bonne volonté, mais parce qu’on lui en avait donné la possibilité. Ç’eût été énoncer une dissonance, un larsen, que personne n’avait envie d’entendre. Et concéder que d’autres ne le pourraient jamais.

Elles auraient tellement aimé habiter en bas, au-dessous des nuages, parmi les autres. Là, où les lampadaires tiennent tête aux angoisses. Là où les choses ont un contour, les routes des trottoirs, les rues des devantures, les samedis soirs une salle des fêtes. Là où parvient encore la rumeur des choses, où on se sent un peu partie de, recensée, statistique. Le Valefroid était leur ville. Grenoble était trop loin, trop grande ; réputée polluée, et pleine de racailles. Et Dieu sait que la réputation compte ici.

Et, encore

C’était ça, une municipalité : des acronymes barbares et des équilibres de ficelles, des tonnes d’onglets ouverts et des directives contradictoires des décisions à pallier, et des feux de tous les côtés… Le tout pour trois clopinettes,, pas mal de jérémiades et, parfois des sourires. Il fallait pourtant bien que certaines y mettent les mains pour mieux vivre en commun.

C’était un curieux mécanisme que de ressentir de la fierté par procuration pour ces enfants dits du pays, qui avait réussi, alors que ces enfants, la plupart du temps, ne partageaient plus rien de nos conditions d’existence.

Elle se dit que c’est drôle, cette manie de singer les autres, de s’enfoncer dans leurs gestes, leurs expressions, leurs façons. En fin de compte, on n’est jamais que de grosses éponges. Les fachos auraient beau fermer les frontières et rejeter tout ce qui, à leurs yeux, représente l’étranger qu’ils n’y parviendraient pas. C’est trop tard, c’est en eux, fiché. Les autres leur sont rentrés au dedans.

Ce dont on aurait besoin, c’est d’une appli pour s’éviter.

Autant que la mort et les débits de boissons, la conduite était une de ces valeurs refuges imperméables aux crises.

« Traverser la rue », disait l’autre blaireau en chef. Comme si le boulot se trouvait sous le sabot d’un cheval. C’était pas la rue qu’elle avait traversée, c’étaient toutes les départementales du coin.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Camille Bordenet – Sous leurs pas, les années

Rentrée littéraire 2025

Éditeur: Editions Robert Laffont  – X : @Robert_Laffont Instagram :@robert_laffontFacebook

Parution : 28 août 2025 – EAN :  9782221279915 – Lecture : octobre 2025

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10 commentaires

    • J’ai été surprise par le ton et sa justesse. Vraiment, un bon moment de lecture. ☔️📚😉

    • Sa justesse de ton avec une légère ironie font que ce roman est agréable à découvrir. 🙏☔️📚

    • Je pense que tu peux même leur signaler. Ça devrait plaire beaucoup ! Bon week-end 🙏📚☔️

  1. Un livre sûrement trop français pour me parler, il y a longtemps que je suis les aléas politiques de votre pays de très très loin. Bonne journée

    • Peut-être as-tu raison ? En tout cas, ça se retrouve dans tous les pays centralisé. Et c’est avec une plus grande écoute du pays a sa base que peut-être on évitera que la France bascule dans l’extrémiste de droite . Mais, pas sûre !
      Bon début de week-end 🌬☔️📚

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