Nina Bouraoui – Grand seigneur

RENTREE LITTERAIRE HIVER 2024

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Dès les premières lignes, les mots de Nina Bouraoui bouleversent de sincérité et de tendresse. Son père est placé en soins palliatifs, cette « antichambre de la morgue, elle-même antichambre du cimetière « .

Et, pendant une dizaine de jours, lui et sa famille vont ensemble partager des moments d’une extrême intensité. L’écrivaine les évoque en même temps que les souvenirs ressurgissent !

Jeanne-Garnier a un étage particulier, le Sacré-Cœur. Non, rien à voir avec un quartier chargé d’histoire ! Juste un étage d’une maison médicale et surtout une chambre, celle du numéro 119, qui est devenue le lieu de l’agonie d’un homme, une chambre de souffrance et de douleur pour sa famille.

Les écrits de Nina Bouraoui s’attachent généralement aux thèmes du déracinement, de l’enfance et de l’homosexualité. Ayant hérité d’une double culture, algérienne par son père, bretonne par sa mère, l’écrivaine s’attache souvent par l’autofiction à analyser ses rapports au monde.

La perte d’un père

Au début, j’ai eu peur que les mots de Nina Bouraoui soient trop difficiles, ravivant des images qui font encore mal certains jours, ou, qu’ils ne soient présages de séparations redoutées. Et, puis, quelques bribes entendues sur une radio m’ont convaincue de ne pas faire l’impasse devant un tel texte. Alors je me suis plongée dans cet océan de signes !

Cet écrit où une écrivaine prend les seules armes qu’elle maîtrise pour apprivoiser la mort de son père m’a saisie. Je l’ai lu presque d’une traite, m’enfermant dans une coquille pour en goûter toutes les nuances. Difficile d’en décrire la portée générale, puisque chacun le recevra avec son intime singularité.

Pourtant, par l’amour des mots, Grand seigneur entraîne vers ce lien invisible et pudique entre une fille et son père en décrivant leurs histoires, leurs expériences et leurs vécus. Car, Nina Bouraoui réussit à nous hisser, hors de nos histoires.

Remerciant la virilité que cet homme lui a donnée, cette agonie lui permet de faire un travail de mémoire qu’elle partage. Car l’homme de plus en plus décharné, devenu mutique au fil des jours, ne ressemble pas à l’homme qu’il fut. Et ce sas, représenté par cette chambre, lui permet de rechercher d’autres images, d’autres souvenirs, d’autres présences qui lui ressemblent vraiment.

De façon plus concise…

Dans Grand Seigneur, Nina Bouraoui, lors de l’agonie de son père, nous fait partager ses ressentis et se rappelle à la fois l’homme et le parent qu’il fut. Bouleversant !

Pour aller plus loin

Nina Bouraoui – Satisfaction

Otages – Nina Bouraoui

Puis quelques extraits

Par une division magique de ma conscience – fantasme et réalité-, je suis certaine que l’homme qui est couché dans le lit n’est pas mon père et que ce dernier viendra bientôt reprendre ses affaires égarées.

La maladie, la mort bâtissent une communauté, celle des Inconsolables qui se reconnaissent, s’entraînent, avancent main dans la main dans une obscurité étrangère à celui que le sort n’a pas frappé.

La lumière n’éclaire que l’avenir et peut-être qu’il vaut mieux ne pas savoir, ne pas vérifier, ne pas retrouver, ne pas étreindre une seconde fois au risque de se brûler.

« Perdre un père, c’est perdre une partie de son toit. Si l’on compare la vie à une maison, la mienne est à demi à l’air libre. »

« (…) le mot Amour n’a de frontière que si l’on désire lui en donner. « 

En bref

Incipit
Un extrait
Puis le dernier

Avis du côté des critiques

France inter

Questions pratiques

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Incipit

Nina Bouraoui – Grand Seigneur

Éditeur : Editions JC Lattès

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Parution : 3 janvier 2023

EAN : 9782709670050

Lecture : janvier 2024

Littérature générale
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15 commentaires

    • Oui, c’est toute la difficulté de ce type de sujet. Soit on colle trop avec sa propre histoire avec le texte, soit il est trop éloigné de nos propres réflexions. Néanmoins, j’ai trouvé qu’elle évitait justement le texte où le lecteur se projette trop . Elle réussit à raconter l’histoire de cet homme, diplomate apprécié avant la decenie sombre de l’Algérie. En tout cas, très bon week-end

  1. Je n’ai rien lu de cet auteure mais je ne suis pas certaine d’avoir envie de commencer par ce thème là.
    Ta chronique montre néanmoins que malgré la lourdeur du sujet, il vaut la peine de s’y arrêter. Je le garde en mémoire.
    Anne

    • C’est vrai, le sujet est difficile. Il renvoie à notre propre histoire. Mais,celle le trait tout en finesse et tendresse.

    • Oui, c’est ce qui m’avait fait hésitée. Mais, elle traite ce sujet difficile avec beaucoup de tendresse.

    • Il n’est absolument pas plombant ! C’est un bel hommage à la fois à l’homme qu’il fut et aussi à leur relation très proche. Bon week-end

    • Moi aussi, au départ, je n’etais pas trop emballée mais j’aime l’écriture sensible de cette écrivaine. Alors, j’attends avec impatience le retour de lecture !

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